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Ma soeur est une femme bavarde - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Ma soeur est une femme bavarde [11e aoû. 2005|12:01 am]
RacReciR
A première vue, c'est un pléonasme.
Quiconque a lu la phrase-titre, conviendra même que c'est un triple pléonasme.
Soeur, femme, bavarde. Trois synonymes.

Nous avons passé quelques jours en compagnie de ma soeur que je n'avais pas vue depuis plus de quatre années. L'âge de son petit dernier. Je suis un oncle lamentable et n'ai pas vu mes neveux depuis des années. Je n'ai pas envie d'aller à Beyrouth et ma soeur n'a pas l'énergie et parfois les moyens de venir avec sa marmaille. D'autant que si elle vient à Paris sa mère, qui par le fait du plus grand hasard et à notre étonnement partagé est aussi la mienne, fera son possible pour réclamer le nombre d'heures de compagnie qui sont dues à ses rangs, titre, état, santé, âge, qualités (discutables)... .
C'est pour échapper à cette malédiction et après avoir convaincu ma soeur de venir passer une dizaine de jours en célibataire, sans mari et, surtout, sans enfant que j'ai dû échaffauder un plan de bataille.
Il fallait que cela fût parfait.
Il fallait donc que notre mère ne pût prétendre à ses droits.
J'ai donc organisé un voyage à Rome de quatre jours.
J'étais ce matin encore, contemplant les forums antiques du haut de la rue Tarpée qui jouxte le Capitole et me voici, la nuit tombée, dans mon chez-moi de banlieusard parisien.
Le choc est rude, fût-il compensé par un pavillon baroque attenant au bois et disposant d'un Yamaha C3 (qui n'est pas en option).
Dieu que le piano m'a manqué ces quatre jours passés.
Ils ont été cependant si agrémentés que je n'ai pas eu le temps de m'en rendre compte.
C'est, ce soir, assis devant le clavier que je l'ai réalisé.
Un vrai plaisir que de partir en vacances... et de revenir.
Ne vous y trompez pas. J'aime vraiment autant l'un que l'autre.
Ma soeur a ainsi pu être le témoin privilégié de ce qui, en général perturbe ceux qui viennent à partager notre intimité.
Plume(O.) et moi formons vraiment un couple heureux des 22 années de vie commune et partagée (non, ce n'est pas un pléonasme).
Ces années ont connu leur lot de souvenirs agréables et parfois moins agréables mais nous savons, après 22 années, n'avoir jamais commis d'action ou même eu une pensée qui fût vraiment négative l'un envers l'autre.
Cette confiance réciproque absolue a pour pendant une franchise et une astringence tout aussi abolues. C'est mon prix. Celui de ma fidélité.
Ma soeur, qui a eu le privilège de partager mon éducation et qui, de ce fait, partage un certain nombre de mes programmes essentiels, a ainsi rapidement compris le jeu que Plume(O.) et moi affectionnons et pratiquons en permanence.
Sans jamais faiblir.
Quand ce n'est pas l'un qui commence, c'est l'autre.
Dès que l'un fait mine de faiblir, l'autre reprend l'initiative et rallume la flamme.
Notre jubiliation et notre plaisir d'être ensemble s'exprime par une joute permanente.
Pour jouer.
Nous joutons tout le temps sauf quand l'un exprime explicitement un avis contraire et circonstancié.
Nous appelons alors cela bouder.
Nous nous éveillons et, sitôt le bonjour et le premier câlin matinal échangé nous entamons, autour du jus d'orange et du yaourt matinal, les premiers pas du paso doble que nous savons devoir rythmer notre journée. Une jubilation chamaillère incessante qui ne prend fin qu'au coucher et son câlin traditionnel et attendu de part et d'autre.
Nous passons notre journée entière à disputer chaque phrase, chaque décision.
Par jeu pour le plaisir d'un bon mot ou d'un calembour douteux.
Pas l'ombre d'un début de malice en ce qui nous concerne.
Ce jeu de tennis permanent est ce qui alimente et cimente notre couple.
Plume(O.) qui lit le titre de ce billet, s'exclame "jusqu'ici, ce n'est pas de la création".
Et nous avons fini par ne plus le réaliser.
Il faut, de temps en temps, qu'un oeil extérieur vienne vous le rappeler.
C'est vivifiant.
J'oublie parfois à quel point ce jeu me plaît.
Je ne supporterais pas l'idée que mon couple ou ma famille ne fussent pas l'objet et le lieu de discussions permanentes et parfois argumentées.
Tout sujet est objet de discussion possible.
C'est la seule règle qui prévaille dans mes relations. La seule que j'impose sans concertation.
Réfléchissez, ce n'est pas possible. On ne peut pas discuter pour proposer une règle pareille.
Si on en discute, c'est qu'elle est acceptée. La seule différence, en ce qui me concerne, est que j'informe mon entourage, généralement assez rapidement, c'est parfois les premiers échanges, que si on me pose une question, il faut s'attendre à ce que j'y réponde.
La réponse peut toutefois ne pas satisfaire pleinement mon interlocuteur. Il m'arrive de le déplorer et nous pouvons, alors, entamer une discussion pour évaluer ce qui nous sépare, évoquer les différents points de vues exprimés et, éventuellement - mais je suis de mauvaise foi voyez-vous et ai, de surcroît souvent raison, qui n'est pas incompatible en dépit des apparences puisque je l'écris. Relisez, c'est vrai ! - tenter un rapprochement.
