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De harcèlement moral et autres plaisanteries de ce genre. - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

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De harcèlement moral et autres plaisanteries de ce genre. [15e juil. 2005|03:29 pm]
RacReciR
[Humeur |aggravatedaggravated]
[Ecoute |Wagner - Tristan und Isolde (Fürtwängler 1953)]

Don QuixotteIl est un chapitre que je me suis longtemps refusé à écrire et encore plus longtemps à mettre en ligne.
Vous comprendrez pourquoi en lisant.
C'est néanmoins le désarroi d'un ami qui se trouve plongé dans une situation similaire qui, telle la madeleine de Proust, ramène à mes lèvres le goût de cette cigüe.
Voir un ami se débattre dans les affres que l'on a connues et dont on sait qu'il n'y a pas d'issue, hormis la fuite, est une rude épreuve... d'autant plus pénible que le Don Quichotte qui sommeille en moi m'affuble de tous les sobriquets, me voyant adopter une posture de survie, si inhabituelle.

Je cherche quant à moi l'équilibre entre le soutien inconditionnel que doit prodiguer un ami et la démarcation de la ligne jaune qui délimite l'intrusion et la projection de mon histoire personnelle sur celle qui se déroule sous mes yeux.

Les souvenirs qu'elle évoque exhalent un tel remugle que vous vous interdisez à vous même d'y accéder
Mais ce luxe n'est pas possible et, même de loin, l'odeur reste pestilentielle.

Il m'a suffit d'avoir vécu ces situations en leur temps pour ne pas souhaiter les revisiter, ne fût-ce que par la pensée.
Ce n'est pas une raison suffisante pour accepter de la revivre, ne serait-ce que par l'écriture.
Je me suis cependant rendu compte, qu'en dépit de toute ma bonne volonté, je continue de les vivre.
La conséquence d'un harcèlement moral que j'ai subi continue à me suivre jour après jour dans ma vie professionnelle.
Ecrire et relire ces lignes est ainsi, pour moi, le vivre une fois de plus.

J'ai vécu dix années que je peux qualifier d'enfer.
Rétrospectivement. Parce que quand vous les vivez, ce n'est pas pareil.
Au bout d'un moment, vous trouvez cela normal.
Vous trouvez cela d'autant plus normal que vous n'avez jamais rien connu d'autre. De la fac au boulot dans des conditions de violence morale permanente.
J'ai cru que c'était un cadre de travail normal.
C'est le propre de la maltraitance que de vous culpabiliser 4 fois : pendant, après, à vos yeux et à ceux des autres.

Je suis chercheur en Intelligence Artificielle.
C'était mon premier emploi, à la sortie de l'université.
J'ai, tout de suite, été broyé dans les jeux de cour alors que j'avais clairement annoncé à tous mon refus d'y jouer.
Je n'ai aucune ambition de carrière telle qu'elle peut être communément admise.
Mon salaire, quoique stagnant depuis 6 années, suffit à couvrir le nécessaire et pas mal de superflu.
Je n'ai donc nulle volonté de thésauriser tant que je n'aurai pas découvert un moyen de jouïr de mes économies dans l'au-delà dont je m'efforce de déterminer l'existence.
Je ne cherche pas à grimper je ne sais quelle échelle dans mon entreprise (une grande administration empesée).
Je ne cours ni après la gloire, ni après l'argent et encore moins le pouvoir.
Je cherche simplement à faire mon travail, à apprendre et à me rendre utile.
Ceci a suffi pour me désigner à la vindicte populaire.
Haro sur le baudet !

