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C'était il y a 15 ans... - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

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C'était il y a 15 ans... [30e juin. 2005|04:02 pm]
RacReciR
[Humeur |bitchybitchy]
[Ecoute |Puccini - Turandot]

origami géantC'est aujourd'hui que la très catholique Espagne a emboîté le pas à la Belgique et aux Pays-Bas et au Canada qui a voté, hier, le droit au mariage et à l'adoption à tous les couples.

J'ai aussi fêté, ce jour d'hui, l'anniversaire de mes 15 ans dans l'Administration où j'ai choisi d'exercer mes talents, par ailleurs discutables.

Un jour à marquer d'une pierre blanche en somme.

Je ne suis pas convaincu que j'aurais accepté l'offre de ce gentil garçon qui me proposait de rejoindre l'équipe de prospective des systèmes d'information qu'il dirigeait si j'avais pu un instant imaginer le parcours chaotique et douloureux qui  allait me mener à ce jour si festif.
J'aurais sans nul doute mieux fait de me casser une jambe ou deux plutôt que de m'engager et briser là une relation que je croyais amicale et qui s'avéra prédatrice.

Cet ami est, aujourd'hui parvenu directeur des systèmes d'information et je suis, quant à moi, à peine plus avancé en terme de carrière, que je ne l'étais il y a 15 ans.
Ironie du sort qui repasse les plats j'ai rejoint, il y a quelques jours, l'unité de prospective de mon administration.
J'ai donc réussi à passer de la prospective des systèmes d'information à la prospective tout court.
C'est un peu court jeune homme pour illustrer un parcours de 15 années. Déjà vu !
Oui, mais je suis heureux de faire de la prospective. C'est la seule chose qui m'intéresse (hormis la recherche).
Le passé n'est plus.
Le présent est une illusion.
Seul le futur a du sens. Seule compte la pulsion de vie.
La flèche du temps est impitoyable.
Les cimetierres regorgent de ceux qui ont consommé leur crédit, à la poursuite de la réussite.

Un pousse-mégot. Fier de l'être.

Je suis néanmoins satisfait d'avoir un tantinet révolutionné la bureautique et le système d'information de mon administration empesés.
La messagerie, les serveurs de fichier et d'impression, leur plan de nommage, l'intranet, la première application 3 tiers et le déploiement d'un navigateur sur les 15.000 postes de travail, c'est moi.
J'en ai aussi profité pour réaliser ma thèse et apprendre le piano. J'en suis à ma 7ème année.
Alors, forcément, toutes ces inventions se payent. Cher.
Et c'est moi qui ai payé. Comptant.
De ma personne et au prix de ma carrière professionnelle (non, ce n'est pas un pléonasme).

Avez-vous vu Fantasia où Mickey joue à l'apprenti sorcier et manque d'être noyé par le déluge récursif qu'il a généré ?
C'est pareil dans mon administration.

Le Cerbère de mon département  - une tête femelle et deux mâles, heureusement stériles, paix à leur âme - a ainsi été à l'origine d'une valse aller-retour de 9 mois dans la rédaction du cahier des charges d'industrialisation de ma thèse : l'architecture intranet  - Ricercar (si, si ! Ricercar a été industrialisé).

Méfiez-vous des cerbères, pas ou mal baisés, qui se vengent sur la terre entière et lui font chèrement payer la laideur intérieure qu'ils se sont construite.
Ils me font un peu pitié mais quels dégâts et combien de cadavres pour jalonner leur parcours si minable !
Je n'ai pas de conseil à donner, bien entendu.
Je peux juste dire que je me suis trouvé dans une situation où cet aréopage avait décidé de faire un exemple de moi et de mes projets.
Je me suis tiré.
Coûte que coûte.
Quand vous avez affaire à des psychopathes, c'est la seule solution.
Toutes les alternatives le sont au prix de votre santé morale ou physique... Comme il n'y a aucune instance supérieure qui arbitre ou que vous puissiez saisir pour un recours, il faut se tirer.

J'ai fini par jeter l'éponge après avoir déployé l'intranet quand, rédigeant le cahier des charges pour réaliser l'industrialisation de mon bébé (prénommé Ricercar, mais ça vous vous en doutiez), j'ai vu ce misérable document entamer un cirque de neuf mois entre les différentes pattes du Cerbère qui, alternativement, me demandaient - et au crayon rouge, s'il vous plaît - des modifications aussi importantes que d'ajouter des virgules, changer la police de caractère, inverser les paragraphes, ajouter des détails cosmétiques... .

