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Timeo danaos et donna ferentes - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Timeo danaos et donna ferentes [6e déc. 2006|03:56 pm]
RacReciR
Je relisais Astérix légionnaire quand je suis tombé inopinément sur la phrase-titre, servant de mot de passe pour accéder à une garnison fortifiée.
Cette maxime illustre ironiquement la légende de la ville de Troie, tombée à l'issue de 10 ans de siège infructueux par les Grecs (guerre et défaite annoncées par Cassandre).
C'était le prix caché du cadeau que les troyens avaient accepté; le cheval de bois, laissé en "offrande" par leurs assiégeants qui avaient feint la levée de siège.
J'ai ainsi réalisé (sans doute mes origines grecques-catholiques) que je ne savais pas recevoir un cadeau avec simplicité ni élégance et que cette posture était sans doute pénible pour mes interlocuteurs.
C'était donc le moins que je puisse faire que m'en expliquer, à défaut d'être en capacité de résoudre une quadrature de cercle.

Je sais offrir, donner et échanger (presque sans compter et sans calculer, un comble mais je ne suis pas à une incohérence près) mais je ne sais pas recevoir (et encore moins prendre) sans calculer le prix qu'il je vais devoir en acquitter.
Le prix englobant bien d'autres valeurs que de la monnaie sonnante et trébuchante dont je m'accommode sans peine du gain ou de la perte.

Une amie entretient des discussions soutenues sur le rapport entre l'intelligence et la confusion qu'elle ne manquent pas d'induire.
Elle en conclura sans doute qu'elles demeurent inévitables dans une relation où la confiance totale n'est pas établie.

Je me trouve, quant à moi, confronté à la question de la singularité, évoquée ailleurs sous forme de jeu d'esprit.
Comment aborder une nouvelle partie avec un nouveau joueur qui connaît votre stratégie de jeu, purement défensive ?
Laquelle stratégie est théoriquement perdante, parfois dès le premier coup avec, comme me le rappelait un autre ami, un risque directement proportionnel à l'intelligence du joueur.
Je fais toujours l'hypothèse que mon interlocuteur est plus intelligent que moi et prends généralement le temps d'analyser la nature de nos interactions.
Je reste donc sur ma réserve et ne m'engage pas tant que je n'ai pas établi un modèle que je juge satisfaisant de mon interlocuteur.
Il suffirait souvent qu'un drapeau blanc fût fiché sur un coin de table pour que je baisse la garde mais j'ai, statistiquement, rarement vu (de drapeau blanc ni)d'autres joueurs qui ne jouassent pas pour gagner. Juste pour le plaisir du jeu et de l'intensité des échanges.

Supposons, pour illustrer par un cas d'école, qu'un inconnu que je croise dans la rue ou dans une rame de métro (tiens, on dirait une pub) et me tende un lingot d'or : "Tiens, c'est cadeau ! Je suis d'humeur faste et je procède à une distribution d'or pour faire briller les beaux yeux des gens qui croisent mon chemin".
Cette situation ne m'étant jamais arrivée dans le réel, je ne peux vous certifier ma réaction.
Je peux juste l'imaginer théoriquement ex nihilo.
Un refus poli ou, si je suis d'humeur joueuse, un interrogatoire en règle du généreux donateur pour m'assurer qu'il n'y a pas d'hameçon au bout de la ligne.

C'est là que les probabilités rentrent en jeu.
Chacun ses statistiques.
Rien, à part mon expérience personnelle, ne prouve en effet que mon interlocuteur n'est pas aussi altruiste qu'il l'annonce et je peux imaginer que la suspiscion que j'exprimerais ainsi fût insultante.
J'exclus bien entendu entourage proche et amis de cette proposition, pour lesquels je ne compte ni dans un sens ni dans l'autre,
Il serait naïf de croire cependant que notre bonne étoile nous évite spontanément la rencontre d'un nombre certain de prédateurs et de fous dangereux dont il est raisonnable de se préserver.
Croiser leur chemin garantit de payer le cadeau (hameçon) de bienvenue au centuple du prix.
Parfois une dette à vie.

Philosophiquement, par principe donc, l'humaniste que je me prétends être persiste, en dépit des statistiques défavorables, à refuser d'englober le premier venu dans le même sac (la mare aux crocos) où se trouvent tous les prédateurs croisés jusqu'ici. Ce serait rien de moins que du racisme poussé à son comble doublé d'un complexe de supériorité/infériorité qu'il faudrait traiter par ailleurs.

Je pourrais donc éventuellement accepter un cadeau d'un(e) inconnu(e) pour peu que je sois certain de le revoir pour l'en remercier. A défaut d'intuition de l'intention, je n'ai pas trouvé d'autre solution que de dire "non merci" et de m'excuser, sincèrement et courtoisement, de ne pouvoir accepter un cadeau dont la générosité honore son donateur.
Je prends, me direz-vous, le risque de passer à côté de tas de lingots, doublé de surcroît d'un juron bien mérité.
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