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La Télé au bûcher ! - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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La Télé au bûcher ! [16e avr. 2005|09:49 pm]
RacReciR
[Humeur |contemplativecontemplative]
[Ecoute |Bach - Concerto Italien - Allegro]

Cela fait des années que j'entends des voix dans ma tête.
Depuis mon plus jeune âge en fait.
J'ai aussi passé des années à feindre ne pas les entendre.
Toute notre éducation nous pousse à cela.
L'esprit cartésien dont nous avons été gavés ainsi que les religions ont inscrit celà au rang des tabous.
Pensez donc, on vous apprend tout petit, que Jeanne d'Arc a été brûlée vive parce qu'elle entendait des voix.
Si, après un tel endoctrinement, il advenait que vous entendissiez encore ne serait-ce qu'un murmure, vous vous feriez fort de taire cette voix dont la seule intonation évoque en vous, immanquablement, les flammes de l'enfer éternel.

Or périr et rôtir à petit feu, personne n'en a envie.
Ni dans ce monde ni dans l'autre.
Les religions ont créé et pratiqué le bûcher dans le premier pour renforcer la croyance dans le second.
L'endoctrinement est si prégnant qu'il induit que nous nous interdisons à nous mêmes d'entendre des voix, sous peine de risquer un quelconque bûcher.
Ne fût-ce que celui du ridicule. Il a fini par être totalement intériorisé. Le crépitement des braises est, lui, bien audible !
Or si vous entendez des voix, vous avez le droit de les écouter et de faire le tri de ce que vous entendez.
Vous n'êtes pas obligés, par ailleurs, de raconter autour de vous que vous les entendez.
La Science a, en effet, repris à son compte le tabou posé par la religion en le coiffant d'oripeaux : la schizophrénie.
Imaginez que ce soit Napoléon qui vienne à vous causer ? Vous seriez internés dans le quart d'heure ! Tentez l'expérience si vous ne me croyez pas.
Napoléon est encore de nos jours une fréquentation jugée douteuse !
Pour Bach et Gould, c'est déjà limite mais celà peut être exceptionnellement toléré dans le cadre d'activités artistiques.
Déjà, dans l'antiquité,
Les artistes prétendaient-ils entendre leurs Muses !
Nous nous l'interdisons à nous mêmes.
Nous ne pouvons donc plus les entendre.
Or, moi, j'entends des voix.
Parfois, assis au piano et répétant un morceau, je m'évade et me sens transporté. C'est quelqu'un qui joue réellement mieux que moi du piano. J'ai ainsi, parfois, seul, le toucher de Gould.
C'est avec lui que je mène mes conversations les plus animées.
Forcément ! Je passe le plus clair de mon temps (ce qui est une figure de style puisque la nuit est généralement tombée) devant mon piano à travailler du Bach. Gould est quelqu'un que j'aurais aimé entendre me donner des conseils !
Alors, parfois, me viennent au piano, des idées et des éclairages que je n'avais pas eus auparavant.
Ce sont des suggestions de modification de doigtés, une certaine dynamique du morceau, une gestuelle que je découvre parce que je laisse la voix dans ma tête guider mes mains.
Je transcende alors mon jeu propre et me laisse habiter.
S'il me plaît d'y croire, je ne vois pas au nom de quoi on me ferait un quelconque reproche.
Mon jeu est meilleur et j'apprends plus rapidement le piano.
Le résultat auquel je suis parvenu en fait foi.
Je joue mieux du piano en suivant les conseils que je ressens en jouant.
Ceci est un élément mesurable.
Par moi et en tête à tête.
Mon ami n'aime pas le bruit de fond du téléviseur logé à quelques mètres du quart de queue et manifeste parfois des mouvements d'humeur quand le poste reste allumé. Je dois alors calmer des disputes virtuelles entre Plume(O.) et mon autre "co-locataire".

Il faudra que je branche le casque sur le téléviseur.
L'image le perturbe moins que le son.
Les morceaux que j'apprends sont élémentaires pour Gould qui aimerait bien que je progresse davantage.
Souvent, il m'explique comment il a appris le morceau que j'apprends. Il en joue des extraits par mon intermédiaire.
Ce sont néanmoins des morceaux qu'il aime et qu'il a pratiqués toute sa vie en guise d'échauffement. Alors, de temps en temps, il me demande de lui céder le piano. Ce que je fais avec ravissement.
Entendre Gould jouer sur mon Yamaha est un privilège que je chéris. C'est autrement plus impressionnant qu'au travers d'une galette de plastique.
J'ai même acquis une chaise basse qui lui permet d'adopter sa position favorite : bas et près du piano.
J'apprends donc dans cette position et cela me vaut des commentaires acerbes de ma professeur de piano qui, quant à elle, n'apprécie pas Gould, sa technique et la liberté de son interpétation.
Je ne suis pas forcément toujours d'accord avec l'un et l'autre mais je respecte toujours les deux. Leur enseignement m'est complémentaire. L'Ordinateur constitue, quant à lui, une troisième source d'apprentissage efficace grâce aux dizaines d'analyses des oeuvres de Bach proposées sur la noosphère par des pianistes chevronnés...

