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RacReciR

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Sur le vif [2e avr. 2006|10:07 pm]
RacReciR
[Humeur |anxiousanxious]
[Ecoute |Bach - Prélude en Do#]

premier jour de jardin d'enfant
Jour d'examen.
Un premier avril.
Rue Philidor.
Echéphile et musicien.

Dans la cour de l'école de musique, attendant avec une patience teintée de peur existentielle que mon tour arrive.
Attendant de jouer le prélude en Do# Majeur de mon ami JSB.
Trois mois de répétitions, je devrais donc être prêt.
Un peu fébrile, anxieux, écoutant dans la cour les répétitions de l'orchestre qui couine à tout va. 
Mais on est jamais prêt quand on n'a pas l'habitude de jouer en public et que l'épreuve, car c'en est une, consiste en une audition... publique.

Un orchestre efface les peurs individuelles.
C'est une bonne thérapie de groupe pour exorciser ses frayeurs.
Un soliste, le pianiste amateur que je suis, se trouve en revanche, fatalement, à un moment seul devant son auditoire.

Devant des examinateurs en l'occurrence.
Et tout le travail de répétition, ces longues heures d'apprentissage nécessaires, tous ces efforts ne peuvent être couronnés d'un minimum de compréhension, si le soliste n'arrive pas à se convaincre que, pour une fois, il a envie que d'autres que lui écoutent la musique.
J'aurais tellement envie de dire combien je trouve ce prélude de Bach beau.
Raconter combien cette musique a été importante dans ma vie, privée, professionnelle, sentimentale.
A quel point elle m'a permis de découvrir des facettes de la musique, de moi-même, dont j'ignorais jusqu'alors l'existence.

Tiens, c'est assez joli ce que l'orchestre répète là !
Ce prélude peut être entendu comme une promenade bucolique dont la première partie, le thème, plante le décor.
Répété trois fois, main droite, main gauche, main droite, dans des tonalités voisines, ce thème annonce le premier orage de la promenade.
Six ou huit mesures, je ne sais plus exactement combien, de pur exercice contrapuntique.
Qui  rappellent que ce clavier bien tempéré a aussi été conçu pour apprendre le clavier à des élèves, les fils du compositeur figurant au premier rang d'iceux-ci.

Une fois ce contrepoint achevé, une pause est engagée par la répétition du thème bucolique, à deux reprises.
C'est juste Bach en train de proposer à son élève, votre serviteur, de reprendre ses esprits et se concentrer pour le passage du Prélude.

Un moment de jouissance dont l'éternité dure quatre mesures.
Lentement préparé par une montée chromatique hypnotique qui éjacule, chant et contre-chant, avant de conclure, graves, par la répétition inversée de la montée chromatique, .
Fin sur une cadence dans la tonalité de Do# majeur où le pianiste doit garder son souffle pour amener ce prélude à son terme harmonique.

C'est tout ce que Bach, les moi de répétition, qu'il faut que je me prépare à avoir envie d'exposer au public cependant que je suis en train d'attendre mon tour dans la cour de l'école, écoutant d'une oreille distraite les conversations tendues de mes compagnons d'infortune.
Il est amusant de voir et, quand on prend un peu de recul, entendre, combien c'est touchant.
J'allais écrire ridicule mais ça ne l'est pas.
Je pensais à la chanson de Brel : "Au suivant !".

Tous ces adultes qui ont volontairement décidé de consacrer des milliers d'heures à l'instrument dont ils ont rêvé.
Nous nous retrouvons soudain extraits de notre quotidien pour, dans une peur infantile, masochiste, trembler à l'idée de passer une audition devant 30 personnes qui n'en n'ont cure.

Il me souvient pourtant avoir, jadis, péroré en public, devant un jury bien moins accommodant, autrement plus critique.
Il est bien entendu que la thèse que je défendais était alors mienne.
Mais je savais qu'elle ne comportait pas d'enjeu vital.

Cette audition est différente.
La musique est ce qu'il y a de plus important à mes yeux.
Il y a donc un chiasme, léger hiatus.
Bach est si structurant qu'il faut que j'accepte, calmement, de le raconter un peu et beaucoup de moi, hélas, en public.

J'entends les premières notes égrenées par le candidat qui me précède.
Il faut que je fasse le vide.
Eviter la curie.
Inch'allah.
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Comments:
From: conterfleurette
2006-06-24 03:38 pm (UTC)
J'aime beaucoup cette photo.
(Répondre) (Thread)
[User Picture]From: ricercar07
2006-06-24 04:43 pm (UTC)
Une diapo prise par mon père, en sep-oct 1966, pour fêter ma première rentrée des classes (petit jardin). Je m'en souviens comme si c'était hier.
(Répondre) (Parent) (Thread)