La réflexivité est le seul moteur qui me guide.
Il ne me viendrait pas à l'idée d'envisager une relation qui ne fût pas réflexive.
Elle peut être provisoirement déséquilibrée dans un sens ou dans l'autre, en fonction des sujets, du caractère de chacun, de l'importance de l'enjeu.
Un prisme peut aussi être utilisé qui applique alors une quelconque homothétie. Cela est toujours autorisé dans la discussion. A condition que la méta-règle qui détermine le prisme soit à son tour discutable si elle est détectée par l'interlocuteur.
Il faut dire que je suis aidé en cela par l'abysse qui me sépare de Plume(O.) dans notre perception du monde. Les contigences matérielles lui sont inconnues. Les objets qui nous entourent doivent lui paraître décoratifs et leur utilé éventuelle est, pour lui, un sujet d'étonnement perpétuellement renouvelé.
Il a beau disposer d'un ordinateur connecté en réseau et d'un téléphone portable depuis plus de dix ans, l'usage de ces appareils demeure pour lui résolument mystérieux. Il a retenu par coeur la formule magique qui lui permet d'accomplir l'acte quotidien qui lui est devenu familier : lire et envoyer ses messages, écrire des livres entiers avec son traitement de texte, faire des présentations, téléphoner, envoyer des SMS, etc.
Toutes ses actions évoluées sont cependant le fruit d'un apprentissage et d'une mémorisation de sa part.
Il a décidé, une fois pour toutes, qu'il n'avait pas assez de temps de sa vie pour consacrer à la compréhension de ces appendices et qu'il préférait apprendre la formule qui réaliserait le besoin plutôt que de comprendre le fonctionnement intime de l'appareil pour en imaginer les usages possibles et non canoniques. Le désordre qui règne également sur son ordinateur où un même fichier peut contenir des chapitres de livres différents, entrecoupés de notes administratives ou je ne sais quoi encore. Des milliers de fichiers et de messages jetés au gré du hasard qui guide le clic de la souris. Et un bureau où la pile de documents consolide la pile de livres qui, dans une pyramide qui manque rejoindre le plafond, illustre assez bien ce qui est un mélange entre Gaston Lagaffe et Professeur Tournesol et que je prénomme ici Plume(O.).
Vous comprendrez donc aisément, qu'un certain nombre des contingences de ce monde si matérialiste ne l'effleurent même pas.
Je suis, quant à moi et fort heureusement pour notre patrimoine commun, un matérialiste. Je peux me lancer dans un doux délire si besoin est. Je peux évoquer et épiloguer à n'importe quel compte.
Il est toujours un moment mon inspiration est vécue.
Je me plais, en revanche, à regarder les choses sous un angle nouveau. C'est mon principal divertissement : assembler des éléments et leur affecter une fonction nouvelle et incongrue ou novatrice. J'ai souvent été en avance d'une technologie. Ordinateur en 80, réseau et messagerie en 90, internet, le GSM et le web en 95, le haut-débit en 98, la photo numérique en 99, le sans-fil en 2000 et la domotique en 2003.
Nous avons l'impression de vivre avec ces objets depuis des siècles alors qu'ils sont là depuis à peine un peu plus de 20 ans. Une éternité pour ceux qui les utilisent et les font leur. Un enfer pour les autres. Ceux qui subissent.
Il en même qui, parfois subissent et parfois les vivent.
Or tous ces objets ont un élément commun.
Celui qui fonde tout le reste.
Il n'y a pas de sujet où de moment tabou.
Je peux parler de sujets amusants dans un cimetierre ou casser irrémédiablement une atmosphère par ailleurs très conviviale. Et la réciproque est de rigueur.
La mauvaise foi qui me caractérise fleurit alors et laisse libre court à l'imagination la plus débridée.
Ma soeur m'a ensuite raconté les années de guerre du Liban que je n'ai pas connues. Les années 80.
Les moments rigolos et ceux qui l'ont été à un moindre titre.
Nous avons bien ri mais ce n'est pas de cela que j'avais envie de parler dans ce billet.
J'avais envie de raconter mon voyage à Rome.
Ce sera pour une autre fois sans doute.
Vous ai-je dit à quel point j'aimais Rome ?
J'aime tout dans cette ville.
J'aime la gentillesse des romains. J'aime leur courtoisie, leur façon si sportive de conduire et, pourtant si respectueuse d'autrui.
Vous pouvez traverser la rue en fermant les yeux, n'importe quelle rue, n'importe quelle grande place. Jamais une voiture ne vous heurtera. Jamais un conducteur irrascible ne vous menacera. Jamais. Au pire, si vous exagérez, vous ferez l'objet d'un qualificatif coloré et agrémenté de gestes de la main qui font tout le charme de Rome. Mais nul ne songera à attenter à votre intégrité physique. C'est à ce genre de détail que je mesure la barbarie des français.
Des bus par centaines, de toute taille et à tout heure du jour et de la nuit.
Nous avons fait le séjour entier à pied.
Une dizaine d'heures de marche par jour.
Vous vous étonnez que Plume(O.) et ma soeur aient été contents de rentrer à Paris.
Ma soeur en a même téléphoné à sa mère.
J'ai, cependant, déjà dû vous dire que ma soeur est une femme bavarde !
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