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RacReciR

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Le virus de l'amitié [9e déc. 2006|12:24 pm]
RacReciR
Elephant à Lille

Un ami m'a gentiment fait remarquer que j'utilise le mot "ami" avec une facilité déconcertante.
La pensée sous-jaçente que j'ai perçue était dans une tonalité bleu ciel : "qui trop embrasse peu étreint."
Je suis parfaitement conscient que ce début de XXIe siècle offre, paradoxalement, peu de place au rêve.
Je continue donc à rêver à contre-courant en refusant d'être contaminé par le virus du cynisme.
L'amitié est, dans mon échelle de valeurs, sur le podium de tête.
Il m'arrive, incorrigible oriental mellifluent, sapide et polygène, de la chanter à tue-tête.
Saviez-vous que l'Arabe dispose d'une forme grammaticale spécifique pour évoquer deux personnes (tiers exclu) ?
Tout échange épistolaire en Arabe débute aussi impérativement par une invocation du nom de Dieu défini, dans cette même phrase, comme étant la compassion désincarnée ?
Je n'ai jamais pensé qu'il était obligatoire de croire en un dieu pour prôner la compassion.
Je déplore cependant que le sens premier ait tant été galvaudé.
Cette langue prévoyant le singulier, le duet et le pluriel, il n' y a ainsi aucune ambiguïté à dire "ils ont entamé une discussion amicale" en Arabe. La conjugaison indique tout de suite à l'observateur si c'est un tête-à-tête ou une agora.
Je pense donc l'amitié, concept germain de la famille, en Arabe.
Mais je diverge, comme à l'accoutumée, de l'acception habituelle.
Sol lucet omnibus.

Un(e) ami(e), c'est quelqu'un(e) à qui je confierais ma vie et sans doute au delà.
Un ami, c'est quelqu'un à qui on tourne le dos en confiance en sachant qu'il le protégera.
C'est, en tous cas, quelqu'un à qui je laisse réellement le bénéfice de mes doutes (que je les exprime, les pense ou pas est une autre question qui relève de mon libre-arbitre).

Un, étant bien dans mon esprit pro-nom in-déterminé.
C'est aussi, réciproquement, quelqu'un dont je me sens responsable et dont je reste à l'écoute régulière, fût-elle discrète (dans tous les sens du mot).
Amitié et confiance qui sont tout sauf des mots.
Synonymes de l'honnêteté intellectuelle (une amie utilise le terme "clarté").
C'est un état d'esprit et un moteur puissants, bien plus que l'"intelligence" (le qi) purement calculatoire qui, sec, rend cynique et pousse à prévoir, rechercher et construire le pire dans une relation : la prédation.
Une étincelle d'intelligence consisterait à prévoir le meilleur et le pire d'une relation et, à chaque itération, se poser la question et tout faire pour que le pire soit écarté.
Il est des amis intimes, que le quotidien, l'appétence, la nécessité, les circonstances, la vie ... rendent proches et d'autres plus épisodiques. C'est donc un arbitrage délicat et souvent périlleux de déterminer comment consommer son temps personnel.

J'ai donc décidé unilatéralement et inconditionnellement (toujours grandiloquent) de systématiquement entamer une nouvelle connaissance, quelle qu'elle soit, sous le sceau de l'amitié.
Un sceau dont je testerai la cohérence et la solidité jusqu'à mon dernier souffle.
Je me présente ainsi à une nouvelle relation, ouvert et vulnérable, et le demeurerai toujours.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que la plupart des personnes pensent une chose et en disent une autre.
Parfois la différence entre pensée et parole n'est pas très grande et je savais m'en accommoder.
Je refusais, en revanche, de traiter les cas, nombreux, où l'interlocuteur tient un discours qui est antithétique à sa pensée.
Je suffoque aussi quand je croise des pensées d'une violence ou d'une méchanceté qui me dépassent (d'où mon agoraphobie).
Doté d'une mémoire d'éléphant, je sais très bien mentir.
Je l'ai fait enfant avec une régularité et une impunité totales.
J'ai, depuis, mis mes actions et mes discours en cohérence avec ma pensée .
Comment peut-on penser et exprimer corporellement une chose, dire son contraire et imaginer que vos interlocuteurs vont en être dupes ?
Le shadok que je cultive a donc établi une stratégie simple : couper au plus court.
J'ignorais donc allègrement le discours oral et parfois corporel pour répondre au non-dit.
Suscitant le rejet.

A la mesure de ma bêtise, il m'a fallu de très nombreuses années pour comprendre pourquoi ce rejet.
C'est au cours d’un bilan de compétence (hi, hi !) auquel mon entreprise m'avait prié de me soumettre (ainsi que mon chef qui, depuis, a été promu directeur), que j'ai été étonné (au sens médiéval) d'entendre le responsable de l'équipe effectuant ce bilan me dire : "votre principal problème est que vous renvoyez aux gens une image d'eux-mêmes qu'ils n'ont pas envie de voir. Il ne faut donc pas que vous vous étonniez de faire peur et d'être fui."

Douche froide.
Il m'a fallu plusieurs années pour digérer cette évidence qui, pourtant, ne m'était jamais spontanément apparue.
Combien y en a-t-il d'autres au bout de mon nez (que j'ai pourtant généreux) ?
Comment imaginer mesurer quoi que ce soit sans le percevoir ?
J'ai ainsi dû me poser la question des autres "évidences" sociales qui ne m'apparaissaient pas et pour lesquelles j'étais sourd.
J'en ai trouvé un paquet.
Par observation indirecte. A force d'additions, de soustractions, de moyennes et d'écarts-types.
Forcément, je n'avais pas les capteurs de base !
Il a donc fallu que je les développe, un à un.
Et c'est loin d'être fini.

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