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Pipe Candide - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Pipe Candide [25e déc. 2005|01:10 pm]
RacReciR
C'est, décidément, le meilleur des mondes dans lequel nous vivons.
Je parle de la vie en entreprise.
Je connais un peu l'administration. J'ai des amis dans le privé, ce n'est guère différent.
A partir d'une certaine taille, le système s'emballe et, dans un temps déterminé, implose ou rentre en fusion.
Ces phénomènes ont été décrits par les sociologues et philosophes pendant des siècles et, depuis Erasme, jamais texte n'a été aussi percutant que son Eloge de la Folie (1508).

C'est ainsi que l'on m'a récemment vanté les mérites de la stratégie "pipe", anagramme du patronyme d'un cadre dirigeant d'une grande administration nationale cousine qui la conduit :
Pas d'Innovation Pas d'Emmerde.

Ayant beaucoup de peine à croire que pareils propose puissent être tenus dans une administration dont je ne dépends pas, il est donc entendu que toute ressemblance avec des situations, entreprises ou personnes ayant jamais existé serait purement fortuite (pas la tête)...

Le système est en effet vicié à la base.
L'amplification et la propagation du vice conduisant inéluctablement à l'implosion.
Quels que soient les acteurs initiaux et leurs compétences, le diagnostic et la résolution des problèmes sont renvoyés à un lendemain que personne ne souhaite connaître.
Le processus est récursif.
Il sanctionne lourdement tout ce qui dépasse et qui prend le risque de se tromper.
Sans erreur, il n'y a pas d'apprentissage ni d'innovations possibles.

Prenons le cas de cette entreprise.
L'avancement le plus sûr s'y effectue à l'ancienneté.
Vous avancez sûrement si vous ne faites rien (d'innovant).
Il est donc important, si d'aventure une idée vous traversait l'esprit, de s'assurer le patronage de hiérarques importants ; réfléchir et innover vous expose en effet au double risque de déplaire et de vous tromper.
Et ça, le système ne supporte pas.
Tous les systèmes détestent se tromper.
Le reconnaître en tous cas.
On égorge donc régulièrement un bouc émissaire, catharsys de l'erreur, sacrifiant l'innovation sur son autel.

Ainsi promeut-on d'un côté l'augmentation du niveau d'études en  poussant 80% d'une classe d'âge à obtenir son Bac, ce qui a pour conséquence directe que le nombre d'universitaires a été multiplié par 10 en 20 ans.
Les jeunes qui sont recrutés ont donc souvent fait de longues études, parfois scientifiques, où l'esprit critique, le doute méthodique, la méthode expérimentale et la démonstration ont été martelés et érigés comme modèle d'arbitrage et de résolution des conflits.
Soit vous prouvez vos dires ou, dans le cas de propositions indécidables, vous vous soumettez à un vote.
Un esprit simple pourrait alors croire que cet esprit critique qui a été cultivé sera, aussitôt formé, mis au service du progrès et de l'innovation.

L'homme est un roseau pensant, affirmait Pascal.

Ce n'est qu'au moment où vous avez intégré le merveilleux monde du travail dont on vous a tant vanté les charmes et vertus, régi par le sens de l'économie et de la rentabilité, que vous réalisez l'erreur.
Vous êtes priés poliment mais fermement de remiser votre esprit critique, votre sens de l'initiative et de bien vouloir suivre la ligne qui a été tracée par ceux qui sont habilités à penser.

Le système continue ainsi à être dirigé sur le modèle monarchique, modifié et adapté il y a deux siècles par un nabot mégalomaniaque pour asseoir son Empire.
Un petit cercle d'initiés décide en fonction d'une expérience du terrain qui lui parvient par des milliers de filtres spatio-temporels.
Le décalage entre le réel et le perçu est resté, chez ces initiés, figé dans le même espace-temps qu'en 1800.

