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fugue infernale - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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fugue infernale [21e mai. 2006|11:08 pm]
RacReciR
[Humeur |moodymoody]
[Ecoute |Bach - Jesu der du meine Seele - BWV 198]

Cavaillé-Coll de St Etienne

Arrivé à Caen ce vendredi soir avec les retards et excuses présentés par la société nationale de chemins de fer, j’étais accueilli par A. et, fissa, direction sa modeste demeure ornée de 3 Erard.
Quelques centaines de bigorneaux et un tourteau engloutis en une demi-heure et nous voilà rendus à l’Abbaye aux Hommes pour un récital d'orgue.
Juste à temps pour rater le Choral de Bach qui préludait la soirée.
Fin de concert avec ravissement et moult applaudissements, baise-main à l’artiste et dîner impromptu au restaurant jouxtant l'abbatiale en compagnie du titulaire des orgues de Saint Etienne, de la titulaire des orgues de Trouville, de pianistes et facteurs émérites.
L'artiste ne parlant que le russe et l’anglais deux clans furent rapidement formés : la proximité immédiate de l’invitée, contrainte de tenir un semblant de discours en anglais approximatif et les autres convives dont l’éloignement renforçait le français et la férocité.

Je ne m’endormis qu’à mi-nuit passée, les clefs et l’invitation de grimper les marches de bois menant au grand orgue en poche, me promettant de martyriser l’instrument le lendemain entre midi et deux.
Cette clef des songes qui m’est si coutumière me réservait cependant ce soir-là un bien méchant tour.

Sitôt endormi et pendant ce qui me sembla durer toute la nuit je déconstruisis et réassemblai l’abbatiale dans une architecture frénétique et psychédélique dont les rêves ont le secret : les claviers et le buffet de l’orgue disposés dans un amphithéâtre digne des salles lambrissées de la Sorbonne où une série de bancs de chêne noir avaient été disposés, une centaine de personnes ayant pris place dans un charivari pour ce qui, je réalisais avec effroi, devait être une audition publique dans laquelle je m’étais forcément fourvoyé. Le rêve m'avait directement installé sur le banc face aux claviers et, quels que fussent mes efforts d'imagination, je ne réussis pas à me transformer en souris pour me fondre dans un interstice du parquet.
Pour finir de paver cet enfer, je trouvai, assise sur le banc, à ma droite, une jeune fille elle aussi couleur chêne foncé que je ne connaissais pas et dont je ne distinguai pas les traits de ma nuit.

Et là, jeté en pâture aux fauves auxquels je tournais le dos, je me retrouvai aux manettes désemparé, la petite brune assise à ma droite commentant entre ses dents serrées le moindre de mes faits et gestes. Je m'attelai donc au ricercar à 3 et, sitôt la troisième voix entrée, patatras, le doigt qui fourche, en contrepoint d'un commentaire monocorde de la donzelle - « fausse note » - sur le ton avec lequel elle eût rythmé un jeu de paume.
Les rêves étant ce qu’il sont, j’interrompis le ricercar et me lançai dans une invention que, derechef, je transformai en magret de canard, le pouls battant la chamade, la mémoire en capilotade et l’angoisse allant crescendo.
D’invention mort-née en fugue éventée je m’évertuai, pendant ce qui me sembla durer une éternité, à tenter d’extirper un air à l’orgue qui manifestement avait eu vent de ma phobie et, connaissant la chanson, attendit patiemment que je jetasse l’éponge avant de me retirer sous ma tente sous les lazzis.

Je décidai alors d'interrompre ce songe, provoquant un réveil en sueur suivi d'un somme léger, agité et fébrile.

C’est ainsi que le midi arrivé, je me trouvai aux commandes (sic) du Cavaillé-Coll où après quelques minutes d'harmonie, je me sentis peu à peu paralysé par les pas d’une vieille cacochyme et édentée qui, armée de sa canne tripode, battait à contretemps une mesure ternaire et le marbre glacé de l’abbatiale, cependant que je tentai impénitent et misérable ma fugue à quatre temps.

Mon cauchemar ainsi exaucé.
Deux heures qui me parurent durer une éternité où je ne parvins qu’à ânonner une ou deux misérables (pardon JSB, c'est de moi qu'il s'agit ici) inventions, ratant avec persévérance toutes les registres engagés.
Plume(O.) assis à mes côtés (à gauche, en miroir) et auquel j’avais conté mes émois nocturnes hochant la tête devant la psychologie torturée du Séraphin(J.) qui s’évertuait à revivre son calvaire éveillé.


Dantesque.
Plus jamais d'orgues de jour.
Au risque de jouer comme une citrouille.

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