?

Log in

Comme chien et chat (alpha, bêta,...) - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

[ Amorçage | RiceRcaR ]
[ Réflexivité | moi je ]
[ Archives | Réminiscences ]
[ Piano | Radio blog ]
[ Youtube | Videos ]
[ Home | In Principiam... ]

Comme chien et chat (alpha, bêta,...) [12e oct. 2016|04:02 pm]
RacReciR
[Tags|, , , , , , , ]

panthère-girafeLe félin, inconditionnel admirateur des chats que je suis, est un jour tombé en arrêt, raide dingue d’un chien rencontré par un des ces hasards qui font le charme de la vie.
Ce chien d’un âge avancé, un berger d’Anatolie (1m78 pour 70kg tout en muscle) avait été maltraité par tous ses propriétaires précédents qui l’avaient finalement abandonné au bord d’une route.
C’est donc d’un animal dominant, mal socialisé, maltraité, rendu méchant, agressif et esseulé (pour cause !) dont je me suis épris sans réaliser les dégâts qu’une telle bête peut occasionner pour peu qu’elle se sente menacée. C’est-à-dire tout le temps !

Après avoir été agressé à de nombreuses reprises, j’ai donc dû après quelques mois et à mon grand dam, me séparer à mon tour de cette magnifique bête et l’ai laissé vagabonder sur les rives d’un fleuve qu’elle affectionne.

Ayant été méchamment mordu par un chien, l'amateur de félins que je demeure, caresse néanmoins têtu depuis quelques semaines l’idée d’adopter un bébé bull terrier dobermann (qui finira par peser, adulte, ses 30-35 45-50 kg quand même). Et, comme tout chat échaudé qui se respecte, je me trouve donc plongé dans des livres de “dressage” (quel mot barbare, même pour un animal) de ces chiens au caractère bien affirmé qui ont la réputation de tester leur “maître” (autre barbarisme) en permanence.
La lecture et la compréhension des modes de fonctionnement d’un chien, totalement étrangers au félin singulier que je suis, est une révélation renversante. Je regrette amèrement ne pas avoir plongé dans cette lecture plus tôt, qui m’eût donné pas mal de clés pour comprendre, à défaut d’apprivoiser, le chien-fauve dont j’ai été le jouet-compagnon d’infortune provisoire.

Votre serviteur se classe en effet dans la catégorie des félidés qui est une grande famille comportant beaucoup de sous-catégories, à la différence des canidés.
C’est ainsi que les lions, félins par excellence, ont un mode de vie grégaire avec une organisation hiérarchique qui ressemble à celle des canidés alors que certaines panthères sont des prédateurs solitaires (sauf en couple ou en famille) sans concept hiérarchique (et pour cause).
Il se fait, par ailleurs, que je me trouve être une chimère (fort heureusement stérile), croisement clandestinement réalisé dans les bas-fonds d’un laboratoire oriental et qui a vu naître une panthère-girafe. J’ai donc hérité le caractère introverti et solitaire de la panthère et le côté pacifique et bonhomme de la girafe.
Sous un dehors de prédateur armé de dents et de griffes acérées, se cache ainsi un animal naturellement solitaire et résolument paisible qui ne conçoit pas la dualité prédateur-proie (la panthère est un redoutable prédateur alors que la girafe, herbivore, fait néanmoins partie des animaux dont se méfient – à juste titre – les plus grands fauves).

Autre point et non des moindres : les chiens ont acquis une intelligence sociale qui est le fruit de leur domestication par l’homme. Les félins, quant à eux, n’ont jamais eu besoin de développer ces qualités et sont souvent d’une intelligence (QI ne veut rien dire) plus élevée induite par leur introversion et contrebalancée par une moindre adaptation sociale.

La principale caractéristique d’un mâle alpha est ainsi de vivre dans une compétition permanente. Il doit se battre encore et encore pour imposer puis confirmer tous les jours sa domination. A tout prix. Ce combat étant d’autant plus féroce et sanglant que l’animal vieillit.
Et c’est dans la nature du chien d’être soit alpha et se battre toute sa vie ou alors d’être dominé et, tout compte fait, mener une vie bien plus agréable puisque protégé par l’alpha qui fait le sale boulot en échange de sa protection et du respect pointilleux de son rang.

