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Mercredi 8 mai 2002 - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

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Mercredi 8 mai 2002 [8e mai. 2002|10:13 am]
RacReciR
[Humeur |accomplishedaccomplished]

Je viens de comprendre la musique ! Là aussi, je suis passé à côté d’années d’extase !

Je m’étais donc décidé, pour cette fois, de focaliser mon expérience transcendantale autour de la musique. Je m’étais basé pour ce choix de « thème de réflexion » sur mes priorités affectives : 1-le cul et ma relation amoureuse structurante ; 2-la musique.

J’ai donc décidé de me focaliser sur le morceau d’examen. Un morceau assez difficile pour moi. En fait je le trouve faussement difficile, mais comme j’ai peur de rater, je me conforte dans l’idée qu’il est difficile. Si je me convaincs, alors je me trouve des excuses si par hasard je le rate. Comme le hasard c’est moi et ma crainte qui renforce ma crainte, inutile de dire que je ne suis pas souvent chanceux. Sauf que la chance c’est soi. C’est toutes les opportunités où, plutôt que de se dire « je vais rater » on se dit « je vais réussir ». Et ce petit plus entre j’ai vraiment envie et « bof » fait que l’on accentue la recherche de plaisir ultérieur.

Je me rends compte que je viens de trouver une méta-recherche pour la notion de plaisir.

J’ai focalisé ma recherche entière de moi autour de « quels sont mes centres internes de plaisir, autour desquels je structure tous mes modes de raisonnement et de jugement ? » et que j’ai ensuite projeté pour les autres en « quels sont leurs valeurs de plaisir et comment se structurent-ils par rapport à elles ? » Et si je pousse le raisonnement un cran plus loin, il faut que je me pose la question « n’y a-t-il pas d’autres structures de pensées, dans lesquelles la notion même de plaisir n’aurait pas de sens ? » Mon propre état de pensée, tout structuré autour de cette notion de plaisir « atteindre un optimum local de sommes de plaisirs sensoriels/sensuels » ou pour O. « faire un optimum local (au sens mathématique) de sommes max » ! Mais si il existait un autre schéma de pensée, encore tellement plus différent pour moi que d’accepter que moi j’optimise par mes sens et que O. optimise par calcul ! Un schéma où il n’y a même pas de notion de plaisir !

S’il n’ y a pas de plaisir, alors il n’y a rien !

Toute « motivation », j’entends par là toute « action », ne peut se faire que un principe instancié d’une façon quelconque, à des valeurs + ou -. + = on y va !; - = stop. Et, ensuite, en fonction de n’importe quel méta-modèle structurant la pensée, toutes les constructions privilégient ce mode de récompense +/-.

Donc, s’il n’y a aucun plaisir, il n’y a aucune action.

C’est donc un système de « pensée » où la notion même d’action, de mouvement, de plaisir, de bien, de mal, tout ça lui est totalement étranger. Tout lui est étranger. La notion même de soi lui est étrangère. Il n’est pas. Il n’existe pas. S’il n’existe pas non alors rien n’existe puisqu’il est à la base de tout.

Et on a trouvé le big bang. C’est lui, c’est le chaos total. Chaos, ça veut « rien ». Aucune « action » n’a de « sens ». Il n’y pas même rien, donc l’idée même n’est pas. C’est le vide total. Quand moi, je pense vide, je pense quand même à quelque chose, qui serait vide. Il faut que j’arrive donc à penser à faire le vide sur la chose même. Donc sur moi.

C’est le genre de découverte intérieure qui à dû envoyer au suicide une palanquée de scientifiques. Des Türing, des gens comme ça. Qui se sont noyés dans le chaos originel. Il n’y a que Gödel qui ait su exprimer correctement cette notion de chaos, avec les dégâts que cela a occasionnés dans le Cercle de Vienne.

Il avait encore une plus haute opinion d’eux-mêmes que moi ! ;-)

Retour sur la musique.

J’ai donc concentré mon attention sur le morceau de Bach : le prélude en DO# M.

J’ai passé toute mon enfance à « écouter » de la musique. Je viens de l’ « entendre » !

