?

Log in

No account? Create an account
Il n'y a pas d'abonné au numéro que vous avez demandé. - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

[ Amorçage | RiceRcaR ]
[ Réflexivité | moi je ]
[ Archives | Réminiscences ]
[ Piano | Radio blog ]
[ Youtube | Videos ]
[ Home | In Principiam... ]

Il n'y a pas d'abonné au numéro que vous avez demandé. [7e sep. 2005|10:43 pm]
RacReciR
[Humeur |giddygiddy]
[Ecoute |Bach - fugue en mi]


J'ai été appelé sur mon portable en fin de journée.
Rien d'extraordinaire qui justifiât que j'en fasse état.
J'étais donc au piano en train de répéter mon morceau quand la fugue en mi retentit (c'est la sonnerie de mon portable, enregistrée par mes soins). Sans interrompre mon jeu, je jette rapidement un coup d'oeil sur le numéro de l'importun et, ne reconnaissant pas l'appelant (un numéro de province), je laisse le répondeur faire son travail.
Quelques secondes plus tard, un bip me signale qu'un message attend mon bon plaisir.
Mon morceau terminé, je me laisse tenter par la curiosité qui me perdra un jour et interroge le répondeur.
Message blanc.
Rappel de votre correspondant ?
Oui.
Et c'est là que j'entends une voix nasillarde me répéter en boucle que le numéro de mon correspondant n'est pas attribué.
Comment ça, pas attribué ? Il vient de m'appeler ce numéro. J'ai demandé le "rappel" !
Rien, pas moyen de joindre mon correspondant.
Intringué malgré moi, je maugrée contre cette bizarrerie et interroge les annuaires inversés dont je dispose qui m'indiquent eux aussi tout ignorer de ce numéro.
Chou blanc.
Pestant contre l'incurie des opérateurs téléphoniques, je me remets vaille que vaille à mon travail et finis par oublier ce non-événement.

Et ne voilà-t-il pas que, la nuit tombée, la fugue en mi retentit à nouveau.
Je m'inquiète un instant d'un appel à une heure aussi indue et que vois-je ? C'est le numéro de mon correspondant fantôme.
Le coeur qui soudain bat un peu plus vite, je décroche nerveusement et entends alors une voix masculine, d'âge indéterminé, débiter d'un trait un discours dans une langue que je suis incapable de localiser.
Je suis normalement capable de reconnaître la plupart des langues usuelles.
Je reconnais d'habitude leur consonnance à défaut de les comprendre ou de les parler.
Mais là, incapable de dire si la langue provient d'Afrique, d'Asie, d'Orient ou d'une autre galaxie.
Et la voix de déverser son flot ininterrompu dans lequel revient mon nom que je devine à peine.
Je tente d'expliquer à mon interlocuteur, qui manifestement n'en a cure et qui ne s'interromps pas, que je ne comprends pas, lui parle en Français, Anglais, Italien, Latin, Arabe même.
Rien n'y fait.
Puis de guerre lasse je renonçe à me faire entendre et attends que le torrent de paroles tarisse.
Je crus d'abord rêver.
Là, noyé sous un charabia auquel je n'entendais rien, me parvinrent quelques syllabes hachées que, dans un premier temps, je mis sur le compte de la fatigue induite par cette heure avancée et d'une confusion de ma part.
La voix me disait en effet "Joyeux non-anniversaire. Appuie sur la touche *".
La même phrase répétée en boucle.
Je finis par me convaincre que j'entendais bien.
Dans un mouvement réflexe, et dans l'espoir d'être débarrassé de ce monologue incongru, je m'exécutai sans réfléchir.
Et, en une fraction de seconde, tout mon univers s'immobilisa.
Tout.
Je me trouvais dans mon salon, l'appareil collé à l'oreille. La télé allumée, une image fixe affichée dans la lucarne.
Plus de son.
Le ventilateur qui brassait l'air à toute vitesse quelques secondes auparavant s'est brusquement arrêté.
Hercule(E.) est, à son habitude, roulé en boule dans un paisible sommeil.
Plus un bruit.
Le tic tac de la pendule s'est arrêté.
Je n'entends que mes acouphènes... et la voix qui continue à me parler doucement au téléphone.

Ca y est ? Tu es prêt ?
Oui, m'entendis-je répondre.
Et je me rends alors compte que le téléphone est devenu muet lui aussi et que la voix résonne distinctement dans ma tête.

Je reconnais le timbre de la voix que j'ai écoutée il y a quelques secondes mais c'est directement dans ma tête que je l'entends.
Identique à mon monologue intérieur, à la seule différence que ce n'est pas ma voix habituelle mais celle du téléphone et que c'est une pensée qui m'est étrangère !
Nous t'invitons à comparer l'an 2492 de ton imagination avec notre réalité.
Nous avons pensé que cela te ferait plaisir.
Cela devrait inspirer ton propos quand tu seras de retour chez toi ... dans quelques secondes.
Lorsque tu auras raccroché le téléphone, quelques secondes se seront écoulées dans ton espace-temps.
Des jours, des semaines, des mois ou des années se seront écoulées dans le nôtre.
Ce sera en tous cas la durée que tu auras librement choisie de passer parmi nous.
La durée de ton voyage.
Pardon, le terme est impropre, on ne va pas aller loin.
Un conseil : ferme les yeux.
Il paraît que le transfert donne le vertige.
Tu pourrais être effrayé par la vitesse à laquelle se fait la transmission.
C'est parti
, me dit la voix dans un dernier murmure.

C'est alors que j'ai vu les murs, les meubles, le piano et mon univers se dissoudre à toute vitesse, m'emportant dans un kaleidoscope.
Comme si tout se vidait dans un monstrueux siphon de couleurs.
Pris d'une nausée irrépressible, je me rappelai à temps le conseil que la voix m'avait prodigué et fermai les yeux...

LienRépondre