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RacReciR

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[3e juil. 2007|03:02 pm]
RacReciR
Cela fait près de 20 ans que je me prépare lentement à la mort de ma mère.
Oui, je suis un garçon lent et il me faut beaucoup de temps pour tout entreprendre.
20 ans qu'elle est insuffisante rénale. Qu'elle a été greffée, dégreffée, opérée partout où cela était possible.
J'ai arrêté de tenir compte du nombre d'opérations qu'elle a subies : plus d'une quarantaine.
Je ne conterai pas le nombre de rendez-vous professionnels critiques que j'ai dû envoyer au gémonies pour traiter une urgence.
Toujours est-il que ce n'est sans doute pas de l'absence de reins qu'elle va mourir.
C'est la molécule anti-rejet qu'elle a dû prendre pendant les 5 ans où elle a été greffée qui a induit une hépatite médicamenteuse. Celle-ci s'est, au fil du temps, transformée en cirrhose et aura donc bientôt sa peau.
Les premières frayeurs sont intervenues il y a une dizaine d'années où elle avait des varices oesophagiennes qui éclataient provoquant des hémorragies qui auraient dû l'emporter. Puis, miraculeusement, cela c'est arrêté.
Cela fait cependant quelques années que le foie ne faisant pas son travail d'épuration, libère par intermittence de l'ammoniaque qui induit un shutdown du cerveau.
Elle se plante donc pendant une durée variable, allant de quelques heures à un ou deux jours. Le temps que la ou les dialyses aient purgé le sang de l'ammoniaque et que son CP/M (un très vieil OS) ait rebooté.
Je ne vais pas épiloguer ici  sur les substrats physico-chimiques qui fondent la conscience ou sur quelque autre explication moins mécaniste. Je peux attester en revanche qu'il suffit d'un peu d'ammoniaque dans le sang pour que la conscience vacille puis s'éteigne.
J'ai assisté, ces dernières années, à tout un continuum entre la conscience d'un animal apeuré et incapable de s'exprimer, à celui d'un perroquet capable d'exprimer des émotions primitives, non sans oublier un état quasi-normal mais ralenti oscillant avec le vide sidéral.
La machine semble s'être emballée depuis le début de l'année et les plantages sont devenus si fréquents qu'il a fallu se résoudre à la dialyser 6 fois par semaine, sachant qu'il n'y a pas d'issue.
C'est donc le foie ou le coeur qui aura le dernier mot, la dialyse sollicitant ce dernier comme pour un marathon.
C'est donc ce qui s'appelle mourir à petit feu.

Bon, en fait, je n'ai pas envie d'en parler.
C'est assez pénible à vivre pour ne pas avoir envie de le vivre une seconde fois en le racontant.
Je suis ainsi partagé entre deux sentiments : l'amour et la compassion que j'éprouve à l'égard de ma mère que je vois vivre ses dernières semaines et la culpabilité de cette idée de soulagement que j'éprouve par anticipation en pensant que ces souffrances vont sans doute bientôt finir.
Oh, je me comporte comme un fils modèle que je suis presque mais je n'en pense pas moins.
C'est quand même une épreuve redoutable que d'avoir sa mère sur le dos en permanence, la quarantaine révolue.
D'autant plus quand on a entrepris un voyage de 3000 km pour mettre un peu de distance avec le prototype de la mama méditeranéenne castratrice.
C'est quand même son éducation qui m'a rendu pédé ! A son corps défendant puisqu'elle assurait préférer que son fils fût assassin qu'homosexuel.
J'ai,là aussi, comme en tant d'autres domaines, déçu ses espérances.
Fonctionnaire, rond-de-cuir, gagne-petit, sans ambition sont quelques uns des sobriquets que j'ai dû apprendre à sublimer.
Forcément ça marque. Plein de plaies qu'il a fallu apprendre à soigner, désinfecter, cautériser, cicatriser puis oublier.
Tant bien que mal.
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