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un dimanche en famille [15e aoû. 2005|12:17 am]
RacReciR
Rome

Un déjeuner en famille.

Nous avions prévu un barbecue aujourd'hui.

L'occasion pour que ma soeur, en visite à Paris pour une dizaine, voie tout ce qui reste de la famille en ce mois d'août et s'acquitte, d'un coup, de l'obligatoire visite.

Le protocole eût voulu en effet voulu que ma soeur consacrât le plus clair de ses dix jours de vacances en visites de courtoisie diverses et variées.

C'est ainsi chez nous.

Il est impensable que quiconque, a fortiori du sexe féminin, parte à l'étranger et ne s'acquitte pas d'une visite à tous les membres de la famille qui résident dans le lieu de villégiature. Une telle grossièreté ne manquerait d'alimenter immanquablement une saison entière de ragots et ferait plusieurs fois le tour de la planète, colportée de bouche en oreille par les innombrables visites, conversations téléphoniques tout aussi amicales qui assurent l'alimentation et la survie de l'hydre familiale.

Vous comprendrez que je n'aie pas souhaité infliger de telles vacances à ma soeur.

Nous avons donc effectué le service familial minimum et disposé du reste de notre temps à égalité entre un voyage à Rome et un doux farniente à la maison. De longues heures de bavardage où nous nous sommes racontés, en riant. Nos histoires respectives.

Nous avons beau nous parler régulièrement au téléphone, ma soeur et moi avons une relation empreinte d'une certaine réserve qui nous interdit de nous épancher sur les détails du quotidien.

Nous avons donc un regard amusé et parfois cynique sur ce quotidien.

Bavarder quelques heures nous permet de croiser nos regards et de rire ensemble des différentes mésaventures vécues et du cocasse que nous avons vécu dans ces moments-là.

Un humour de situation. Ma soeur fait partie des rares personnes avec lesquelles je discute avec armes presques-égales et selon une seule règle, la franchise absolue. Il n'est pas question de faux-semblants. Elle est au courant de toutes les turpitudes de ma vie dans le moindre détail et je fais de mon mieux pour être à ses côtés ainsi que sa marmaille.

J'ai deux neveux surdoués, c'est un trait familial et nous essayons, en opposition avec celle, bornée, que nous avons reçue de faire en sorte que leur éducation tienne compte des difficultés spécifiques que rencontrent les surdoués. Une catharsis familiale en quelque sorte. Nous tâchons, cependant, ma soeur et moi que celle-ci se fasse par le haut.

C'est en quoi les réunions de famille sont importantes. Ma famille est, en effet, le miroir le plus parfait d'une société bourgeoise qui déplore, comme marqué du sceau de la décadence, tout ce qui est issu des progrès du XXième siècle.

Une société d'hommes où les femmes ne travaillent pas, occupées à dépenser l'argent de leur mari ou alors tout à leurs parties de carte, aux visites de courtoisies qu'elles se portent les unes aux autres, aux goûters entre amies, aux oeuvres de charité.

C'est Proust sans le génie, la culture ni la classe des Guermantes.

La bourgeoisie grasse. Botéro chez soi.

Une famille dans laquelle nous a été attribué le rôle du parent pauvre. Traditionnellement.
C'est donc une raison suffisante pour que Plume(O.), ma soeur et moi ayions décidé d'un commun accord de concentrer le feu sur une journée. Le dernier dimanche avant le départ. Un déjeuner collectif, chez moi. Nous invitons ainsi pour la deuxième fois mon oncle qui, pour l'occasion, sort toujours ses crocs élimés de singe alpha de la troupe.

J'ai, depuis longtemps, décidé de le laisser croire au jeu qu'il pratique. En échange de cela, j'ai limité nos rencontres au minimum protocolaire syndical.

Un petit extra de temps en temps pour montrer que je suis bon prince, comme ce barbecue.

Il a commencé à pleuvoir une demi-heure avant l'arrivée de tout de le monde.

J'ai donc mis le barbecue sur la terrasse et ai servi le repas dans la salle à manger, sur une jolie nappe brodée et dans le joli service en porcelaine.

La totale, moi aussi. Je peux être très protocolaire.

Le parfait déjeuner faussement simple qui a nécessité deux journées de travail. Ma soeur s'est en effet sentie obligée d'expier le péché mortel de ses vacances sans mari ni enfant, ainsi que n'ont cessé de lui faire remarquer les membres de la famille sous couvert de la féliciter de son courage - en préparant une série de petits plats pour rendre digne la table que nous mettions ce jour-là.

Il nous en est resté pour trois jours.

En toute simplicité mais soigné dans le moindre détail.

J'aurais pu m'attendre que mon oncle s'intéressât aux prérigrinations de notre séjour à Rome. Quelles expositions avions-nous faites, quels musées visités, quels restaurants fréquentés, quelles rues arpentées ?..

Rien.

La seule question qu'il trouva à me poser consista à connaître le nombre de fois où j'étais allé à Rome. Cinq ou six lui répondis-je, et j'y prends toujours autant de plaisir.

Ah ! répond-il rassuré et de réclamer le sel pour sa brochette avant de poursuivre son interrogatoire de la victime suivante et souvant favorite, son épouse.

Celle-ci a, après plus de trente-cinq ans de mariage, appris à ne plus entendre les commentaires et les vociférations de son mari et poursuit, imperturbablement, forçant notre admiration, les différents sujets frivoles qu'elle aborde avec une joie non feinte et qui divertit son quotidien.

Inutile de vous dire que je suis parfois capable de prendre une certaine hauteur avec ces repas, que j'en garde généralement un bouquet de souvenirs tels que nous pourrons par la suite , ma soeur et moi, évoquer ce jour de dimanche dans nos conversations téléphoniques, en le classant dans la liste des événéments familiaux - désormais tous mémorables parce que codifés - éclatant d'un rire commun en évoquant le comique de telle ou telle situation.

De tels miroirs sont indispensables pour vous renvoyer à la figure les différents atavismes et travers qui vous guettent et que vous pourriez être tentés d'oublier.

Rien de tel qu'un déjeuner en famille pour alimenter la mémoire collective qui la fonde.

Et être convaincu davantage de tout faire pour éviter de créer de nouveaux males alpha.

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