Parfois agacé par mon répertoire limité, il s'ennuie à m'écouter jouer. Il préfère alors se retourner et regarder la télévision !
Je fais, en ces circonstances, un effort pour ne pas manifester un orgueil déplacé et m'en formaliser. Il ne la regarde pas très souvent.
Les amis et proches qui m'entourent peuvent ainsi attester des progrès que je réalise au piano. J'y consacre certes beaucoup de temps, tous mes temps libres en fait quand je ne suis pas occupé à écrire. Mais le résultat est là. J'ai un professeur, et quel professeur, à domicile.
J'arrive désormais à déchiffrer correctement.
Il est de coutume de ne pas faire état de pareilles expériences : la crainte de reconnaître être visité par quelqu'un d'autre, même provisoirement, même d'aussi talentueux que Gould, peut légitimement provoquer quelques frayeurs.
Se l'avouer à soi-même n'est déjà pas évident.
Avez-vous constaté à quel point nous évitons de nous retrouver seuls ?
Il faut souvent qu'il y ait un poste de radio ou de télévision qui simule une présence et nous rassure.
Nous ne recevons plus grand monde. C'est un peu décevant de préférer un film à une bonne conversation.

Il ne me viendrait cependant pas l'idée de nouer une quelconque conversation ou d'inviter un personnage dont je n'apprécierais les valeurs et auquel je n'accorderais pas une totale confiance.
Il faut avoir confiance pour inviter quelqu'un à discuter dans votre tête.
Je pense qu'il y a tellement de savants, poêtes, musiciens, auteurs,...  qui mériteraient qu'on leur fît un brin de causette.
C'est le premier pas qui compte ! On ne vous brûlera pas pour ça. Ni dans ce monde ni dans l'autre.
La pratique du bûcher a été abolie au 18ième siècle.
Après tout, je reçois qui je veux dans MA tête !
Si vous voulez lui parler, invitez-le. Là où il est, il peut mener des conversations simultanées avec qui il souhaite.
Ceci est la magie de l'écriture. Je peux écrire ce que je veux. Les conversations se tiennent dans votre tête.
Vous y croyez si vous le voulez. Cela ne me concerne pas.
Ceci est un texte écrit sur un ordinateur qui pense.
%J'ai le droit d'écrire ce que je veux.  Je m'interdis parfois de le penser. C'est à la portée de qui le souhaite.
Si vous préférez la télé. Allez-y ! C'est votre droit. Il y en a qui ne s'accomodent pas de la violence et des limites d'une pareille compagnie.
Que feriez-vous si quelqu'un que vous appréciez particulièrement vous faisait promesse de vous enseigner ?

Le maître, exigeant, pratique un enseignement rigoureux mais débonnaire.
Il ne faut cependant pas hésiter à leur apporter la contradiction. Ils adorent ça. Pensez-vous. Ce n'est plus tous les jours qu'on leur tient tête !
Il faut argumenter et ils sont plus âpres à pointer le
geste que l'on sait perfectible et qu'on laisse néanmoins filer  .
Il ne me rate jamais quand un doigt faiblit.
Il veut que je laisse aller le mouvement comme Bach l'a pensé.
Bach a écrit ses oeuvres sans nulle malice.
Les doigts doivent donc prendre plaisir à les jouer. Il faut que les doigts apprennent à danser eux aussi.
Sur tous les claviers imaginables ;-)
Bach, la fugue et l'Art du contrepoint me sont enseignés par Gould. Je m'estime honoré et en suis heureux ! C'est ce qui m'importe.
Il me faut pratiquer. Il n'y a pas de meilleure recette.
Pour apprendre à danser, il faut danser et riqsuer de faire un faux pas.

Je comprends un peu pourquoi Bach a trouvé ces inventions si belles et pures qu'il a pensé qu'elles méritaient d'être transmises à ses enfants pour apprendre le piano.
Bach ne tend pas de piège.
Il a trop de choses à enseigner.
Il va au plus rapide et au plus efficace.
C'est un vrai bonheur que de les apprendre, les jouer, les entendre
.
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