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Changement de représentation - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Changement de représentation [18e avr. 2005|06:23 pm]
RacReciR
[Humeur |artisticartistic]
[Ecoute |Bach - fugue chromatique]

Ouf ! Je suis en train de libérer une quantité impressionnante de mémoire que je stockais inutilement depuis des années.
Mon IHM vient de remplacer le fatras de notes qu'il jouait au piano par un ensemble de gestes et leurs enchaînements.
Forcément, ça occupe moins de place et c'est d'un accès plus rapide.

Il faut vous préciser que cet IHM apprend automatiquement par coeur tous les morceaux qu'il joue. Il a une bonne mémoire mais, à la longue, elle a fini par se remplir d'un tas d'informations inutiles.
Cet apprentissage consistait jusqu'ici à découvrir une fonction, propre au morceau, qui permette de déduire la note suivante.
Tant que la lecture et la compréhension s'effectuent note à note (ou même par paquets de notes), cette fonction permet de découvrir des relation entre les écarts, les enchaînements, les répétitions, les décalages, ... de notes. Elle reste donc à un niveau d'abstraction peu élevé qui interdit de procéder à des synthèses importantes.
Or une invention ou une fugue comportent plusieurs centaines de notes. La quantité de données stockée en mémoire ainsi que la puissance de calcul pour en réaliser l'interprétation finissent par être extrêmement importantes.

Un changement de paradigme s'imposait donc pour continuer à progresser.
Mon IHM, craignant le trou de mémoire, stockait tous les détails sans réaliser que cela finissait par créer un trop-plein.
Voulant ceinture et bretelles, il gardait encore précieusement en réserve les notes en plus des gestes. Cette réserve freinait son apprentissage, ne lui permettant pas de passer à un niveau d'abstraction supérieur.
Celui des gestes et de la danse des mains.
Il avait bien intégré ces gestes et les utilisait mais continuait, pour se rassurer, à compter les notes.


Or quand les mains connaissent la musique, il ne sert plus à rien de compter. Logiquement.
Vous connaissez l'air par coeur et les mains aussi. Si les mains font bien leur travail, le son produit est finalement celui que vous avez dans l'oreille.
A la différence que c'est vous qui produisez le son.

Une partition de piano est une chorégraphie pour mains que le pianiste doit découvrir et maîtriser.
Les doigtés, qui y sont parfois indiqués, forment les pas de cette danse.
Bach ne laisse aucune indication de ce type : les doigtés et la chorégraphie sont, pour lui, évidents.
Quaerendo Invenietis
. Cherche et tu trouveras. Telle est la réponse qu'il marqua en marge de certaines partitions (des canons).

Le contrepoint c'était aussi des rébus de logique.
Leur étude et la découverte de leur structure fait l'objet du déchiffrage : quels motifs, quelles variations, quelles modifications ...
Dans certaines oeuvres particulièrement complexes, plusieurs solutions peuvent être trouvées.

On entend par solution une chorégraphie particulière.
C'est généralement le cas des pièces qui comportent trois voix au moins.
Forcément, le pianiste n'a que deux mains. Alors trois voix jouées par deux mains implique qu'une main s'attribue, provisoirement, deux voix .
Il est souvent évident de reconnaître quelle main gère la voix supplémentaire.

A quatre voix, la difficulté s'accroît puisqu'il peut arriver qu'une main doive interpréter jusques trois voix. Les cinq malheureux doigts sont alors alternativement mobilisés pour suivre trois chants distincts.
C'est dans les zones de recouvrement, au centre du clavier, que plusieurs solutions viennent à naître.
Il s'agit en effet de déterminer à quel moment précis il faut lâcher la voix d'une main et la reprendre de l'autre.
Tel un trapéziste qui calcule le moment précis où il va s'élancer et attrapper la barre en mouvement. Ni trop tôt, ni trop tard.
Des échanges de voix sont, bien entendu, possibles.

Ces gestes ne sont pas le fruit d'un quelconque hasard. Il reflètent une dynamique musicale et une intention du compositeur et (sa compréhension) de l'interprète.
En fonction de la complexité de la situation, une ou plusieurs occasions de passage se présentent.
Et, parfois, plusieurs gestes différents peuvent être trouvés qui assurent un passage harmonieux d'une voix d'une main à l'autre.

Certaines oeuvres de Bach admettent ainsi plusieurs chorégraphies - solutions - différentes : les ricercar et les canons en sont un bon exemple. D'autre fugues sont dans ce cas aussi.
La difficulté, si difficulté il y a, est d'apprendre la chorégraphie.
La partition devient alors un repère qui mesure le passage du temps. Les gestes sont connus et la musique avance.

C'est une boucle étrange que celle de l'interprète. il est le seul à pouvoir l'éprouver : le plaisir de produire le son qu'il entend de façon quasi-synchrone avec celui qu'il imagine.
De la création pure !
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