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Paradoxe d'Epiménides - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Paradoxe d'Epiménides [4e jan. 2007|03:45 pm]
RacReciR
Les anglo-saxons ont un joli terme pour dénoter ces conversations : Small Talk (petite conversation).
En informatique, c'est un langage objet : tout l'univers y est objet.
- Quoi de neuf sous le soleil ?
- Rien.

C'est en allant à l'école un jour qu'Epiménides m'est apparu.
Les dizaines de personnes qui vous disent "Bonjour, comment vas-tu ?" et qui n'attendent pas la suite ou d'autre réponse que "(Bien) merci et toi ?".
Personne ne s'attend vraiment à ce que l'interlocuteur réponde "J'ai tel ou tel problème que je vais t'exposer dont je cherche la solution."

< auto-référence altérée par l'interprète >

Il suffit donc de revenir au propos liminaire qui commande la plupart des relations sociales : "Bonjour, comment vas-tu ?".
Dans 99,xx % des cas, cette question est purement rhétorique.
Nous n'attendons vraiment pas d'autre réponse qu'un courtois "(Bien) merci et toi ?".
C'est une interaction sociale qui est entretenue par un rituel protocolaire qui annonce peut-être le début d'une interaction plus complexe.

Quelle peut bien être la réponse correcte à cette question simple ?
Trois cas de figure se présentent :
1- je connais la personne et le contexte
2- je connais la personne ou le contexte.
3- je ne connais pas la personne.

C'est, à l'origine, le paradoxe d'Epiménides, Crétois de son état qui affirme "Tous les Crétois sont des menteurs" (P).
Des centaines de philosophes ont trituré cette question dans tous les sens.
La question qui a tarabusté ces anciens était "Comment interpréter les propos d'un Crétois ?" (en tenant compte de la proposition logique précédente).
Il a fallu des siècles pour déterminer que l'existence de la proposition P suffit par essence à la rendre vraie.

La réponse, pour résumer, est que les Crétois ne sont pas fiables et que cela ne préjuge en rien de leurs intentions.
Poser une question à un Crétois implique donc de vérifier la réponse ou d'être convaincu de la réponse (et de la question accessoirement).
Il peut avoir dit la vérité et dans ce cas, la confirmation externe validera la réponse.
Il peut aussi avoir "menti" (sans que la motivation ou le jugement du mensonge soient traités ici) et la validation externe infirmera le propos.
Ou alors on est convaincu (avant ou après avoir posé la question et le reste n'a pas d'importance).

Il est d'autres questions possibles cependant.
Quel est le modèle que l'on se fait de l'interlocuteur ?
Et comment qualifier une assertion "Je mens" ou "Je ne mens jamais" ?

Dans les cas 2 et 3, la réponse à la question est purement protocolaire : "(Bien) merci et toi (vous) ?".
Ca veut exactement dire "Je vous souhaite le bonjour".
Deux informations cependant sont transmises dans les deux sens de cet échange rustique : l'interaction elle-même et le souhait de félicité.

2 - je connais la personne (contexte indéfini).
Supposons que l'on s'adresse en français à un Chinois.
Sa réponse dans cette langue donne uniquement l'information qu'il est urgent de trouver un tiers de confiance, qu'on appelle aussi interprète, si on veut pousser la conversation plus loin que les quelques gestes internationalement compris.
Ou alors, si tout le monde a le temps et l'envie, le Français et le Chinois peuvent s'asseoir autour d'une table et, s'appuyant sur leur environnement, par itérations, construire un langage commun.

Les implicites de la phrase précédente sont tels qu'il est légitime que personne ne soit assuré de mon intention première et, pourtant, lors de ma première ré(d)action, j'étais persuadé d'être non-ambigu.
Il a suffi que le "cette" précédant soit flou, me référant au Chinois par le contexte. C'est aussi une minuscule lettre qui passe en majuscule, involontairement, pour que le message soit entâché de doutes légitimes.
Que "on" fût Français, Suisse, Crétois, Zairois ou que sais-je ne changeait rien à mon exemple virtuel, dans mon intention.
C'est donc de bonne foi que j'ai induit un changement de niveau d'écriture qui peut entraîner cette question : "Pourquoi laisser croire que le Chinois ne parle pas français et que celui qui parle français est Français ?".
La plupart du temps, dans plus de 99% des cas, c'est involontaire.
Il suffit de demander des précisions pour que le doute soit levé, si la question est jugée importante

Ce type d'erreurs est en revanche inévitable dans les échanges quotidiens.
Encore pis par écrit où tout le langage est policé à l'extrême.
Ou alors derrière une tour d'ivoire ?
Je n'ose imaginer les contresens qui peuvent être tirés des bavardages tenus ici et qui sont à mille lieues de ma pensée.
Personne n'est capable de développer un raisonnement de quelques secondes (quelques centaines d'inférences) sans faire un tas de présupposés sur le modèle cognitif de son interlocuteur. On suppose qu'il sait telle ou telle chose. On suppose que telle chose l'intéresse. On suppose que telle ne le concerne pas. etc.

