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Médiocratie ou de la dictature de l'ordinateur - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Médiocratie ou de la dictature de l'ordinateur [6e juin. 2005|08:48 pm]
RacReciR
[Humeur |flirtyflirty]

Nous vivons la génération sacrifiée à l'autel de l'informatisation sauvage.
Tous les processus de notre vie quotidienne sont informatisés : banque, travail, santé, transport, éducation, voyages, communications. Tout ou presque. Dans quelques années, ce sera tout.

Le bug du système réside dans le processus de décision. Celui -ci est resté de forme administrative.
C'est-à-dire que les décisions principales en matière d'informatisation des processus qui régissent notre vie de tous les jours sont prises par des gens qui ne sont pas compétents dans le domaine qu'ils traitent.

Un programme, j'entends par là un programme ambitieux (comptabilité, gestion, stocks, paye) met plusieurs années à être conçu et déployé et il est prévu pour durer pendant 5 à 10 ans. Cela fait donc une quizaine d'années en tout.

Imaginez qu'on vous dise que telle fonction ne sera pas améliorée avant 15 ans parce qu'un ingénieur l'a jugée conforme au cahier des charges. C'est comme ça, mon bon monsieur !
Allez par exemple dire à votre banque que vous ne rentrez pas dans les cases qu'elle a prévu pour vous catégoriser et que cela ne vous convient pas !

Regardez aussi l'extraordinaire usage des limites et des bornes des limites.
Si vos revenus sont inférieurs à un seuil donné, vous êtes catégorisé comme pauvre, assisté ou je ne sais quoi et êtes automatiquement exempté d'un certain nombre de taxes et bénéficiez d'aides plus ou moins adaptées.
Passez ce seuil d'un euro et vous voilà exclu par l'ordinateur de cette catégorie.
Soudain, sous prétexte que vous avez trouvé du travail à peine mieux payé que l'aumône que l'on vous versait, celle-ci vous est automatiquement supprimée.
Du jour au lendemain.
Dans le mois en cours en tous cas.
L'information est saisie une fois par mois par l'Administration !

Sous couvert donc de rationaliser la distribution des aides publiques, un euro vous fait passer de la catégorie "assisté" à la catégorie "contribuable".
Il n'y a rien de prévu entre les deux.
Ceux qui ont écrit le programme n'ont pas voulu se fatiguer à prévoir d'autres possibilités.
500 pauvre, 501 riche. Ca rentre dans les cases et c'est automatisable.
C'est merveilleux l'informatique !

Un programme a toujours été prévu en fonction de l'utilisateur le plus atypique (le PIV dans le jargon : Premier Imbécile Venu) : celui qui va tricher, qui va essayer de profiter du sytème, qui va vouloir voler ou qui fait n'importe quoi ...
Et pour éviter ces quelques brebis galeuses - dont l'imagination est, par définition, sans limite - la société formatte et met en cases la vie quotidienne de ses administrés. Tout y passe. Privé ou public c'est pareil.

Où avez-vous vu un décideur s'intéresser à la stratégie d'informatisation de ses services ?
Il n'y a que dans de rares pays nordiques où l'ordinateur est rentré dans la salle du conseil des ministres.
Chez nous, on clique encore du mulot. 20 ans après.
Je vous dis que c'est la durée de vie communément acceptée pour un programme. Entre 15 et 20 ans.

La génération actuellement au pouvoir est la génération qui a précédé l'informatique.
Toutes les décisions qui sont donc prises en termes d'informatisation sont donc prises par des personnes qui ne sont pas légitimes pour les prendre. Ou pire, qui ne sont pas compétentes dans le domaine évoqué.

Le résultat de l'informatisation à outrance de notre vie quotidienne, menée en dépit des souhaits et des évolutions - en temps réel - de la société, aboutit à la pire dictature. Celle de la médiocrité.
Les décisions importantes, vitales, sont prises par des personnes qui ne sont pas mandatées pour les prendre.

Et tant pis pour la génération qui subit actuellement. Il va falloir attendre le renouvellement ... ou le hâter.
Le problème est aigu mais bien fixé dans le temps. Tant que ceux qui prennent les décisions ne se sentent pas concernés par l'informatisation des processus dont ils ont la charge, ces processus seront automatisés dans le sens d'une uniformisation générale.

On en arrive à ce que l'éducation nationale mette en place des programmes de comptabilité où des marchés sont souscrits pour tout, y compris les menues fournitures. Le Ministre est ainsi en mesure de connaître, à l'unité près, le nombre de crayons commandés par son administration sur l'ensemble du territoire national.

Personne ne s'est jamais posé la question du coût induit pour recueillir et maintenir fiable cette information : la kyrielle de fonctionnaires dont la tâche principale est de vérifier que la bonne information est saisie dans la bonne case.
Il en faut. Il est aussi injuste que facile de s'en moquer.
Il faut cependant éviter, par un processus administratif bien documenté, de coaguler l'ensemble.

Je ne suis pas convaincu que l'indispensable tracabilité des crayons de la république ait une quelconque raison d'influer sur la qualité de l'éducation dispensée à nos chers bambins.
Mais je ne suis pas compétent en la matière.

La génération des années 80, née avec l'ordinateur, ceux qui auront 40 ans en 2020, changera radicalement ce modèle de fonctionnement. Ce sera sans doute trop tard. Nous sommes en train de dérégler la planète à la vitesse de programmes informatiques qui tournent sans arrêt depuis plus de 10 ans.
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