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Invention de Bach - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Invention de Bach [1er aoû. 2004|12:33 am]
RacReciR
[Humeur |creativecreative]
[Ecoute |Bach - Invention à 3 voix en do mineur]


Piano et RicercarInvention de Bach


Dimanche 1er août 2492

Une journée bucolique.
Nous sommes tranquillement à la maison par un temps de canicule.
La tenture avant est baissée.

Plume (O.) est dans une chaise longue, à l'ombre de midi, en train de lire Lagarde et Michard.



Quant à moi, je suis au piano. J'ai placé au dessus du clavier, sur le pupitre, l'ordinateur portable, connecté en réseau sans fil à la noosphère. Ce portable est, par ailleurs doté d'une petite caméra et d'un micro d'assez bonne qualité (la caméra est, quant à elle, médiocre). Ce petit dispositif me permet de m'enregistrer au piano en video et avec une qualité son/image correcte pour l'usage que j'en ai : évaluer les progrès parcourus, visualiser et corriger les erreurs et, surtout, m'habituer à une présence que je qualifie d'hostile. La caméra et le micro sont des outils à apprivoiser et je n'en suis pas encore là.

L'ordinateur ainsi disposé me permet aussi de coucher mes idées sur des électrons (c'est l'équivalent électronique de coucher ses idées sur du papier) ce qui m'arrive de temps en temps. J'interromps alors le piano pour passer au deuxième clavier, au dessus. Ce n'est plus la disposition des doubles claviers des clavecins du XVIème. Nous sommes quand même en 2492, et le deuxième clavier est celui d'un ordinateur. La disposition est parfaite. J'ai les avant-bras qui reposent sur le dos du piano et mes doigts n'ont qu'à trouver la bonne touche le plus rapidement possible.

Cet apprentissage a débuté en 1980 lors de l'acquisition de mon premier ordinateur. Après plusieurs décennies de clavier, je commence à avoir un peu d'expérience que j'ai utilisée pour apprendre plus rapidement le piano. Je n'avais pas à apprendre à mon cerveau comment fonctionnaient les 10 doigts séparément.

Il devient alors plus rapidement possible (compter 5-6 ans quand même) de comprendre les morceaux. Les interpréter et non en ânonner une récitation.

J'apprends le piano avec les inventions à 2 et 3 voix de Bach. Il a écrit une préface à ces morceaux qui m'a convaincu. Je fais toujours confiance aux experts et Bach a enseigné le clavier à une famille nombreuse et talentueuse.

C'est une préface qui dit à quoi servent les morceaux et dans quelle intention ils ont été composés. Leur interprétation exige une régularité et une expressivité des 10 doigts.

Il n'est pas possible de jouer Bach sans indépendance des doigts.
Plus on avance dans l'apprentissage et plus les morceaux requièrent cette indépendance. Seule la répétition de certains passages difficiles (tant techniquement que par l'émotion qui en est induite) permet de surmonter les problèmes d'interprétation. Il faut être concentré intérieurement et pouvoir se laisser aller quand la première note fuse.

Je joue mieux (tout est relatif) quand je m'écoute jouer et que je laisse la musique me guider dans l'interprétation. Je deviens alors quasiment spectateur, privilégié puisque je vois les mains du pianiste de près, et laisse les voix des inventions chanter séparément. Parfois, je me surprends à en écouter une plus particulièrement puis, au hasard de mon état d'esprit du moment, je focalise mon attention sur l'autre.

Ces inventions sont techniquement complètes et musicalement prometteuses. Elles annoncent le clavier bien tempéré et apprennent à dompter et maîtriser les difficultés techniques – le trille et les différents ornements notamment ainsi que la régularité et l'indépendance des chants. Elles sont, par ailleurs, suffisamment complexes pour rester intéressantes quelle que soit la maîtrise du piano.

Commencer une séance de piano en s'échauffant les doigts sur les inventions à 2 et 3 voix est un bon exercice.

Voici donc la préface de Bach, Il y exprime clairement son invention: une méthode universelle pour apprendre à jouer du clavier.

Ce ne sont pas les 30 merveilleux petits chefs d’œuvre qui la composent qui sont l'invention. C'est la méthode.

« Véritable méthode qui montrera d'une façon claire à tous ceux qui aiment le clavier et, plus particulièrement à ceux qui sont avides de s'instruire, comment bien jouer à deux voix mais également, après avoir progressé, comment convenablement exécuter trois parties obligées; cette méthode montrera en même temps comment correctement développer un thème musical, et surtout comment acquérir un style chanté (cantabile) et un sérieux avant-goût de la composition. » Il aurait dû ajouter « et du contrepoint » mais il était évident pour lui que le contrepoint serait éternel puisqu’élémentaire de l'équilibre naturel.

Il faut donc « juste » disposer du temps pour appliquer cette méthode. C'est ce à quoi je m'emploie avec assiduité.

J'ai découvert que ces inventions sont organisées de façon à apprendre à chacun des doigts à jouer.

D'abord 2 voix. Une pour chaque main. Pour celles à 3 voix, c'est le doigt en question qui chante les passages délicats de la voix médiane.
Cette voix passe régulièrement de gauche à droite et réciproquement. Tel un jongleur qui apprend à lancer 2 balles d'abord puis 3.
La plupart des configurations du doigt étudié sont explorées.

Attention, les numéros actuels ne sont pas ceux voulus par Bach.

1,2,3,4,5 répétés 6 fois
(15 inventions à 2 voix suivies de 15 à 3 voix. Vous ne pouvez pas faire cet apprentissage sans finir par utiliser vos
10 doigts correctement).

Bach prétend que c'est la méthode la plus rapide.

Je ne suis pas à même de juger ce dernier point.

J’ai juste compris comment on jouait du piano : il suffit d’écouter la musique, l’ensemble des petits airs qui s’articulent en un morceau, de les suivre un à un, tout le long de leur articulation. Ce sont les phalanges des doigts qui permettent cette articulation. Il faut que le pianiste ait acquis suffisamment de maîtrise de ses doigts pour imaginer le fonctionnement indépendant des phalanges des dix doigts. Il faut pouvoir décider précisément quel doigt enfonce la touche du clavier, avec quelle force et pendant combien de temps ?

Il est aussi possible de mémoriser la suite des mouvements des deux mains : celles-ci, en jouant, forment un réseau de suites de notes, de couleurs et de tonalités voisines, sauf volonté contrairement exprimée du compositeur qui s’exprime par une rupture, qu’il faut savoir interpréter, dans le son et l’harmonie produits. Ce réseau forme un mouvement général et s’inscrit dans une logique qu’il faut être en mesure de recalculer au moment de l’interprétation.

Un morceau de musique, c’est une ou plusieurs voix qui s’entrelacent pour former un tout cohérent. Chacune de ses voix peut avoir sa logique. L’ensemble peut en former une, lui aussi.

Il s’agit donc de repérer ces éléments, des les analyser séparément, d’être capable de les restituer un à un, puis de les recombiner pour les conduire à former un tout. Ce tout s’inspire donc forcément des émotions de l’interprète afin que l’ensemble dégage le tout.

Il faut surtout entendre la musique et mettre en résonance le son entendu et le geste produit. Se rappeler constamment que le geste précède de très peu le son. On peut s’exercer à entendre la musique de plus en plus rapidement.

Il suffit de jouer la musique que tu entends. Il faut juste l’entendre de façon tout à fait synchrone avec le jeu produit. C'est cela interpréter un morceau.

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