J'ai ainsi subi 10 années de harcèlement moral.
J'étais responsable de la prospective en bureautique. On est en 1990.
Mon responsable hiérarchique, mon "chef", me demanda de déterminer le choix d'une messagerie d'entreprise et me fixa un ensemble de contraintes dont l'intersection formait l'ensemble nul.
Il n'y avait alors pas de produit qui répondît à ces critères.
Il y en avait qui s'en approchait mais chaque solution apportait son lot d'avantages et d'inconvénients.
Je demandai alors que des priorités soient fixées aux contraintes afin de pouvoir avancer dans l'étude.
Et c'est là que les choses se gâtèrent.
Mon chef, dans sa haine viscérale de Microsoft, refusait toute solution qui comprît le moindre élément venant de cet éditeur.
J'avais beaucoup de mal à comprendre ce comportement irrationnel, d'autant plus que les 15.000 postes de travail de l'entreprise exécutaient quasi-exclusivement des logiciels fournis par cet éditeur (dont le système d'exploitation).
J'avais, en son temps, proposé que l'on choisît une autre suite logicielle que celle de Microsoft et m'était entendu rétorquer que c'était la solution qui offrait le plus de sécurité pour les utilisateurs et qui s'intégrait le mieux avec leur environnement. Allez donc chercher une cohérence avec ça !
Et toutes les solutions de messagerie qui excluaient Microsoft comportaient des inconvénients qui en rendaient l'usage et la généralisation irréaliste.
La mode à l'époque était aux messageries normalisées (X.400) et la messagerie utilisée sur l'internet était considérée comme peu fiable et d'une sécurité aléatoire (cette proposition est toujours vraie en 2005. L'ensemble des messages échangés sur l'internet utilise un protocole qui permet à toute oreille indiscrète d'écouter et de modifier les messages. Le succès du Web à partir de 1995 a balayé toutes les considérations de sécurité, connues de tous, et qui jusqu'ici en rendaient la généralisation rédhibitoire).

Des stagiaires recrutés, logés dans mon bureau et auxquels on confiait les dossiers que j'étais sensé traiter.
Des critiques incessantes sur tous les sujets abordés même lorsque ceux-ci faisaient l'objet d'un rapport d'étude écrit, dont la rédaction avait préalablement était soumise pour approbation, des propositions d'organisation qui étaient reprises et dont on confiait la réalisation et la responsabilité à d'autres que moi...
Mes horaires surveillés alors que ma mère était hospitalisée suite à la perte d'un greffon rénal (4 mois en réanimation).
J'ai même consenti que mes recherches en IA s'effectuassent sur mon temps personnel.
Je n'insisterai pas ici non plus sur mon avancement pendant ces dix années.
Un faux plat.
Je n'ai dû mon avancement automatique qu'à un détachement à l'extérieur de l'entreprise qui a rendu cet avancement indépendant de la volonté de ma hiérarchie qui s'était arrangé pour bloquer les automatismes administratifs.

Je me souviens avoir invité mon chef qui traversait un placard provisoire, en octobre 1995, pour lui montrer le premier prototype de l'architecture intranet (j'ai participé à l'inception du concept) que je développais : j'avais interfacé une base de données avec un serveur web et utilisais la base de données pour référencer les liens vers les documents. Ainsi, je réglais un problème qui me semblait rédhibitoire pour l'usage interne de cette technologie : la permanence des liens.
Quiconque va sur l'Internet se trouve confronté à des liens qui ne sont pas maintenus ou qui renvoient une erreur. Je pensais cela inacceptable en entreprise et ai résolu le problème. Mon chef, habitué à une arborescence standard et issu du monde des grands systèmes m'écouta pendant 5 minutes et se leva en disant "Ce que tu fais ne sers à rien. Personne n'utilisera jamais des URL calculées. Tu as le chic pour trouver des solutions à des problèmes qui n'existent pas. Et, de toute façon, l'intranet ne présente aucun intérêt, seul l'Internet est important. Il faut utiliser les mêmes solutions, simples et rustiques".
Devant témoins.
Octobre 1995 !

