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Tactus [16e sep. 2005|11:25 am]
RacReciR
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Clavier bien Tempéré

Une question se pose souvent à l'amateur qui interprète de la musique Baroque : quel tempo adopter ?
Les compositeurs, Bach en tête, n'ont à cette époque porté aucune indication temporelle sur leurs partitions.
La raison en est simple.
L'horloge mécanique n'a été inventée qu'en 1656 par Huyghens et le métronome n'est arrivé qu'en 1816.
Bach ne se servait donc pas d'un quelconque instrument pour mesurer le temps.
C'est le coeur qui battait la mesure.
Une bien meilleure façon de compter.
Il faut aussi ajouter qu'à cette époque, les temps de vie étaient bien différents de ceux que nous vivons en ce XXIème siècle.
Au XVIIième, le véhicule le plus rapide était le cheval au galop.
De nos jours, nous envoyons des navettes faire le tour de la terre en quelques heures et nous trépignons que le TGV Paris-Marseille nous fasse perdre trois heures alors qu'il fallait plus d'une semaine pour que la diligence fît ce même trajet. Je ne vais m'étendre ici davantage sur la vie trépidante que mènent les habitants des mégalopoles mondiales.

Il me semble donc raisonnable d'imaginer qu'à cette époque, la musique se jouait plus lentement.
On prenait le temps de laisser les harmonies se créer et se développer.
Tout bien considéré, la conception du temps à l'époque de Bach était bien plus précise que la nôtre - basée non plus sur une fongible seconde mais dirigée par l'Affect. Dans Syntagma Musicum, Michael Praetorius écrit (vers 1610) que la même pièce, jouée le matin, aurait un tactus différent de celui qu'elle aurait le soir. Le Tempo variant aussi en fonction des conditions acoustiques.
C'est pourquoi je suis convaincu que l'assignation de strictes valeurs métronomiques à la musique de Bach serait confinant, sinon historiquement incorrect.
Au XIXième siècle Liszt, dont la virtuosité au clavier fut admirée dans toutes les soirées mondaines, lança la mode de jouer vite et, depuis, la vitesse d'exécution prime et s'érige en indicateur de qualité.
Il n'est qu'à entendre à quelles vitesses sont exécutées (sic) certaines fugues ou danses pour réaliser que l'exercice principal consiste parfois à jouer le plus vite possible.
Plus vite que la musique.

Des génies tels que Gould se sont laissés prendre à ce jeu et je possède des enregistrements d'inventions, du clavier bien tempéré et de suites où il n'est plus possible d'entendre et de suivre le contrepoint que Bach a si soigneusement brodé.
Une mitraillette musicale vous fusille le morceau en moins de deux et vous passez à la danse suivante, admiratif devant la virtuosité de l'artiste mais n'ayant pas entendu grand chose. Aucune harmonie.
L'auditeur reste ainsi sur sa faim.
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