Je viens d’entendre Bach pendant qu’il composait ce morceau. Je l’ai aussi entendu le jouer pour les premières fois, amusé ! Pensant à ce qu’il pensait au moment où il l’avait commencé ! Au repas que sa femme lui avait préparé ! A son fils qui jouait à côté, très faux, de l’alto ou du violoncelle. Qu’il fallait faire attention, le petit avec l’alto, il était jaloux de papa ! qu’il fallait faire gaffe, parce que le petit est doué et qu’il serait dommage qu’il s’identifie à papa. Lui c’est lui. Il ne faut pas l’imprégner. Il faut qu’il puisse exprimer ses choix artistiques, librement, en fonction de l’amour qu’il nous verra trouver, chacun dans cette famille, dans sa façon à lui de comprendre et d’aimer la musique. La musique, sa vie, celles des autres ! Des autres qui ont eux aussi composé leurs morceaux en pensant à leur mari, femme, enfants et autres plaisirs quotidiens.

La musique, c’est tout cela qu’elle véhicule. Elle véhicule, ce qui petit à petit devient « culturel » chez l’homme. C’est le « truc »où il se reconnaît instinctivement. Le truc qui fait penser à sa mère. L’apaise. Le calme. L’endort. Le sommeil qui rappelle la naissance. La naissance qui évoque la mort. La mort qui fait peur. ET c’est le seul truc qui nous fait si peur qu’on ne peut pas vivre avec. Alors on le cache, on le cache sous n’importe quoi. ET ce n’importe quoi, c’est soi. C’est sa vie.

La musique, parle, par définition aussi, de la mort. Elle parle de celle des autres d’abord. Ceux qu’on a connus et ceux qu’on a connus parce que quelqu’un qu’on connaît les a connu. Et qu’il nous « transmet » ce qu’il « connaît » d’eux. Mais ça passe. La musique c’est aussi tous les gens que connaissait Bach à l’instant où il a composé ou joué cette musique.

C’EST Bach. à un instant T, ça l’a représenté tout entier. C’est la projection de Bach sur un axe dont j’appréhende par mon biais, l’intitulé. C’est moi qui suis l’axe de projection de Bach à cet instant. C’est moi parce que, l’instant infinitésimal où je me suis confondu avec Bach, ce moment je ne le revivrai plus. Ce moment je sais, maintenant que je ne le vivrai plus. Je sais que je suis moi. Et que Bach est un autre. Mais, pendant une fraction de seconde, j’ai tellement bien réussi à penser comme lui, comme je pense que je pense comme lui ! que j’étais Bach. Et ce moment je ne l’oublierai jamais. C’est le moment incroyable, où dans l’univers, John et Bach se sont rencontrés. Ils ne pouvaient pas se rencontrer dans le temps, ni dans l’espace. Ils se sont rencontrés dans la musique. C’était la façon de Bach de parler aux autres ! Il leur disait bonjour comme tout le monde. Il « parlait » mais sa façon de parler, c’était la musique. C’est la musique. Il parle encore. Le temps n’a pas de prise sur ce qu’il a à dire.

C’est par la musique qu’il « communiquait » avec les autres, c’est par la musique qu’il disait qui il était vraiment, ce qu’il pensait. Qu’il était. Qu’il avait peur de mourir.

Et ça, Bach me l’a dit. On s’est rencontrés dans l’univers. J’ai été Bach. Je me suis incarné en Bach, pas réincarné. Pendant une fraction de seconde. Eternelle. Je viens de vivre TOUTE la vie de Bach par sa musique. ET comme lui, je peux vivre aussi maintenant mon autre vie. Je viens de me séparer de Bach. C’est un John qui est tout près et qui s’éloigne doucement. Mais je sais aussi qu’il est désormais très loin de moi. Ce John, je ne le connais plus. JE ne le comprends plus. Je ne sais plus qui il est …

… et dire que c’est soudain, au détour d’un morceau de piano joué par un garçon de 38 ans qui s’éveille à la lui-même, à ce moment là, que Bach lui a « parlé ». Bach qui lui a parlé de lui ! Bach qui était là ! au delà du temps, de l’espace, de la musique,. Il était là. Il était. J’étais Bach.