Sans ces raccourcis, une simple action comme aller chercher le pain à la boulangerie se transformerait en une séance de philosophie où, telle la flèche de Zénon, personne ne quitterait son fauteuil qui verrait tout le monde mourir de faim et de soif (et c'est un raccourci).
Du point de vue de celui qui reçoit le message, la question du doute reste toujours légitime. Il ne faut donc jamais s'en offusquer.
Sous peine de ne jamais innover.
La seule façon d'enrichir les échanges et de réduire ce doute est de passer des catégories 2 ou 3 à la catégorie 1.
Le modèle croisé que se construisent alors les interlocuteurs est suffisamment complexe pour que les ambiguïtés les plus grossières aient été évacuées : la langue, le dialecte, la culture, le cadre philosophique et social, le rang, la préséance, les rôles, etc.

Le coeur de la catégorie 1 contient les relations de confiance intimes.
Dans une relation de confiance, on n'est pas obligé de dire "s'il te plaît", "merci" à chaque fois que qu'on vous passe le sel ou le pain.
C'est en revanche parfois nécessaire avec des étrangers (catégories 2 et 3) sous peine, selon les cultures,  de paraître grossier ou même belliqueux.
C'est aussi parfois nécessaire dans les relations en évolution : pour acquitter les messages perçus.

Il est ainsi un large champ de domaines d'interactions que tout un chacun réserve aux intimes. Les plus courants étant la famille, le couple, la santé, la religion, etc.
Personne de sensé n'irait étaler ces sujets au premier quidam venu dont on peut supposer qu'il n'en a que faire et dont on juge que cela ne le concerne pas.

Pour la plupart de vos relations sociales, savoir que vous avez mal au petit doigt (exemple virtuel) n'est ainsi pas une information souhaitée ou qui les concerne.
Cela intéresse ceux à qui l'information importe.
Par exemple parce que vous jouez du clavier et que cette douleur nuit à la qualité de la suite de l'interaction.
Peut-être aussi que ce bobo et ses conséquences altérent-ils vos capacités physiques ou cognitives dont il faille tenir compte ?
Ce propos n'intéresse donc que ceux qui ont de vraies raisons de se soucier d'un tel détail.
Un étranger qui s'enquerrait de questions aussi intimes doit donc convaincre de la légitimité de sa question.
En quoi prendre de l'aspirine pour soulager une douleur au doigt le concerne-t-il ?
L'éventail des questions légitimes va de "Je souhaite soulager toutes les misères du monde" à "par pure curiosité" ou même "pour me réjouir de la douleur".
Il est aussi légitime de ne pas vouloir répondre à des questions.
Mentir, en cas d'insistance déplacée est donc, dans certains cas, inévitable.

Il n'est sans doute pas indispensable de se poser toutes ces questions à chaque fois qu'un quidam vous souhaite un "Bonjour".
La plupart des incohérences détectées dans les propos échangés sont induits par les sauts, volontaires ou involontaires, de niveau de langage.
Ce sont les mêmes mots et c'est le contexte qui permet l'interprétation.
Nous exprimons une pensée et celle-ci en évoque d'autres pour l'auditeur.
L'auditeur-observateur n'a aucun moyen de détecter ces sauts et est donc légitime à mettre en doute le canal de communication aussi longtemps qu'il voudra le penser Crétois.

J'ai vérifié au métronome.
160 à la noire.
180 s'il est inspiré.
200 au marteau.
En doubles-croches et sans en louper une seule.


Si c'est du Small Talk alors c'est du langage protocolaire où la forme prime (c'est elle qui transmet l'information traitée).
Il ne faut donc pas s'offusquer que le fond reste indicible.
A pareille vitesse, même en course de fond, personne n'a le temps de s'arrêter au détail.
A moins de le vouloir.
Il faut donc s'attendre à ce que l'information soit traitée dans un temps différé.
Par lots (le hasard des jeux).
Lent, c'est beaucoup plus difficile à apprendre mais on a le temps de (se) poser de nouvelles questions.
Et y répondre rapidement, une première approximation.
Quitte à y revenir en cas d'erreur (en exprimant des regrets le cas échéant).
Les deux restent cependant créatifs mais pas aux mêmes niveaux de complexité.

Il faut plusieurs niveaux pour un enchevêtrement.
Une seule auto-référence-didacte peut suffire pour initier la transmission.
A condition que ce soit la bonne.
Apprendre à doser le jeu aussi.
Une question de doigté.

< /auto-référence altérée par l'interprète >
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