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Comment ça marche ? [16e avr. 2006|12:15 am]
RacReciR
[Humeur |awakeawake]
[Ecoute |Bach - Prélude en do mineur]

fugue à 7Je me pose toujours la question.
Devant quelque objet dont que je ne comprends pas le fonctionnement.
Des téléphones, des radios à lampe, des amplificateurs, des télés, des ordinateurs par centaines, des appareils photo, que sais-je ? Le robot-ménager, le lave-vaisselle, la machine à laver...
J'ai tout démonté à un moment où l'autre de ma vie.
Des ustensiles que je remplaçais et que, quelques jours avant la livraison prévue, j'éventrais juste pour comprendre comment ça marche.
Sous anesthésie générale, bien entendu.
Il faut parfois savoir procéder autrement.


Répétant le prélude en Do Majeur, j'ai suivi mon train de pensée.
Ce prélude a été composé par Bach pour apprendre à son fils à jouer du clavier.
Il figure dans le petit livret écrit à l'intention de Wilhelm Friedmann.
Il sera repris dans le livre d'Anna Magdalena.
C'est le premier prélude du Clavier bien Tempéré.
Il s'agit de faire entendre un maximum de voix dans un minimum de temps.
Et, accessoirement, de vérifier l'accord et le tempérament de l'instrument.

Partition autographe du Prélude en Do Majeur

C'est ainsi que ce prélude est souvent appris sans pleinement réaliser sa polyphonie.
5 voix, côte à côte, qui récitent un chant long et mélodieux où sonnent toutes les notes. do, do, ré, ré, si, si,...
Apprendre à un enfant est une tâche bien moins redoutable qu'il n'y paraît.
Un air joli, facile à retenir, qu'on a envie de répéter et qui ne soit pas trop difficile.
Sans aucun mordant possible.
Compter jusqu'à 5.
1,2,3,4,5.
Pour illustrer 5 voix.
10 doigts, 5 voix.
Cela en fait un honnête claviériste.
Il sera toujours temps ensuite, d'en connaître davantage.
A force de répétitions, le cerveau apprend à associer le son et la bonne touche.

Prenez donc le contrepoint en musique.
Comment ça marche ?

Les voix sont essentielles.
Ce sont elles qu'il faut maintenir en permanence.
Exprimer et chanter le thème, isoler les phrases, opérer les retournements, ajouter un contre-chant, ...
L'interprète ne doit rien inventer.
Il doit cependant impérativement comprendre l'imbrication des motifs et leur succession.
Le son produit par l'instrument suit les voix.
S'il y a deux voix, il faut deux trains de son.
S'il y en a trois, il en faut trois.
Il faut impérativement que l'interprète entende chacune des voix qu'il veut chanter.
C'est sa pensée qui relaye celle du compositeur.
Et c'est le clavier qui assure ce relais

Il a fallu que j'entende 3 puis 5 voix.
Le prélude en Do majeur.
1 2 3 4 5 3 4 5 chanté 2 fois pendant 32 mesures.
Il faut au moins une voix d'avance entre la pensée et le geste.
32=25+1
Passer de 32 à 33 en ce jour pascal était une mesure ironique.
14 doubles-croches en arpège, mesures 33 et 34, avant de conclure par un accord parfait, mesure 35.

Entendre régulièrement 5 voix est une autre affaire.
Il faudra un an avant que l'écoute se stabilise.
Au bout d'un moment, celui de l'apprentissage, on ne pense plus aux maths.
On sait que ce sont des nombres qui se succèdent dans une harmonie particulière.
Ce sont aussi les cordes de l'instrument qui vibrent réellement et qui produisent le son.
Seule la pratique apprend à le moduler.
Entendre réellement les voix, séparément.
Savoir à chaque instant de l'exécution où en est chacune.
Instinctivement.
Dans quelle configuration elle se présente par rapport aux autres.
Transmettre ces informations et, par le biais du clavier, produire les vibrations qui alimentent les trains d'onde dans une polyphonie perceptible.