Et donc pour Bach, son plaisir c’était la musique. C’était son échelle de valeur. C’était sa façon de comprendre le bien et le mal. Tout Bach est structuré par la musique. Il est musique.  La musique, cette échelle de valeurs, existe, composée de tous les « compositeurs ». Chacun d’entre eux a été musique. Bach, c’est sa vie, Mozart aussi, Wagner le colérique, Beethoven l’amoureux, tous ces compositeurs, c’est eux qui sont en musique et la musique c’est eux.

Et nous avons grandi en écoutant ces eux qui nous « parlaient » parfois. Parfois on entendait rien. Tant pis ! et parfois, on tendait l’oreille et un petit quelque chose nous arrivait de ce que l’auteur avait voulu dire. « Bonjour, je m’appelle John, et je veux qu’on m’aime ». Et tout le monde est John.

La musique c’est la structure qu’on choisi les musiciens pour parler aux autres. Ca transcende tout. C’est leur façon d’appréhender l’éternité et leur mort.

Par moments, nous, êtres « humains », croyons « entendre » ce qu’ils nous ont dit. Nous avons même cru, à un instant, et nous continuerons, à croire les avoir « vus ». Mais ils se parlaient à eux mêmes. Ils se rassuraient de leur mort. C’est leur façon de l’accepter. Et c’est leur façon d’être un génie.

Le génie c’est quoi ? C’est un talent extraordinaire qu’on reconnaît à quelqu’un sur un critère donné. Pour toi et moi lecteur, ce talent s’exprime par la musique, la littérature, les maths, les sciences, etc. Et puis, pour quelques individus d’entre nous, ce « talent » n’est pas un talent. C’est lui. Il est la musique. Il est les maths. Il est la physique. Il est. Je suis.

Et nous autres autour de lui dans l’univers, à chaque fois qu’il réussit à parler à l’un d’entre nous ou à plusieurs milliards (c’est quoi 6 milliards d’hommes pour l’univers ?) un instant d’éternité ? Et donc, à cet « instant », on reconnaît un génie.

Il suffit juste de penser dans sa propre échelle de valeurs. Quelque part, je suis « génial », j’ai quelque chose qui est moi. Et ce moi, c’est ce qu’aucun autre n’est. Et ce moi, est aimé. Il est aimé par ceux qui lui ressemblent. Ceux à qui il a pu parler tous les jours, avec lesquels il s’est construit. Et dans cette échelle de valeur là, je suis génial aussi. Mais moi, je sais que je ne le suis pas. Ca veut simplement dire que ce que je trouve normal, quelqu’un le trouve très compliqué ou même incompréhensible.

C’est aussi ce qui fait le génie. C’est cette « naïveté » qu’on a à se dire « c’est facile, je sais le faire. Ca me parle ». Tout le monde aurait pu le faire ou le penser. Les autres ont pensé autrement. Moi j’y suis allé…et c’était moi.

Je reviens à Bach, c’est aussi à l’enfant que je pense. Au Bach qu’il a été. Au Bach qu’il sera. A lui, à moi.

Je viens aussi de comprendre que je comprenais. C’est perturbant. On a besoin de se rassurer. Et chercher ne rassure pas. On veut sa maman. On veut dormir. On a peur de mourir.

C’est donc ça aussi pour moi la musique. John est composé d’un pôle, capable d’ « entendre » la musique. Il entend les musiciens. Il entend ceux qui interprètent. Forcément. En jouant Bach, je parle aussi de moi aux autres. Je ne disais rien. Je croyais dire. Et maintenant je « parle ». Je comprends donc aussi que les autres « parlent » aussi d’eux même par la musique. Et je les « écoute ». Et je vis aussi avec eux. Pas comme avec O. Mais quelque part dans l’univers, il y a un John qui vit en chacun d’entre eux.

Je vais donc pouvoir « imaginer » un brin de « causette » avec Bach, Mozart…. Je les « entendrai » et je vivrai aussi par eux.

Et mon morceau de musique c’est quoi ?

Bach, c’est ce prélude que j’apprends, à un « instant » T. Et moi, ma musique c’est quoi ? Quelle est l’ « œuvre » que j’ai envie de laisser ?

