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La guerre des lacets - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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La guerre des lacets [13e jan. 2005|01:14 am]
RacReciR
[Humeur |creativecreative]
[Ecoute |Bach - Partitas]

La guerre des Lacets


C'est au piano, à l'ombre d'un génie comme Bach, que la plupart de mes idées voient le jour. Oh, n'y voyez aucune fanfaronnade de ma part. Je n'ai aucune prétention dans aucune des passions qui m'habitent.


Seule la curiosité me pousse.
Et la curiosité a tué le chat


L'informaticien que je suis ne supporte pas les tâches répétitives et mets donc un point d'honneur à les automatiser... si je sais que cela est possible.


Je déteste bricoler, programmer, etc. mais j'ai rapidement compris, à l'avènement des ordinateurs personnels, que j'avais intérêt, si je voulais en bénéficier, à concevoir et à mettre en place moi-même les architectures et les outils que je juge indispensables pour mon confort personnel. J'enrage cependant d'être celui qui doive le faire et perds ainsi un temps précieux plutôt que de faire autres choses de plus instructives ou de plus amusantes.


J'attends donc avec impatience l'invention d'une machine de poche qui sache enfin retranscrire la voix humaine en texte et, si possible, sans faute. Le summum que les nouvelles technologies pussent apporter à l'écriture.


Une idée vous traverse l'esprit ?

Une seconde.


J'appuie sur le bouton rouge.


Allez-y !

C'est pour me parler à moi-même que j'ai décidé d'apprendre plusieurs langues et, si possible, de les maîtriser.

Si vous saviez le nombre de récits fantastiques que j'ai imaginés et que je me suis contés !


Les quelques – et discutables – talents d'écriture que je cultive ne sont pas là pour épater une quelconque galerie. Ils sont juste le fruit d'un esprit qui se croit éclairé et que la langue intéresse pour la beauté intrinsèque qu'elle véhicule. J'ai donc appris plusieurs langues : arabe, français et anglais (je ne compte pas ici la myriade de langages de programmation, appris en 20 ans). Je pense en français et en anglais (plus rarement en arabe que je réserve aux moments de colère et pour les insultes, si jubilatoires dans cette langue).

Mon IHM a raté son train et j'enrage de me retrouver à écrire, muni d'un papier et d'un crayon, dans la gare éventée.


Il faut cependant que j'explique le contexte au lecteur.

C'est, en effet, après la guerre des boutons, la guerre des lacets.
Mais celle-ci est une guerre personnelle. Oui, je sais, les guerres personnelles sont interdites depuis Richelieu. Qu'importe, je mène la guerre à mes lacets. Au moins une guerre qui ne fera pas de mort. Quoique, un accident est si vite arrivé !

Je porte en effet à mes pieds une paire de tennis dont les lacets s'ingénient, depuis plus d'un an que nous nous fréquentons assidûment, à se défaire inopinément et à tout moment de la journée (je sais, c'est la même chose mais ça m'énerve à ce point) : chez moi, en rue, dans les magasins, dans les couloirs du métro. Partout, vous dis-je. Et je passe une part non négligeable de mon temps à les refaire... ou à les surveiller (le joueur d'échecs que j'ai été sait que la menace est plus forte que l'exécution et ces lacets menacent en permanence de se défaire).

Je suis normalement doué pour faire des nœuds. Rien de compliqué mais quand je fais un double nœud et que je serre j'ai, généralement, en fin de journée du mal à le défaire.

Cela fait 40 ans que ça dure.

Et là, patatras, sans la moindre déclaration préalable, une paire en révolte permanente. Dans le cas précis qui nous intéresse, la matière synthétique des lacets est telle qu'ils se défont tout seuls. D'où ma guerre personnelle, que je mènerai avec conviction jusqu'à la victoire finale.
Pas de quartier !

Je déploie ainsi, en une journée, un nombre de stratégies étonnantes destinées à optimiser le moment où, de guerre lasse, je vais me résoudre à me baisser, refaire tantôt le lacet gauche, tantôt le droit, pour la nième fois de la journée.

J'ai ainsi souvent, la mine défaite, arpenté de longs couloirs, lacet au vent et manquant me rompre le cou. A chaque pas, le lacet fouette l'air dans le sens contraire au mouvement et tente, par une manœuvre sournoise de se glisser sous la semelle même de la chaussure qu'il enlace ou, comble de la perfidie, sous la semelle opposée afin d'augmenter les chances de chute.

Mais pas question de capituler en rase campagne et de s'arrêter dans un couloir pour refaire un lacet.

La tactique consiste donc à faire attention où je mets le pied et, arrivé au quai, espérer (pour une fois) que le train n'y soit pas. Profiter du temps d'attente pour re-faire promptement le lacet. Naturellement.

En faisant comme si de rien n'était.

Comme si c'était la première fois de la journée.

Je livre ainsi régulièrement bataille le temps du trajet qui mène de la maison à la gare. Quelques centaines de mètres me séparent de cette gare. Aucune excuse donc qui justifie de s'arrêter en chemin pour refaire son lacet ... à moins que quelque chose de joli ne soit en vue. Ajoutez à cela que ces quelques mètres longent la voie du RER lequel, tel un dragon, si vous l'entendez arriver, signale alors d’un grondement sourd qu'il est trop tard pour espérer y monter. Toute seconde inutilement perdue vous fait donc prendre le risque de rater le train et de devoir payer de dix minutes d'attente (quinze pendant les heures creuses et les jour fériés) les quelques secondes de satisfaction que procure indéniablement le geste énergique qui serre ce maudit lacet.

Il m'est arrivé, régulièrement, d'assister à la défaite simultanée des deux lacets qui signe alors un Waterloo personnel.

Il est des combats qui méritent d'être menés.


Il faut bien imaginer Sisyphe heureux.

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