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Un OUI de raison : l'effet cliquet contre le big flop - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Un OUI de raison : l'effet cliquet contre le big flop [10e avr. 2005|12:31 pm]
RacReciR
[Humeur |hopefulraisonnable, pour changer]
[Ecoute |Bach - Concertos Brandebourgeois]

Orchestre de la RATP, salle Gaveau

Je vais sans doute voter oui ce 29 mai.
Oh, avec des convictions européennes bien ancrées, je trouve ce traité constitutionnel discutable.

Il est le fruit d'un compromis à 15 et inclut un chapitre 3 qui, je l'ai déjà écrit, ressemble à s'y méprendre à un règlement de copropriété.
C'est tout juste si on n'y lit pas "Il est interdit d'étendre le linge sur les balcons, même ceux donnant sur la cour intérieure".
C'est en tous cas de ce niveau.
Loin des envolées de principe d'une Constitution.

Alors, me direz-vous, pourquoi voter oui ?
J'ai longtemps failli me laisser emporter par la réaction de dégoût viscéral que provoque en moi ce chapitre 3, sans replacer ce texte dans le contexte d'un monde où l'Europe donne le La des libertés.
Un La un peu pâle et faiblot, certes, mais je ne vais quand même pas l'étouffer sous prétexte qu'il devrait sonner plus fort et plus juste !

C'est le piège qui nous est tendu.
Le chapitre 3 représente l'ensemble des traités qui sont actuellement en vigueur.
Voter non revient à ne garder que ceux-là en éliminant les 2 premiers chapitres qui apportent de réelles évolutions. Lisez-les !
C'est sur ces deux premiers chapitres que porte le vote en question. Et beaucoup souhaiteraient que nous répondions à d'autres questions.

Les extrémistes de tout poil prônent et tablent sur un non qui rassemblerait et cristalliserait les divers mécontentements internes et les frustrations accumulées par 50 ans de construction réellement libérale.
Je n'ai nulle envie d'être interpellé en pareille compagnie.
Je ne mange pas avec le diable même muni d'une longue fourchette !
C'est déjà en soi une raison de regarder à deux fois.

Voter non n'offre aucune perspective. L’Europe marchande existe déjà et se fiche éperdument d'une constitution.

Il eût fallu que nous nous battions, les décennies précédentes, pour empêcher cette Europe libérale et non pas maintenant qu'elle existe, indépendamment de cette constitution qui mettra un peu de vin dans cette étendue d'eau trouble.
Les quelques et parcimonieux principes d'équité et d'humanisme qui figurent dans le chapitre 1 forment néanmoins une avancée dans la mesure où ils s'inscrivent pour la première fois dans un texte de portée européenne.

Cette avancée n'est pas à négliger. Voter non revient à ne les voir figurer nulle part.

Voter non revient à figer la situation actuelle avec une Commission qui garde des pouvoirs despotiques et un Parlement qui joue un rôle de figuration polie.

Voter non revient à considérer que le modèle proposé par les Etats Unis d'Amérique est le seul modèle de civilisation possible.
Je suppose que G.W. Bush voterait non s'il était appelé à se prononcer.
Je vomis cette civilisation qui prône le chacun pour soi et Dieu pour tous.

Peut-on, sous prétexte que cette constitution est éminemment perfectible, renier les rares avancées qu'elle propose dans ses deux premiers chapitres ?

Doit-on voir le verre aux 9/10èmes vide ou le verre au 1/10ème plein (sachant que répondre non aura pour conséquence de requérir l'accord de 25 pays avant que le robinet puisse être ouvert et qu'une seule goutte soit versée) ?

J'ai, finalement, peu de raisons de voter "oui" et beaucoup plus de raisons de craindre le "non".
Voter "non" serait une réaction d'enfant gâté, fils de riches (oui les français sont riches et privilégiés dans cette Europe à 25 où les disparités sont encore si importantes) alors que le "oui" offre de réelles avancées pour les pays, et ils sont nombreux, qui n'ont pas notre niveau de protection sociale, de droit du travail, de perspectives de retraite, etc.

Je maudis ceux qui ont décidé, sans me consulter, de faire entrer dans la maison Europe 10 nouveaux invités, sans préparation suffisante, avant l’adoption d’une constitution et sans que le frigo n'ait préalablement été rempli.
Donner à manger à 25 convives et les mettre d’accord sur le menu n'est pas exactement pareil que de lancer une invitation à 15 !

Ce n'est toutefois pas la faute des 10 convives supplémentaires, c'est celle des organisateurs indélicats et inconséquents.

Alors, bienvenus à la famille Europe !
Là où il y en a pour 15, il n'y en aura pas forcément autant pour 25.
Le repas sera donc frugal mais personne ne devrait se lever de table affamé.

Je me verrais mal en train de festoyer alors que 10 voisins émaciés me regarderaient au travers des grilles du domaine.
Ce que je vois sur l'autre rive de la méditerranée suffit déjà à me couper l'appétit.

J'aurais tant aimé une adhésion de coeur à cette constitution.
Cette option ne m'est pas proposée.
Ce  sera donc oui.

Un oui de raison.
 
Je préfèrerais engranger tout de suite les – quelques – avancées pour tous (l'effet cliquet) et commencer aussitôt à en revendiquer davantage que de me mettre en position maximaliste (le big flop), statistiquement impossible à obtenir dans une copropriété où l'unanimité des 25 occupants est requise.

A moins qu'un non soit le point de départ d'une révolution européenne.
J'ai cependant appris, à la lecture des livres d'histoire et par expérience personnelle, qu'il était préférable d'éviter d'en vivre une.
Les révolutions induisent un chaos provisoire – quelques mois à quelques années – dont les effets sont souvent funestes pour des millions de citoyens.

Une constitution trace des principes. C'est la première fois au monde que de tels principes sont écrits.
Nous sommes dans un modèle religieux. Nous croyons dans l'écrit.

Tout ce qui est écrit finit par arriver. Il faut cependant qu'il ait été écrit une première fois.
Il faut ensuite le transmettre.
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