Ici des cordes frappées par un marteau, une tige de laiton ou, là, grattées par un doigt ou une plume.
De l'air qui vibre dans une colonne et le son se construit, au gré de l'exécution, formant des trains d'onde.
Un clavier, 10 doigts, plusieurs instruments chantant autant de voix en contrepoint.
Il faut qu'il y ait un train d'onde par voix.
Ce n'est pas plus compliqué que ça à dire.
Quant à le faire, c'est une autre question.
Des années de pratique en perspective.
Comprendre comment Bach fonctionnait, quels éléments d'invention il utilisait et comment il les articulait.
 
C'est un moyen élégant de créer de la musique.
Nouvelle.
L'originalité demeure dans le thème et dans les différents motifs qui illustrent l'essence du compositeur.
Trouver un thème, inversible de préférence.
Ou un geste que l'on veut illustrer.
Un balancement de la main, une suite particulière de sonorités, des séries de notes successives...
Puis combiner les motifs, leurs miroirs et les développements qui peuvent leur être adjoints.

Je travaille le prélude en do mineur du clavier bien tempéré.
24 mesures en doubles-croches avant une suite arpégée de 48 notes (BACH) où les deux mains alternent et poursuivent le chant, repartant du Sol à 3 reprises.
Ma professeur continue à me demander de travailler les mains séparées pendant des semaines.
Ca ne sert à rien et j'ai du mal à l'en convaincre.
Il faut le faire le temps d'entendre et, éventuellement, retenir chaque voix isolée (entendre devrait suffire).
Une fois la voix retenue, il ne sert plus à rien de jouer mains séparées.
Ca ne veut pas dire, pour autant, que l'on sait chanter les différentes voix à ce stade de l'apprentissage.

Elles sont connues.
La structure générale et les différents constituants ont été distingués.
Il faut alors étudier les rapports entre les deux mains et découvrir la chorégraphie.
Travailler l'enchevêtrement des voix et le balancement des mains induits par ces combinaisons.
Réaliser que le son produit est en bijection avec le geste créateur.
Ce sont une foultitude d'instruments qui séparent (temps et espace) le son imaginé de celui produit (partition, oreilles, cerveau, doigts, touches, marteaux, cordes, air, ...).
Jouer correctement de la musique, c'est réussir à synchroniser ces différents instruments dans des fréquences très basses, chiffrées.
Ca ne veut pas dire pour autant qu'ils sont synchrones.
Ca veut simplement dire que la musique produite est l'harmonie résultant de ces différents éléments.
A l'intérieur de cette harmonie, l'interprète est pris en charge, dirigé par le Plus Grand Commun Diviseur : la pensée du compositeur.
Il faut que le compteur interne de chacun des instruments affiche, simultanément, un multiple de celui inscrit sur la partition.
Etre en capacité, à volonté, de les interroger simultanément pour en vérifier la synchronicité.

Les observateurs ont rapporté que Bach, entendant un air pour la première fois, pouvait immédiatement indiquer comment il allait se composer et le nombre de développements que son thème permettait.
Il était capable de calculer ça en direct.
A la première écoute.
C'est un moyen de mesurer la distance qui sépare de la musique de Bach.
Jusqu'ici, ce calcul était hors de ma portée.
Mesurer pour agir.
En années-lumière.

Deux mains forment un parfait balancier.
Il n'est pas possible de s'entraîner à glisser le long d'une corde raide, fût-elle tendue à 10 cm du Sol, avec une seule main pour assurer l'équilibre.
Jouer mains séparées ne tient pas debout.
C'est néanmoins ce que préconise la plupart des enseignants.
Qui s'étonnent ensuite de se casser les dents sur le chant.

Il faut vivre le chant pour en jouer avec harmonie.
Entendre la distance au Sol.
C'est de la musique, il n'y a pas d'autre solution.
Des deux mains.
La musique est l'interface calculatoire du cerveau.
Le reconnaître amène d'autres développements qui seront abordés une prochaine fois.
5 voix pour commencer.
Fuguer.
Jouer est chronophage. Rien ne peut remplacer les heures de pratique.
Vous avez beau connaître le geste, il faut l'exécuter.
Farpaitement !
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