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Fugue sur grandes orgues - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Fugue sur grandes orgues [1er jan. 2006|05:59 pm]
RacReciR
[Humeur |gratefulgrateful]



Décidément, cette fin d'année aura été harmoniquement riche et ce, de façon  assez imprévue.
Un Noël où j'ai entamé mon premier enregistrement du ricercar à 3 et ces deux journées, à cheval sur deux années où j'ai découvert l'orgue.
Plume(O.) a, en effet, noué depuis quelques années des relations amicales et complices avec A., dame patronnesse de l'abbatiale de Caen.
Cette abbatiale, plus connue sous le nom de Saint-Etienne ou encore l'Abbaye aux Hommes, est un monument majestueux, commandé par Guillaume le Conquérant (ainsi que l'Abbaye aux Dames qui lui fait face) pour asseoir son autorité et amadouer le pape qui s'était opposé à son mariage avec Mathilde de Flandre.
L'abbatiale était, accessoirement, destinée à lui servir de dernière demeure.
Ce qui fut fait.
Les guerres de religion ainsi que la Révolution virent la profanation ainsi que le sac de l'abbaye et la tombe, actuellement visitée, ne conserve qu'un tibia du grand homme (il mesurait 1m80).
N'ayant aucun talent dans la description des architectures monumentales, je ne peux que convier le lecteur aléatoire à visiter ces deux abbayes romano-gothiques à l'occasion d'un voyage en Normandie.

L'Abbaye aux Hommes, en sus de cette architecture majestueuse, héberge depuis la fin du 19ième siècle, une des orgues les plus imposantes de France.
Un Cavaillé-Coll disposant de 51 registres et de plus de 3000 tuyaux (3 claviers et un pédalier).
Un des instrument les plus convoités de Normandie depuis que les orgues de la cathédrale de Rouen se sont tues.
Leur actuel titulaire, Alain Bouvet, lié d'amitié avec A., pianiste et musicienne éclairée, j'ai donc usé d'une grande transitivité et, les amis de mes amis étant mes amis, avais sollicité à l'occasion de ce réveillon normand qui s'annonçait, l'honneur d'écouter le maître et, si l'occasion se présentait, de pouvoir tenter un contrepoint sur cet  instrument.
Nous avions donc rendez-vous à l'abbatiale ce samedi à 15h30 dont nous ne sortîmes, chassés par les vêpres, qu'à 18h30.
Trois heures jubilatoires, pendant lesquelles retentirent des canons et fugues de Bach, Dupré, Schumann, Mendelssohn et Vivaldi.

A l'issue de ce concert amical où nous étions 4, l'abbaye recevant les visites de quelques impénitents pêcheurs en ces dernières heures de 2005, regroupés en chandelle autour du pupitre, Alain me demanda si je souhaitais jouer.

J'avais opportunément apporté des partitions dont un jeu spécialement imprimé à son intention : les inventions et, bien entendu, le ricercar à 3.

Quelques registres ajustés plus tard, je me trouvai pour la première fois de ma vie aux orgues.
Et quelles orgues !
Plus d'une demi-heure durant, j'ai ainsi pu produire, entendre et écouter le contrepoint de Bach.
Les premières inventions passées avec une étonnante facilité, j'ai tenté à 3 reprises le ricercar à 3 avant de m'arrêter, terrassé par la 6ième exposition du thème, celle qui annonce la transcendance.

J'avais prévu pour la circonstance, en dépit de mon aversion pour la musique et particulièrement l'orgue en boîte, ordinateur et micro mais, emporté par l'instant présent, j'ai tout oublié devant la magie du moment et les harmoniques des orgues.

Il est des instants ténus et immatériels qui ne souffrent pas la captivité.
La gentillesse d'Alain Bouvet et la simplicité avec laquelle il me mit à l'aise firent de ces heures autant de moments de grâce.
Le ricercar à 3, harmonisé à l'orgue (même incomplet et imparfait), m'a ainsi procuré une des sensations les plus riches que j'aie connues.
Un moment fugace donc, par excellence.

Descendant à regret le colimaçon raide, étroit et glissant de l'escalier en bois qui qui nous ramenait sur terre, j'ai réalisé que je tremblais sans que la froidure et le crachin d'un 31 décembre n'y fussent pour grand chose.
L'invitation faite d'y remonter a ainsi achevé de  modifier ma perception d'une offre de normand.
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