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Cabinet de curiosités [21e déc. 2006|08:11 pm]
RacReciR

J’ai lu ce matin par-dessus l’épaule de mon voisin une manchette qui n’a pas fini de m’étonner.
Ainsi donc, la Palestine serait au bord de la guerre civile.
Oh la grande nouvelle !
Cela fait plus de 6 mois que votre serviteur, politologue en basse-cour, l’a écrit sans pour autant en faire tout un (faux) plat.
C’est donc sans doute, en ce jour le plus court, que nos quotidiens sont en peine de marronniers à quelques heures des fêtes. J’ai en effet peine à croire que ce petit détail ait échappé aux si grands esprits qui gouvernent ce meilleur des mondes qui nous entoure et qui, mais je fais montre de mon mauvais esprit habituel, ont tout fait pour que cela arrivât.
L’histoire repassant le chapon farci à des convives manifestement sourds-muets-aveugles et frappés d’agueusie de surcroît, les leçons des deux décennies passées en Iran, Afghanistan, Algérie et Iraq n’ont pas été retenues.
Les parangons de vertu, la vox populi au bord des lèvres, prêchent la bonne parole et, dégoulinants de démocratie, n’ont cesse que tous les sauvages de la planète acquièrent notre niveau de civilisation et de sagesse.
Cela est bien, dit le Candide qui sommeille en moi, mais si nous jetions un coup d’œil furtif à l’arrière-cours où se trouve le jardin, qu’y verrions-nous ?

Ne voilà-t-il pas que, démocratiquement au fil des ans, les iraniens, afghans, algériens, irakiens et, plus récemment, les palestiniens,
ont librement choisis les hommes et femmes qu’ils souhaitaient voir les représenter dans les différentes instances nationales et internationales ?
C’est arpentant cette jachère que je réalise l’illusion dans laquelle erre la vision occidentale qui, semble-t-il, souffrirait de quelques troubles que la science n’a pas encore été en mesure d'identifier.
De la démocratie, soit, à la seule condition que les interlocuteurs avec lesquels nous avons choisi de discuter remportent les élections.

Quelques exemples pour illustrer mon propos amène :
- La révolution iranienne s’est lentement muée en démocratie et, plus de vingt ans plus tard, l’ensemble de la communauté internationale maintient ce pays au ban des nations (sauf quand il s'agit du caviar pour lequel l'Iran reste un fournisseur très apprécié ces jours-ci).
- L’Algérie, dans le seul exercice démocratique du siècle passé, a vu le FIS remporter les élections, entraînant une suspension du processus électoral et les années de terreur et de massacres qui s’ensuivirent.
- Evoquons, pour bon compte, la mascarade qui a prévalu en Afghanistan ou, plus récemment en Iraq, qui voient les journaux de 20 heures nous couper l’appétit avec une régularité méritoire, donnant la mesure de ces hauts faits d’arme démocratiques.

La Palestine connaît aujourd’hui ces mêmes bonheurs ?
Qu’on leur donne des brioches !
Appelés par les chants des sirènes (électorales), les électeurs se sont déplacés en masse il y a quelques mois et, à plus de 70% des votants, ont rejeté le Fatah de feu Arafat au profit d’un parti plus radical, le Hamas (je ne vais pas discourir ici des attendus d’un tel vote qui ne me concerne pas).
Vox populi vox dei ?
Et ben, non !
Je vous le donne en mille, quelle a donc été la réaction de la communauté internationale, Europe en tête, à ce vote exemplaire ?
Couper immédiatement les vivres dont dépendait exclusivement l’autorité palestinienne, condamnant l’ensemble des fonctionnaires à ne plus être payés, enrayant d’un coup l’administration, l’économie et poussant tous les malheureux du coin, et ils sont légion, dans les bras des fanatiques tant décriés.
Quand on sait qu’un seul salaire nourrit plusieurs familles, on peut avoir idée du désastre induit.
Sous prétexte que le résultat des urnes a légitimement conduit à un gouvernement dont les opinions nous déplaisent, à juste titre, nous refusons même de discuter avec des élus, prenant la démocratie en otage.
Quel est l’intérêt d’une négociation si on est d’accord a priori avec ses contradicteurs ?
Ajouter à cela que le champ laissé libre par la communauté internationale a été considéré par Israël comme un blanc seing pour mener la politique qui lui plaît : trucider des civils, embastiller des élus, pousser tous les modérés dans le fanatisme et feindre s’étonner la dérive et de l’impuissance générales.
La guerre du Liban servant, accessoirement, de gigantesque écran de fumée pour parer la situation en Palestine d’oripeaux de normalité.
Vous l’aurez compris, dans ce coin du monde la vision du normal est toujours un peu (d)étonnante .

Il est né le divin enfant, jouez hautbois, résonnez musettes !
Qui sème le vent récolte la tempête.
Nous célébrons dans quelques jours à grand renfort de mets fins et de cotillons une nativité qui, deux mille ans plus tard, dans les mêmes lieux, réunit des conditions toujours aussi misérables.
Je reste donc perpétuellement surpris que, dans cet univers mondialisé (pléonasmique), il y en ait encore qui semblent découvrir que nous avons semé la tempête et s'évertuent à pousser des cris d’orfraie en espérant dérouter le tsunami qui en découle.

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