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Peigner la girafe [5e sep. 2006|01:19 am]
RacReciR

J'ai longuement réfléchi à l'apprentissage de la musique qui m'anime.
Ce contrepoint que, phrase après phrase, j'égrène depuis de longues années avec un plaisir tous les jours renouvelé.
A mon plus grand étonnement.
J'aurais juré épuiser la nouveauté en moins de répétitions.
Plus de 3000 pour les premières inventions.
J'ai décompté 500 répétitions et 4 types de claviers pour le ricercar à 3.
Dans ma soif d'embrasser le plus large répertoire, en optimisant le délai de compréhension de la technique, je me suis autorisé quelques raccourcis.
Tout cela étant relatif, l’apprentissage de l'exécution de la musique ayant été initialisé tardivement.
Près de 35 années d'écoute d'une oreille attentive à la structure et au rapport des voix
Des centaines de répétitions de la plupart des morceaux que je jouerai.
La structuration propre, celle qui régit la logique interne, s'est en contrepoint, construite sur ce modèle.
Baroque, fruit aléatoire d'une éducation et de la curiosité qui me poussent.
Aussi, écoutant, j'entends rapidement la structure sous-jacente.
Les voix qui se croisent, les miroirs, les renversements...
J'ai cependant un défaut de latéralisation que j'ai bien identifié et qu'il m'est apparu difficile, sinon impossible à corriger.
J'ai beau me concentrer et développer les stratégies les plus diverses, je suis incapable de me diriger selon les indications d'un plan ou dessiner une architecture dont j'appréhende pourtant tous les éléments ainsi que son ordonnancement mais pas les détails.
Ces derniers m'ennuient (c'est un cercle vicieux).
Je peux, en revanche, arpenter d'instinct.
J'ai, aussi, une bonne oreille et une mémoire "parfaite".
Je n'enregistre pas tout, mais je n'oublie pas facilement ce que j'ai enregistré.
C'est une qualité nécessaire pour un chercheur mais qui, dans la vie courante, sociale, est considérée comme un vilain défaut.
Vous pouvez paraître rancunier en vous souvenant de détails depuis longtemps noyés dans l'oubli.
Un détail qui surgit plus tard, hors de propos.
J'ai ainsi, régulièrement, de vives discussions avec la plupart de mes amis.
Qui me reprochent de prendre le contre-pied de positions établies, par pure rhétorique.
C'est le cas, en effet.
Je pratique le doute méthodique d'où mes difficultés à adhérer à un(e) quelconque mode de pensée.
Il m'est même souvent arrivé de constater que je n'étais pas pourvu de capteurs indispensables pour mener une vie paisible en société.
Je ne pratique que rarement l'hypocrisie (l'esprit jésuite de travers).
Il peut m'arriver de ne pas être d'accord sans pour autant formuler un jugement.
Je me réserve par ailleurs de réviser sans préavis mes éventuels jugements.
Je ne me sens enfin pas obligé de motiver mes (res)sentiments personnels.

C'est ainsi qu'après 41 années de résistance à un quart de siècle de guerres, ma soeur a finalement jeté l'éponge.
Les 34 derniers jours de déluge ont amené sa décision de quitter le Liban.
Jusqu'ici, le long terme restait possible pour les optimistes, au rang desquels, indécrottable, figure ma soeur.
Possible derrière un horizon voilé pour au moins une génération.
Elle n'est désormais plus en mesure d'imaginer un avenir pour ses enfants (à long terme) ni pour elle même (à court terme).
Ce possible n'existe plus à court terme.
Il a disparu des écrans radar, le 12 juillet 2006, pour d'innombrables raisons désormais indépendantes de la situation politique, par elle même explosive : pollution des sols et de la mer, utilisation de bombes en uranium appauvri, sous-munitions non explosées, emploi d'éventuels produits nocifs à long terme, la marée noire, la destruction des infrastructures civiles et industrielles.
L'impact sur l'économie, l'agriculture, les conditions sanitaires et l'éducation est incalculable.
Des dizaines d'années de progrès ont été détruites et un sinistre écologique irrémédiable accompli.
Certaines erreurs (je pense crimes, mais c'est un jugement personnel) pourront être corrigées par un effort collectif, constant et coûteux, mené pendant des décennies.
Les pollutions et carences restent, quant à elles, inévitables et les populations qui seront exposées à leurs effets auront, statistiquement, une espérance de vie significativement amoindrie.
Proliférations de cancers et autres joyeusetés d'une part et maladies infectieuses rendues endémiques d'autre part.
... Et l'épée de Damoclès qui tient par un crin de cheval.
Agir, pour éviter pareil fortune à ses enfants, est de la responsabilité des parents.
Seuls ceux qui ont  l'éducation et les moyens le pourront.
Les autres sont priés de rester mourir chez eux.
Dignement.

Oui, je sais, j'avais promis un sujet frivole.
C'est un autre travers, le contre-pied, que par la force des circonstances, j'ai développé.
A force de comparer les discours et les actes.
Il est possible et même recommandé de pardonner.
Sous peine de passer son existence à ressasser de vieilles erreurs et folies de jeunesse.
Les siennes et celles des autres.
Pardonner n'est cependant pas oublier, encore moins une distribution de blancs-seings.
Il est indispensable de construire l'itération suivante en tenant compte de tous les paramètres qui ont abouti à la situation jugée singulière.
Le pardon est volontaire, il ne se décrète pas.
Il finit aussi, à la longue, par rendre cynique.
Il faut donc se garder des excès.
Une condition est préalable : que l'agression se soit arrêtée puis ses conséquences mesurées et analysées de part et d'autre.
Si des victimes sont vivantes et souffrent des conséquences de l'agression, quelles qu'elles soient, leur pardon ne peut pas être exigé.
Il peut, tout au plus, être encouragé.
Il est aussi possible de s'assurer qu'il ne demeure pas de victime vivante.

Il est des fautes que la société devra pardonner pour se reconstruire, un jour, après le départ des protagonistes.
Cette société ne peut cependant imaginer le pardon des victimes avant même que la reconnaissance du mal ait été établie.
Il est aisé en occident, en 2006, de s'absoudre du péché des autres.
Ma soeur, dernière des mohicans, devrait réussir à émigrer dans l'année en laissant derrière elle, provisoirement tout au moins, veaux, vaches, cochons...
Repartir de zéro ou presque, quelques économies et 2 enfants scolarisés, à 41 ans révolus.
Echanger le soleil et la douceur de vivre contre la sécurité.
Non, pas la France, mais les étendues Canadiennes.
Je crains que le pardon lui soit inaccessible actuellement.
Il lui faudra de nombreuses années pour oublier.
C'est à ce genre de détail que je mesure l'étendue des dégâts.

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