Il a fallu toute la pugnacité de mon infortuné collègue, Papy, dont c'était le dernier dossier avant son envol pour une retraite méritée, pour que ce document fût signé (j'avais refusé de rentrer dans ce cirque dont je me doutais des conséquences).
20 ou 30 tours de piste où chaque virgule, conjugaison, position des paragraphes, graisse des caractères ...  ont été montés et démontés jusqu'à plus soif.

J'ai gardé, dans mes archives personnelles, une copie de l'ensemble des échanges électroniques et manuscrits effectués pendant ces 15 années. Ils devraient éclairer les sociologues des siècles à venir.
C'était le début de la démarche Qualité, avec un gros cul.
L'avénement de l'ère des projets-papier à la vitesse de l'ordinateur.

Bref, j'étais promis à un avenir meublé de tonnes de paperasses avant même de pouvoir envisager le début de prolégomènes à l'initialisation d'une démarche d'étude préalable (!!!)... Bonheur suprême que cette manière kafkaïenne d'aborder le travail !

Il a fallu autant de temps - neuf mois, une grossesse nerveuse - pour faire signer la demande de prestation, qu'il m'avait fallu, seul, pour concevoir et réaliser l'ensemble de l'architecture intranet et son implémentation.

J'ai donc lâchement estimé que les carottes étaient cuites et qu'il était temps que je quitasse un département qui avait décidé de se transformer en origami géant.

Quand les dégoûtés s'en vont, il ne reste plus que les dégoûtants !

Je vais éviter de m'appesantir sur l'état de l'intranet actuel, pompeusement appelé I3G (pour la 3ième génération qui est sensée introduire le collaboratif) et qui tente péniblement de remplacer Ricercar depuis quelques semaines.
Dans une administration où  chacun se méfie de tout le monde et où la loi du silence est la seule qui prévaille, il ne vient à l'idée de personne que le travail collaboratif ne s'improvise pas et qu'aucun outil ne fera ce que les utilisateurs ne veulent.
Et moi qui, naïvement, pensais que Pasteur avait montré au 19ième siècle déjà que la génération spontanée n'existait pas !

Mon chef actuel, qui l'expérimente pour son grand bonheur, a failli me demander d'aller en salle machine pour essayer de faire fonctionner la plateforme collaborative encore expérimentale  que ces #@è$*ù sont incapables de mettre en exploitation (ils ont même égaré le cd rom d'installation, ça ne s'invente pas).

Je lui ai demandé de mesurer les conséquences pour ce qui me reste de carrière si, par malheur, je règlais le problème et faisais fonctionner le biniou.
Il a fini par en convenir à contre-coeur et a décidé de laisser faire la nature.

Ma mère est, quant à elle, dans ses problèmes de tuyauterie. Elle est sous dialyse depuis 1984, à Paris depuis 1987 et a bénéficié en 1989 d'une greffe rénale qui a tenu 5 ans  (je me suis payé en son temps - en 1994 - mon ami-chef qui fliquait mes horaires alors qu'elle perdait son greffon rénal et que j'allais la voir à l'hôpital, en réanimation - avec son autorisation).
La veine de sa jambe gauche s'étant thrombosée l'année passée, elle a subi un pontage pour irriguer ses jambes.
Et la veine s'est bouchée à nouveau le we passé ce qui obère ses chances, déjà ridicules, de bénéficier d'une nouvelle greffe.
Les chirurgiens n'ayant pas réussi à déboucher, il va falloir réintervenir pour procéder à un nouveau pontage.
Les vacances à l'horizon n'arrangent pas la disponibilité des chirurgiens ... et l'intervention est urgente, la jambe ne peut pas rester sans irrigation jusqu'en septembre.
Vous comprendrez donc que je ne me précipite pas pour prendre mes nouvelles fonctions et prie chacun de voir ailleurs si j'y suis.

Quand je pense au gâchis qui nous entoure, j'ai le haut le coeur en comparant les besoins du tiers monde à notre grande beaudruche en papier qui enfle et dévore tout sur son passage.

Banzaï
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