Il est aujourd'hui, dix ans plus tard, directeur des systèmes d'information et règne sans partage sur un département composé d'un millier de sujets terrorisés et je ne suis, quant à moi, guère plus avancé en terme de carrière.
Je suppose donc que la clairvoyance et la prospective ne sont pas des critères déterminants pour devenir directeur.
Effet de bord de la position qu'il avait adoptée en ce temps, il a combattu en permanence les solutions que je mettais en place pour déployer l'intranet entre 1995 et 2000 et, au fur et à mesure que le développement des technologies me donnait raison et lui donnait tort, ma situation empirait.
Forcément, il exorcisait sur ma personne et mes projets la mauvaise foi que lui renvoyait la réalité.

L'administration arbitre en effet un différent selon un seul critère : c'est le plus gradé qui a raison.
Aucun recours n'est possible, encore moins quand il s'agit d'un sujet technique ou d'architecture complexe à exposer.
Le chef a décrété qu'il avait raison. Qui êtes-vous pour discuter ce parangon de sagesse ?

Il était donc normal que je n'eusse pas d'avancement, qu'il ne vînt pas assister à ma soutenance de thèse (il avait signé l'autorisation et consenti à payer une large partie des livres qui m'étaient nécessaires, convaincu que je n'en viendrais pas à bout), qu'il ne me dît pas un mot de félicitation les jours suivants et que je ne connusse aucune reconnaissance sonnante et trébuchante pour avoir développé et soutenu la première thèse au monde décrivant une architecture réflexive pour administrer et gérer un intranet distribué.

J'ai alors estimé que la coupe était pleine et, après avoir assuré la phase d'industrialisation de l'intranet (qui a failli noyer l'ensemble dans un maelström de tracasseries administratives dont je ne me suis sorti qu'avec l'aide d'un collègue, rompu aux dossiers papier qui mettent neuf mois avant d'être signés), j'ai présenté ma candidature à un poste de chargé de mission auprès du Préfet de région qui venanit d'être créé par le Premier Ministre et, pour ma plus grande surprise, fus retenu parmi une quarantaine de candidats.

Vous pouvez imaginer la tête de la hiérarchie du département informatique quand le Préfet de région appela directement le PDG de mon administration pour lui signifier qu'il souhaitait me recruter.

3 ans plus tard, la mission terminée, je suis de retour dans mon administration bien-aimée.
J'eusse pu espérer que ces 3 années auraient permis d'apaiser les passions et me faire oublier.
Il n'en est rien.

Je vis un épisode supplémentaire de cette guerre picrocholine.
Bref, je pense que nous atteignons les limites de la déresponsabilisation et le culte de la non-décision, la suite ne pourra qu'être passionnante.

Vous vous doutez que j'ai failli détruire ces lignes plusieurs fois sans les émettre (elles ne sont pas encore publiées).

Je m'efforce, l'âge et la sagesse qui l'accompagne aidant, de prendre du recul (beaucoup) par rapport aux "urgences" du moment.
Cela permet de relativiser les choses.

"Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux !..." disait le Champignon-businessman du Petit Prince.

Les discussions de marchand de tapis ont fini de me lasser, définitivement.

Je crois dans la justice immanente : cette dernière seconde où, nu devant vous-même et confronté au néant, vous êtes votre propre juge.
Et je plains mes bourreaux.
LienRépondre

Comments:
From: gothmouse666
2005-07-15 02:15 pm (UTC)
Uhm.... what to say what to say.... i can't read french... but uhm.... yea... ^_^
hi?
GothMouse
(Répondre) (Thread)
[User Picture]From: ricercar07
2005-07-15 02:31 pm (UTC)
Hi :-)
I'm sorry but my french is ways more fluent than my english. I do make some trials from time to time but it takes an eternity to express myself without shaming myself. Guess I'll have to keep practicing
(Répondre) (Parent) (Thread)
From: gothmouse666
2005-07-15 02:40 pm (UTC)
'tis cool i understand. ^_^
(Répondre) (Parent) (Thread)