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36e dessous - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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36e dessous [25e sep. 2006|07:12 pm]
RacReciR
[Humeur |awakeawake]
[Ecoute |Bach - ricercar à 3]

Jouer le ricercar à 3 sans faute et du premier coup.
En privé, avec Plume(O.) et Hercule(E.) comme seuls témoins.
Il m'est arrivé, par moments, de regretter que mon entourage immédiat ne fût pas plus sensible au contrepoint avant de réaliser la source de conflit que n'eussent pas manqué de susciter les milliers de répétitions des mêmes oeuvres assénées à des oreilles assoiffées de variété.
Il l'est néanmoins d'une manière qui me convient et ses propos contribuent, en quelque sorte, à repousser les limites de la communication à laquelle nous nous adonnons.

Il m'a donc fallu plus d'un an pour passer de la théorie à la pratique, après avoir balisé toutes les étapes cognitives par lesquelles il fallait passer.
Séparer les voix pendant la production du jeu.

Il m'a donc fallu plus d'un an pour passer de la théorie à la pratique, après avoir balisé toutes les étapes cognitives par lesquelles il fallait passer.
Séparer les voix pendant la production du jeu.
Les motifs et l'ensemble de leurs combinaisons.
Découvrir les gestes qui les composent, leurs miroirs.
Obtenir un train d'onde par voix et le sculpter au gré de la musique.
Equilibrer les timbres sans que le changement de main perturbe le son.
Penser chacun des chant indépendamment des autres et diriger le choeur.
Reconnaître le terrain pas à pas, l'arpenter, étudier tous les détails de son architecture.
Dompter la peur en explorant méthodiquement l'ensemble du territoire couvert par cette fugue.
Connaître le moindre recoin, le passage où la concentration doit être pleine, celui où le doigt a une fâcheuse tendance à rater sa cible, ces deux phrases où l'émotion étreint, qui signalent le chemin à suivre.
Finir par être capable de tout oublier pour laisser parler la musique...

L'identification au ricercar à 3, induite par une vingtaine d'années d'intimité, invoque invariablement des émotions fortes à un moment où l'autre de cette fugue.
Un ego déplacé qui persiste à se glisser dans ce contrepoint céleste.
La vanité allant se nicher dans les endroits les plus improbables, il faut donc réaliser que l'interprète est la principale cause d'erreur.
Il m'arrive ainsi de me laisser complètement absorber par la musique et, détaché de sa production, je ne peux m'empêcher de trouver la fugue belle.
Ce pont qui relie les deux mondes et le feu d'artifice qui conclut continuent de me fasciner.
Me retenant de crier "voyez-vous le tour de passe-passe qu'il fait là... les voix qui se croisent...les chants échangés... cette suite chromatique...ces dissonances incroyables pour l'époque...".
Comment oublier en effet que cette fugue est improvisée ? Le vertige qui peut saisir l'interprète, rompu à ses subtilités par la force de la pratique, qui contemple éperdu le génie créateur de Bach à l'oeuvre.

La vanité et l'orgueil consistent à penser qu'il est possible, au piano, d'en dire davantage.
Si cela était possible, Bach l'aurait écrit.
Il faut donc que l'interprète soit capable d'entendre la musique et de la reproduire simplement.
C'est le mot "simplement" qui est d'une difficulté remarquable à réaliser.
Des centaines de pages pour décrire une fugue mais rien ne remplacera jamais une écoute attentive des 185 mesures.
Le ricercar à 3 est une fugue autoréférentielle qui exprime 62 ans de pratique éclairées par une foi ardente et une intelligence aiguisée.
Elle s'affranchit du temps et de l'espace.
Il est donc impératif de réaliser cette singularité.
S'oublier pendant le jeu.
Incarner la musique.

Bach ne pouvait imaginer la ferveur qu'il susciterait deux siècles plus tard.
Le fonctionnaire (Cantor de Leipzig), en butte aux harcèlements d'un conseil municipal et d'un recteur d'université bornés et incapables de comprendre sa musique, ne pouvait imaginer que son oeuvre serait indexée et momifiée par le zèle de ses admirateurs et les circonstances exceptionnelles de sa conception.
Il savait, en revanche, qu'il écrivait la première fugue pour pour piano-forte.
Il était donc inspiré.

C'est l'apprentissage principal que je tire de l'étude du grand frère, le ricercar à 6.
Je suis en effet planté au beau milieu de la 36è mesure.
La cinquième voix va entamer son chant.
La fugue en Do majeur, travaillée en parallèle, ouvre le chemin que couvrent les 11 mesures suivantes.
J'ai ainsi exploré le terrain allant de la 37e à la 48e mesure qui délimite la frontière de la sixième voix, terra incognita.
Il n'est donc pas question d'aller plus avant tant que ces 48 mesures ne seront pas entendues et produites régulièrement .
48/205 mesure l'état d'avancement de ma pratique actuelle (moins de 5/20).
Pas de quoi pavaner.
La trajectoire étant parabolique, il faudra théoriquement moins de temps relatif pour aller de 48 à 205 qu'il n'en a fallu pour aller de 1 à 48.
Mais il ne sert à rien d'anticiper le futur.
Il faut le construire et maintenir l'accélération constante.
C'est la seule constante que Bach impose.
Tout simplement.
J'ai estimé qu'il faudrait deux années pleines avant de comprendre cette fugue et baliser l'ensemble des chemins.
Dans ces 205 mesures, il y a une quantité de détails incroyables à parcourir et des subtilités qui dépassent encore mon entendement.

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