Le félin quant à lui ne comprend pas la hiérarchie ni les règles et les ignore donc superbement (ce qui est souvent perçu comme une forme de mépris ou de condescendance). La seule relation qu’il entretient avec ses proches est une relation partagée et librement consentie. C’est ainsi qu’il est fréquent de croiser des chiens et chats qui s’entendent à merveille. Ils ne fonctionnent pas sur le même plan.

Il n'en demeure pas moins qu'il est relativement aisé de vivre en bonne intelligence avec un félin...qui peut être “domestiqué” et même occuper un rôle qui pourrait passer pour bêta ou“dominé” dans une meute, un groupe… puisque ce concept hiérarchique lui est étranger (étymologiquement).
Cette répartition des rôles fonctionne d’autant plus harmonieusement que le mâle alpha joue son rôle protecteur affectueusement et avec bienveillance (il fixe le tempo des activités, décide quand jouer à la baballe, se jette le premier sur la gamelle, etc.) ce qui est souvent le cas pour les chiens ayant été correctement socialisés et qui prennent donc à coeur leur rôle de “gardien” de leur troupeau.
Le problème se pose quand l'alpha mal socialisé, a été rendu méchant et agressif et, considérant les membres de son troupeau comme de potentiels concurrents, abuse de sa force dans les situations les plus triviales et même dans les situations de jeu. La compétition à mort, quel que soit le partenaire !

Il est donc arrivé, par le plus grand des hasards, qu’après s’être longuement côtoyés et respectueusement ignorés, une panthère-girafe et un kangal abusé (c’est le nom commun du chien berger d’Anatolie) tombassent raides l’un de l’autre et tentassent de mener un bout de chemin de concert.
Deux solitaires qui se croisent avec des attentes opposées.
C’est deux galaxies très différentes qui partagent un même terrain où l’un chasse et l’autre se promène.
Il advint ce qui devait arriver. Le chasseur chassa le promeneur qui, las d'être perché, alla se trouver un autre terrain de jeu.

Et c’est ainsi, qu’à la lecture des livres de “dressage”, j’ai réalisé que le chien berger que j’avais adopté avait oeuvré pour m'imposer la plupart des recettes de dressage que je lisais tout au long de ces pages. Il avait beau penser “mon félin”, il ne l’en traitait pas moins comme un chien (dans l’acception première et péjorative) ou comme un mouton dont le chien berger qu’il est aurait eu la charge et dont il surveillait les moindres pas de peur d'une nouvelle trahison.

Quelle drôle d'idée aussi de vouloir «dresser» quelqu'un qui a, de surcroît, 50 points de QI de plus que vous ! Si un “dressage” (avec moult câlins et boîtes de sardines) peut s’avérer efficace et même bénéfique avec un félin volontaire, dans certaines circonstances (apprendre à faire de la roue, marcher sur une corde raide, s’élancer dans le vide, etc.), la méthode câlin-morsure est résolument vouée à la catastrophe dans tous les autres compartiments de la relation où un félin, a fortiori chimérique, ne se pose jamais dans la dualité “faire plaisir à son partenaire pour obtenir une récompense sous peine de subir une punition”. Toute tentative de l’enfermer dans ce rôle crée chez lui une dépression profonde, instille une peur permanente et, un jour où la porte de sa cage reste ouverte, le félin prend ses pattes à son cou en feulant et on ne le revoit plus jamais.

Ayant fait naître et accompagné jusqu’à son dernier ronronnement sur mes genoux, 22 ans plus tard, un félin domestique birman, je mesure lisant les pages des manuels de dressage pour chiens, la somme d’efforts permanents et la relation hiérarchique qu’il va falloir mettre en place si je veux un jour adopter un chien et en faire un camarade de jeu.
La panthère-girafe que je suis a appris, avec le temps et en l’absence d’alpha (forcément !), à occuper le sommet de sa pyramide sociale. Un rôle de composition dont je n’ai cure et que je tiens par défaut parce qu’il faut bien que certaines décisions organisationnelles soient prises dans une galaxie où la hiérarchie est la norme, si je veux m’assurer du bonheur des êtres qui me sont chers.

J’ai donc décidé de m’accorder quelques mois de réflexion et d’attendre une prochaine portée avant d’éventuellement adopter un chien qui aurait vocation à m’accompagner fidèlement pendant de longues années, jusqu’à son dernier souffle...ou le mien.
LienRépondre