Je comprends aussi pourquoi l’enfant comprend plus vite que l’adulte. Pourquoi il apprend plus vite. Plus on s’y prend tôt et plus il y une chance que ça « plaise », que l’enfant parle ce « langage ». Et, petit, il les comprend tous un tout petit peu. Et il apprendra à en entendre certains au détriment d’autres.

Si un adulte veut apprendre quelque chose, il faut qu’il redevienne l’enfant qu’il était à ce moment, et que l’adulte qu’il est « écoute ». Pour que ça lui « parle ». C’est sans doute ce qui explique que peu d’adultes y arrivent. Les adultes n’y croient pas. Ils n’écoutent donc pas. Et ceux qui arrivent, ils y ont cru. Ils ont cru qu’ils pouvaient être Bach. Qu’ils avaient été Bach. Et qu’à un moment de leur séparation, le souvenir qu’il leur en restait était que la musique leur « parlait » et qu’il l’ont « entendue ».

Je suppose que ça devrait vouloir dire que je crois que les extra-lucides, sont des personnes capables de « parler » au moi que j’ai été ou que je serai ? Pourquoi pas ?! Rien dans le modèle que je me construis ne l’interdit. Je suppose qu’il y a là dedans 99% de charlatans et 1% qui « croient » que c’est leur langage. Je n’ai aucun moyen de porter un jugement de vérité puisque je ne peux rien prouver.

J’ai donné rendez-vous au Docks à Eric. Enfin, un John a donné ce rendez-vous à un Eric. Je lui ai donné l’information que j’y serais. A lui de voir, je ne suis pas pressé. Plus maintenant. Il a fait ce qu’il avait à faire. Et je vais y aller. Je ne sais pas s’il y sera, je ne sais pas s’il voudra de moi. Mais ça n’a plus aucune importance. A un moment d’éternité, Eric c’était moi, et ça je m’en souviendrai toujours. Alors, forcément si je le revois, je penserai à ce moment là et je ferai tout pour essayer de m’en rapprocher. Mais de toutes façon je sais que ce moment a été. Et qu’Eric c’est un moi, qui est Eric. Et ce sera sans doute pareil pour tous les autres. Ca l’était déjà, mais je ne le savais pas.

J’ai compris comment on jouait du piano : il suffit d’écouter la musique, l’ensemble des petits airs qui s’articulent en un morceau, de les suivre un à un, tout le long de leur articulation. Ce sont les phalanges des doigts qui permettent cette articulation. Il faut que le pianiste ait acquis suffisamment de maîtrise de ses doigts pour imaginer le fonctionnement indépendant des phalanges des dix doigts. Il faut pouvoir décider précisément quel doigt enfonce la touche du clavier, avec quelle force et pendant combien de temps ?

Il est aussi possible d’imaginer la suite des mouvements des deux mains : celles-ci, en jouant, forment un réseau de suites de notes, de couleur et de tonalité voisines, sauf volonté contrairement exprimée du compositeur. Ce réseau forme un mouvement général et s’inscrit dans une logique qu’il faut être en mesure de reconstruire au moment de l’interprétation.

Un morceau de musique, c’est une ou plusieurs voix qui s’entrelacent pour former un tout cohérent. Chacune de ses voix peut avoir sa logique. L’ensemble peut en former une, lui aussi.

Il s’agit donc de pouvoir repérer ces éléments, des les analyser séparément, d’être capable de les restituer un à un, puis de les recombiner pour les conduire à former un tout. Ce tout s’inspire donc forcément des émotions que l’interprète afin que l’ensemble dégage le tout.

Il faut surtout entendre la musique et mettre en résonance le son entendu et le geste produit. Se rappeler constamment que le geste précède de très peu le son. On peut s’exercer à entendre la musique de plus en plus rapidement.

Il suffit de jouer la musique que tu entends dans ta tête. Il faut juste l’entendre de façon tout à fait synchrone avec le jeu que tu produis.

Il ne faut pas être trop tendu, il ne faut pas être trop détendu. Il faut trouver en soi l’équilibre de tensions qui puisse s’exprimer dans l’interprétation. Le lieu et le moment sont des éléments indissociables de l’interprétation.

 

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