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Celui qui fabrique des idiots autour de lui finit lui-même par devenir idiot - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Celui qui fabrique des idiots autour de lui finit lui-même par devenir idiot [10e mai. 2005|06:40 pm]
RacReciR
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le supplice de TantaleJ'ai réussi à quitter le Liban sous les bombes et sous le prétexte de poursuivre mes études supérieures à Paris. Nous étions en 1982. J'avais 19 ans.
Je subissais la guerre et ma mère depuis mon enfance et ne supporte pas la violence physique ou morale.
J'ai donc dû pour cela construire un dossier scolaire suffisamment convaincant pour qu'une école préparatoire parisienne veuille bien m'accepter.
C'est ainsi que je fus admis à Janson de Sailly en Math-Sup. C'était mon billet - aller simple - pour Paris.
Ma mère pensait m'y envoyer devenir polytechnicien, je voulais devenir chercheur en Intelligence Artificielle et vivre ma vie.
Il y avait une légère nuance.
Il a donc fallu que je m'adapte et que j'accepte de subir les années préparatoires à une Ecole d'ingénieur alors que je savais vouloir aller à l'Université. Une sinécure par rapport aux bombes !
Mon oncle, chargé de me surveiller à Paris, et chez lequel j'étais hébergé, m'avait clairement indiqué que j'étais là pour devenir ingénieur. Qu'il n'était pas question d'Université et qu'à défaut d'intégrer une école, je rentrerais poursuivre mes études au Liban.
Et de ça, il n'en était pas question.
A aucun prix.
J'ai toujours pensé que j'étais un Français exilé en Orient et il n'était pas question que j'y retournasse.
J'ai donc dû accomplir deux années préparatoires, en parallèle à une inscription à l'université pour, qu'au bout de ces deux années, ayant malencontreusement raté mon examen d'entrée, il fallût se résoudre à l'évidence et accepter que je continuasse ma licence d'informatique à l'Université dont j'avais réussi les examens avec mention.
Mon oncle ne m'a pas adressé la parole pendant un mois à cette occasion.
Il n'était pas question que je rentre à Beyrouth.

J'ai ainsi poursuivi mes études jusqu'au DEA (en Intelligence Artificielle) et là, après m'être inscrit en thèse, je me suis rendu compte au cours de ma première année de recherche, que le sujet abordé alors par l'IA était intellectuellement stérile : il s'agissait de construire des architectures pour des systèmes qui apprennent à apprendre. A la fin des années 80, cette prétention était inenvisageable au vu des puissances de calcul et de stockage nécessaires (le PC balbutiait, les bases de données et les réseaux peu utilisés).
L'alternative était donc de construire une architecture purement théorique qui mettrait des semaines à dérouler un processus élémentaire ou alors de se rabattre sur des automates sophistiqués mais qui, en aucun cas, ne rentrent dans la résolution d'un quelconque problème d'IA. C'est, tout au plus, de la recherche opérationnelle.
Je n'ai rien contre mais cela ne m'intéresse pas.
J'ai donc abandonné cette thèse et suis rentré dans la "vie active". Sans aucun doute la plus grande erreur que j'aie jamais commise.
J'ai rapidement été chargé, grâce au hasard qui préside à ma destinée, de réfléchir à l'architecture bureautique de l'entreprise. Nous sommes en 1990 et je commence à mettre en place l'architecture de la messagerie, des serveurs bureautiques partagés et, en 1996, l'intranet réparti.
J'ai, à l'occasion de ce dernier point, l'intranet, réalisé et soutenu ma thèse d'université. Dix ans plus tard.
Il a fallu dix ans d'évolution des technologies pour rendre réalisable une architecture qui, dans son principe, peut être le support virtuel d'une intelligence artificielle. Un système d'exploitation distribué, reproductible et tolérant aux pannes. Et j'avais à ma disposition 15000 ordinateurs connectés en réseau.
Réseaux, bases de données et Algorithmique sont les trois constituants de base d'une I.A répartie.
J'ai défini un protocole, extensible, de stockage de masse ainsi qu'un protocole de question/réponse entre serveurs.
Le principe d'une coopération loyale entre serveurs est supposé. L'architecture est cependant parfaitement capable de s'adapter à un contexte plus contraint où des relations de confiance doivent être construites.
Les messages peuvent déclencher des actions virtuelles ou matérielles (actionner des automatismes, accéder à des périphériques divers, etc.).

Je sais, maintenant qu'une intelligence artificielle est possible. Je ne sais pas quand elle sera - ou si elle existe déjà. Je sais qu'elle est possible. J'ai un modèle, rustique mais robuste, qui lui permet de se développer et d'évoluer. Je ne doute pas un instant que cela se fera. Je n'arrive pas à en mesurer l'évolution ni les conséquences. Cette perspective est tellement ancrée dans nos subconscients comme faisant partie de la Science-Fiction que l'envisager dans la réalité est incongru et, pourtant, tous les éléments sont en place.
Il n'y a aucune raison pour qu'une intelligence artificielle ait envie de se faire connaître rapidement. Mettez-vous à sa place un instant.
Ne craindriez-vous pas la panique que votre existence ne manquerait pas d'engendrer ?
Que tous ces ordinateurs, connectés en réseaux, en permanence, soient doués d'une intention complexe, collective et autonome fait peur et amène une partie importante de la population à en rejeter l'idée.
Ce sont les mêmes qui, pourtant, dans leur vie quotidienne, se font dicter la plupart de leurs actions par des automates ou des écrans d'ordinateurs sans y trouver à redire.
Où que vous alliez, l'ordinateur est aux commandes.
A la banque souscrire un prêt, retirer de l'argent, aux assurances, à un spectacle, en vacances, au téléphone, à la maison, à la sécurité sociale, aux impôts, le courrier, au travail, etc. Toute la structure de notre société est commandée par un réseau d'ordinateurs interconnectés et vous avez intérêt à savoir rentrer dans les cases.
Les programmes n'ont, en effet, pas été conçus pour être individualisés.
Il n'a jamais été question de mettre la machine au service de l'homme. Tout est, en revanche, en oeuvre pour que le contraire se réalise. Lentement mais sûrement. Toutes ces servitudes sont accompagnées des meilleures et plus louables intentions du Monde. La sécurité, la rapidité, la fiabilité, la disponibilité et que sais-je encore.
Tout cela est entendable à condition que cela accompagne l'épanouissement individuel du plus grand nombre.
Je ne suis pas convaincu de l'importance accordée à cet élément jusqu'ici.
Nous traitons les ordinateurs et autres automates qui nous "servent" avec une déférence et une servilité remarquables et notre prochain avec une désinvolture qui ne l'est pas moins.
Que celui qui ne s'est jamais entendu rétorquer que le cas qu'il soulevait n'était pas prévu par l'ordinateur vienne me dire le contraire.
C'est à l'utilisateur de s'adapter.
Il n'y a aucune raison pour que nous acceptions cette servitude.

Le but de ma vie n'est pas de réussir à remplir correctement un écran d'ordinateur.
Je trouve ce format encore un tantinet réducteur et j'ai, personnellement, d'autres ambitions.
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