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Fugue d'outre-tombe - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Fugue d'outre-tombe [14e nov. 2016|12:01 am]
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Neuf ans aujourd'hui que ma mère est morte. Eh oui ! Encore un 14 ! Novembre 2007. Le matin de la dernière grande grève de la RATP.

J’ai d’autant mieux accepté le départ de ma mère qu’elle était malade depuis plus de vingt ans et que je sais l’avoir accompagnée de mon mieux pendant ces années-là et encore plus ses dernières semaines où je n’ai pas quitté son chevet jusqu’à son dernier souffle.
L’ironie de la vie, le karma, ayant voulu qu’elle mourût comme elle était née.
Ma mère craignait par dessus tout la noyade. Elle s’était en effet noyée à sa naissance dans le liquide amniotique et le médecin l'avait ranimée de justesse. Elle avait gardé de cette entrée en scène dans le grand monde une phobie instinctive.
68 ans 5 mois et 25 jours plus tard il a fallu, selon ses voeux, que je demandasse au médecin qui la suivait de mettre un terme à l’acharnement médical. Les dialyses dont dépendaient sa vie ont donc été arrêtées en même temps que les autres soins. Et, pendant dix jours, l’eau qui aurait dû être évacuée par les urines ou par la dialyse s’est accumulée dans son corps pour finalement envahir ses poumons les dernières 24 heures.
Elle est donc morte noyée ... dans son lit d’hôpital. Ma soeur et moi à son chevet impuissants, l’entendant prendre ses derniers souffles chaque 30-40 secondes comme une apnéiste qui remonterait à la surface…
Jusqu’au grand silence.

Je sais qu’il y en a qui croient au hasard. Pas moi ! J'ai une excellente mémoire, photographique de surcroît, et je finis par reconstituer les liens, même si c'est souvent avec un temps de retard.
Le hasard n’est qu'un faisceau de causes qu’on ignore ou qui sont hors de portée de notre cognition (ce qui revient au même).
La différence entre croire au hasard et accepter son ignorance pourrait sembler tétraphyloctomique (relevant de l’art de couper un cheveu en quatre :). Il n’en demeure pas moins qu’il y a une grande différence philosophique entre ces deux points de vue : accepter.

SI l’on croit au hasard
ALORS il n’y a pas besoin de causes et de conséquences. C’est comme ça mon bon monsieur. Pas de chance ! On passe sa vie à se lamenter contre les coups du sort qu'on n'accepte pas et à envier son voisin et l’herbe plus verte du jardin d’à côté.

En revanche,
SI l’on est persuadé que tout ce qui est vécu provient de causes auxquelles on a contribué (fussent-elles au delà de la perception individuelle)
ALORS on prend un luxe de précautions dans l'accomplissement de ses actions puisque le fruit de ses actions fera forcément partie de causes d’événements (heureux ou pas) ultérieurs.

Pour les bouddhistes, cette deuxième alternative constitue le karma (action en tibétain). L’enchaînement inexorable de liens de causes à effets. On récolte tous les jours les fruits des graines qu’on a semées, parfois dans cette vie-ci (ou dans les précédentes).
Et le boy-jardinier-...-bouddhiste-amateur que je suis sais, qu’en fonction des essences, il y a des plants qui donnent leur fruit au bout de quelques mois alors que d’autres nécessitent plusieurs années avant d’arriver à maturation.

D’où l’importance d’accepter !
Au moment de récolter le fruit, il ne sert plus à rien de se féliciter ou de déplorer. La graine - les causes - a été mise en terre depuis longtemps, les circonstances (temps, ensoleillement, pluviométrie, etc.) ont assuré la croissance du plant et aujourd’hui le fruit arrive à maturité.
Il n’y a donc pas d’autre choix que d'accepter ce qui est là.
Aucune approbation n’est nécessaire à ce niveau. Il suffit juste d'acter qu'il est là.
La précaution que prend une personne raisonnable si le fruit s’avère amer, est de s’assurer qu’elle ne disperse pas de nouvelles graines qui finiront inexorablement par produire d’autres fruits tout au moins aussi amers.

Ce billet, qui marque le point final d’une longue série maintenant, célèbre aussi le deuil d’une grande passion. Celle d'un ami de coeur, qui s’est elle aussi noyée il y a quelques semaines dans la rivière Dordogne (oh ?!  Une anacoluthe :)
Je demeure éploré et ô combien inconsolable de cette perte mais cependant ferme et résolu.
J’ai découvert grâce à (ou plutôt en dépit de) cette passion la plénitude d’une relation exclusive pendant ces longs mois, ce qui ne m’était jamais arrivé. J’ai aussi vécu et ressenti (à défaut de partager) les sentiments parmi les plus intenses de ma longue existence et, paradoxalement, je ne me suis jamais autant trompé dans une « relation structurante ».
Il manquait manifestement à mon répertoire le rôle de Cassandre dont je me serais bien passé.
Des souvenirs douloureux et des opportunités ratées donc mais beaucoup de bons moments et, me connaissant, je ne garderai que ces derniers et laisserai la Dordogne et le temps emporter les autres.

Pour lever toute ambiguïté, au cas improbable où ce billet te parviendrait outre-tombe, la balle n’est plus dans mon camp depuis belle lurette et je n'ai pas d'autre choix que d'attendre que tu sois honnête et mettes ton orgueil de côté (je suis assis sur le mien). Il ne m’est pas possible d’envisager de t’adresser la parole sans avoir reçu des excuses sincères pour la journée du 14 avril, où tu as allumé la mèche de la machine infernale (littéralement) que tu as construite, mise en branle et qui a provoqué la destruction de notre relation, avec un feu d'artifices de violence au 14 juillet.
Si elles sont sincères, je les accepterai. Je pourrai alors m'excuser aussi. Nous pourrons ensuite tomber dans les bras l’un de l’autre (c'est ce qui me manque le plus), prendre un café, aller promener le chien, regarder un film, faire un câlin ... bref construire autre chose.
TPAMPM

Cela fait donc 9 ans que ma mère est morte.
Elle me manque tous les jours mais j'ai accepté son absence plusieurs mois avant qu'elle ait rendu son dernier souffle.
C'est pareil ici.
J'ai toujours honoré ma parole quelles que fussent les circonstances.
Je m'étais accordé une apnée il y a quelques mois. J'ai repris mon souffle mes esprits depuis.
Une fugue de plus.
Le thème était imposé cette fois-ci : « Laisse les morts ensevelir leurs morts » (Luc 9:60).
Une improvisation chaotique.
Allez trouver, à bout de souffle, l'inspiration !

«Parce que même si l’ange perd la plupart du temps, il y a toujours une chance que l’ange gagne».
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