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Billet des billettes - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Billet des billettes [29e nov. 2006|10:25 am]
RacReciR
[Humeur |artisticartistic]
[Ecoute |Bach - suites pour violoncelle - BWV 1007-1010]


Grrrr, ce ]à$%* d'ordinateur a détruit le billet pour la troisième fois.
J’ai plongé les mains dans une mare de lave que j’avais imaginée belle.
La beauté étant un attribut que je donne à un objet que je prends plaisir à contempler.
La subjectivité incarnée.

Eglise des billettes, 19h30.
Arrivé en premier.
Déjà un paquet de monde agglutiné devant les marches, attendant que s’ouvre la sublime porte.
Le placement étant libre, il ne faut pas arriver après la demi même muni d'un billet.
Soit une heure avant le concert.
Un automne printanier et un livre de poche dont la lecture nourrit l’esprit (merci Flo) et nous voila, à 20 heures assis au deuxième rang, devant l’allée centrale.
D’habitude, quand c’est un clavecin ou un orchestre de chambre, je préfère le balcon gauche où la vue plonge sur le clavier.
Point de clavier ce soir.
Un violoncelle, a capella.
Sigiswald Kuijken.
Les suites de Bach.
Une seule voix qui chante un contrepoint temporel et rigoureux.
Protestant.
Toutes les notes et nuances doivent être entendues.
De la rhétorique pure.
Il m’avait fallu exercer un singulier effort de volonté pour, il y a quelques années, arrêter net d'écouter les différentes versions qui me possédaient.
Je n’étais plus en capacité de mesurer le progression de mon entendement, rendu gluant par tant de contiguïtés continues (ou autre incongru).
Les histoires les plus longues sont aussi les plus discontinues.
J’ai ainsi laissé filer mon inspiration en tentant de retenir ma respiration et, m'en saisissant, elle s’est évanouie.
Il est 20h27, le concert débute dans quelques instants.
Quelques minutes pour se ressaisir et préparer le calcul de la suite : allemande en arpèges.
21h30 entracte.
Kuijken est rentré en cène avec quelques minutes de retard et, à son bras, un gros violon (illustration et 11 secondes de film volées par mon téléphone portable).
A peine plus gros qu’un alto.
Rien à voir avec un violoncelle.
Et, après les applaudissement d’usage, dans un excellent français, le Flamand se lança dans plus de 10 minutes d’invention (c’est la première des grandes parties de la rhétorique) annonçant : « Pour paraphraser mon compatriote Magritte, ceci est un violoncelle ».
Rires et messes basses dans la salle.
S’ensuivit un discours, 5 parties en tout, relatant la perspective historique de l’instrument.
La péroraison concluait, à partir de recoupements astucieux, que l’instrument qu’il arborait était sans doute la copie de celui pour lequel Bach avait composé.
Fruit de la recherche et de l’étude de centaines de peintures, de textes de l’époque décrivant le jeu.
Ce violoncelle-là se tient comme une guitare, une corde autour du cou, le manche vers le bas et se joue à la manière d’un violon.
Les doigtés tant redoutés des instrumentistes contraints, avec un violoncelle « normal », d’utiliser le pouce pour jouer certains enchaînements acrobatiques, deviennent alors évidents (le pouce mis à l’index à l’époque sert de nos jours à faire un pied de nez à l’histoire, comme ceci).
L'artiste et son instrument singulier en ont même fait résonner les tuyaux de l'orgue auquel ils tenaient tête, baissées.
L’heure qui a suivi a démontré de façon éloquente le propos, interrompu par la sonnerie d’un téléphone portable qui chantait un prélude … de Bach.

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