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... et pour cela préfère l'impair (Kafka) - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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... et pour cela préfère l'impair (Kafka) [27e mar. 2006|04:05 pm]
RacReciR
[Humeur |blankblank]
[Ecoute |labyrinthe harmonique]

Crépuscule des dieux
J'étais donc tranquillement assis à mon bureau, affairé à traiter un quelconque dossier indispensable au bon fonctionnement du service public quand, dérangé par une ombre portée à ma vision périphérique et pestant contre le malotru qui mettait gravement la patrie en danger, j'aperçus 4 énergumènes à la mine patibulaire surveillant un 5e, lequel était en train d'apposer une étiquette sur la porte de mon bureau.
Bondissant de mon siège incontinent, n'écoutant que mon courage,  je me levai affronter cette milice impromptue, et vis que l'étiquette de mon bureau, indiquant son numéro B13487 (allez donc voir Brazil) avait été subrepticement métamorphosée en B13488 (ce n'est pas le bon numéro, je ne voudrais pas que l'administration me reprochât de divulguer des informations confidentielles ou, pire encore, qu'un lecteur intrépide me retrouvât).
J'engageai donc prudemment la conversation avec un homme  dont l'importance était avérée : quiconque dispose du pouvoir de faire évoluer la numérotation d'une porte de bureau mérite les plus grands égards.
Après les circonlocutions d'usage où je flattai les instincts les plus vils de mon interlocuteur, je m'enquis sur les attendus de cette renumérotation.
Serais-je sorti de mon placard ?
Avait-on enfin constaté que je n'avais pas commis d'impair ?
Serais-je passible d'une pourtant si improbable promotion ?
Et c'est là, qu'impavide, mon interlocuteur, sous le regard torve de ses 4 gardes du corps (qu'il avait généreux), m'expliqua d'un air pénétré que la nouvelle application, fierté du service informatique, ne listait que les bureaux de numéro pair et qu'il était chargé de faire coller la réalité (qui tient sur une étiquette 4x10 cm) à la vision virtuelle générée par l'annuaire d'entreprise.
Dont acte.
Je convins donc avec lui que la solution optimale avait été trouvée et qu'il était sans doute plus simple de supprimer l'ensemble des bureaux  impairs de la fonction publique, plutôt que de se risquer à corriger un bogue dans une application qui, à ce détail près, remplit son office : c'est-à-dire qu'elle vous envoie généralement loin de l'interlocuteur que vous cherchiez à joindre.
Cherche et tu ne trouveras pas.
Ce n'est qu'une fois cette escouade partie vers un horizon lointain (la porte d'à côté) que j'ai pris conscience de la chance que nous avions.
Je n'ose imaginer en effet la solution que nous aurait concoctée nos penseurs émérites si, d'aventure, cette merveilleuse application avait refusé d'indiquer les étages impairs.
Il n'est pas à exclure que l'administration eût pu trouver plus judicieux de raser un étage sur deux plutôt que de se lancer la picrocholine correction du programme.
C'est bien connu, l'ordinateur ne commet jamais d'impair.
De la musique avant toute chose...
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