La Théorie des jeux qui a été distinguée par Hercule(E.) et le Nobel de Sciences économiques de l'année a démontré qu'il y avait un scénario possible où le joueur est toujours perdant (il n'y en a pas où il soit toujours gagnant) : celui où les autres joueurs se coalisent contre lui.
Normalement, une personne avisée se retire de la partie pour limiter ses pertes.
Il n'y a pas de meilleure solution.

Imaginez que cette situation de jeu se généralise à la vie quotidienne.
Comment se retire-t-on de la partie ?
- en démissionnant
- en fuyant le domicile conjugal
- en tombant gravement malade
- en fuyant à l'étranger
- en se suicidant
- en étant assassiné
- (ajouter  ici la solution qui vous convient)

C'est donc souvent dans le cadre du travail que s'exercent les plus grandes violences.
La démocratie est, en effet, mise entre parenthèses tous les jours ouvrés (aux heures travaillées).
Toutes les décisions prises en entreprise le sont sur le modèle monarchique de droit divin.
Les grands prêtres sont les PDG, DG, DGA, Secrétaire Général, etc. entourés d'une nuée de vassaux et de courtisans qui filtrent l'information et sont prêts à envoyer au bûcher tous les hérétiques.

L'hérésie commence généralement au moment même où une idée innovante est exprimée.
Dans une grande entreprise ou une administration, ce régime de droit divin est donc consubstantiel de l'implosion qu'il génère.
Les sujets savent que le bûcher guette la moindre de leurs pensées rationnelles.
Ils ont généralement eu l'occasion, au cours de leur longue carrière, d'assister à quelques autodafés et pendaisons en place de Grève.
L'esprit grégaire et la peur suffisent à faire taire la masse.
Celle qui vit aux dépens du système qu'elle alimente dans sa course effrenée vers la préservation du seul élément qui constitue l'essentiel (dans son acception divine) : la structure hiérarchique.

Il suffit de constater à quel point les services de '"pair à pair" (peer to peer en anglais) sont combattus par tous nos systèmes pour s'en convaincre.
Le "pair à pair", comme son nom l'indique, régit des relations entre pairs.
Il révolutionne un système en faisant disparaître la pyramide hiérarchique et toutes les momies qu'elle abrite.

Il ne faut donc pas se laisser berner par les arguments invoqués autour de la préservation du droit, de l'ordre, de la sécurité, du prestige ou que sais-je encore.
La relation "pair à pair" ouvre effectivement la porte à des prédateurs qui sont là pour prendre sans rien donner en échange.
Il est relativement aisé de se prémunir contre de tels agissements à long terme en négociant les termes des échanges.
Il est aussi simple d'ériger un code de conduite collégial et de le faire vivre et évoluer entre pairs.
Le risque d'être dupé est alors limité à une seule occurrence.
Il faut aussi accepter un seuil incompressible de prédation qui ne peut être contrôlé.
Tous ces phénomènes pervers existent par ailleurs dans le système hiérarchique qui a montré ses limites.
Ils bénéficient principalement aux étages supérieurs de la pyramide.
Le système hiérachique craint en effet la démocratie par dessus tout.

Pas d'innovation, pas d'emmerdes.
Le supplice de Tantale consiste à attirer un chevreau bêlant dans la pyramide, à le laisser croire à son ascension et, une fois rendu bouc, à le désigner émissaire.

Liberté, Egalité, Fraternité sont donc gravés dans la pierre, par dessus tout.
Regardez-les bien. Peut-être qu'un coup de pensée magique amènera leur réalisation.
Il devrait être possible d'imaginer la démocratie, en temps réel, pour un grand nombre, sans qu'il n'y ait besoin de quelconques "grands-prêtres" pour venir dicter la Loi.
J'ai cependant l'impression que les dés sont pipés.
Il va donc falloir attendre patiemment l'implosion en priant de ne pas avoir son nom inscrit au tableau d'honneur des chers disparus au champ de gloire.
Ca ne devrait plus être long, j'entends de sinistres craquements.

Mes voeux pour cette nouvelle année sont donc raisonnables.
Cultiver mon jardin personnel et éviter, dans la pénombre qui règne, d'être pris pour un caprin.
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