A Blanc

Eurêka !

Je me prosterne devant l'Esprit éveillé de mon Maître, uni à Samanthabadra, le Bouddha originel .

J'ai compris l'enseignement de Garab Dorje (les 3 mots qui frappent, et comment !) il y a quelques minutes, relisant le commentaire de Patrul Rinpoché (que j'avais pourtant lu moult fois. Comme quoi, le mûrissement prend un certain temps pour se faire).
1- être présenté à l'état naturel
2- acquérir la certitude de cet état
3- demeurer dans cet état (en permanence), confiant dans l'auto-libération.

En fait, quand on est présenté à l'EN, c'est comme si l'on lançait un câble vers l'au-delà. Pas le paradis, ad patres ou quelque autre Champs Elysées mais vers le dharmakaya.
Une fois installé dans cet état (qui n'en est pas un), les phénomènes peuvent advenir et se libérer sans poser de problème (il n'y a pas de sujet) : le câble est fermement arrimé au dharmakaya et constitue une "masse" qui dissout (auto-libère) tous les phénomènes.
Si le yogi maintient cette "méditation" (qui n'en est pas une puisque c'est juste la reconnaissance de l'EN où il n'y a rien à faire) en continuité (c'est ce que veut dire tantra : continuité), 24h/24, alors la boîte à malice - la base de tout - finit par se vider (elle se dissout dans le dharmakaya).

Le problème est que le yogi débutant est incapable de maintenir cette vigilance 24h/24.
Tant qu'il n'a pas compris l'objectif de continuité, il va "pratiquer" par intermittence et, forcément, le "câble" est régulièrement rompu.
Une fois rompu, le karma s'accumule à nouveau - puisque la "méditation" n'est plus reliée à la "masse" du dharmakaya - jusqu'à la prochaine accroche.

Je fais l'hypothèse, au point où j'en suis, qu'avec une certaine pratique régulière (un nombre d'heures de vol) et, surtout, cette compréhension de l'objectif final, objet du 2è point de l'enseignement de Garab Dorjé, la "méditation" finit un moment par bootstrapper (s'amorcer en bon français). C'est-à-dire que le samboghakaya, le déploiement du dharmakaya, son jeu, se développe tout en gardant automatiquement et simultanément le câble bien arrimé au dharmakaya. C'est la deuxième vision de Thögal.
Quoi qu'il advienne, à partir de ce moment (qui est bien posé dans le temps du pratiquant), les phénomènes s'élèvent et se dissolvent dans la sphère unique sans qu'il n'y ait volonté de maintenir la vigilance.
C'est ce que CDR expliquait en disant "le rappel est mangé par rigpa". La troisième vision.
Quand ce dernier repas - la Cène - advient, il n'y a plus rien à faire (de chez rien à faire).
Selon la qualité du yogi (son karma), la base de tout se dissout instantanément (éveil subit, tout va à la masse intantanément) ou met un certain temps (pouvant aller jusqu'à sa mort et même au-delà).
Jusqu'à l'extinction des phénomènes. La quatrième vision de Thögal.

Ce qui est certain, c'est qu'une fois la certitude de cette compréhension installée, la suite n'est plus qu'une question de temps.
Il ne viendrait pas à l'idée du plus grand imbécile, fût-il dans le bardo de la mort, de ne pas lancer la corde "au-delà", d'attendre qu'elle soit fermement attachée puis, à la force du poignet (celui qui égrène le mala) passer dans le miroir, devenir le miroir.
C'est tellement simple à réaliser que c'en est à pleurer tant c'est difficile.

Puissent tous les êtres réaliser ces 3 points et se libérer dans le dharmakaya.
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    silence
Petit Prince

Je fais le vide

Mon désir fait le vide autour de ‘moi’. C’est la création du vide. Celle de l’observateur.

C’est le désir de jouir qui conduit le monde à sa perte. Mon désir de jouir de la présence d’un objet. Au lieu d’en jouir simplement. Vouloir en mettre du ‘mien’.

On condamne la pensée judéo-chrétienne parce qu’elle condamnerait le plaisir. C’est faux. C’est une interprétation hérétique de la religion qui, en réalité, condamne le désir. Tout désir. Celui du plaisir aussi. Mais pas le plaisir en lui-même ! L’hérésie consistant à jeter le bébé ‘plaisir’ avec l’eau dans laquelle il baigne ; le ‘désir’. Comme si je devrais confesser comme péché un événement heureux qui m’adviendrait !

Il est important cependant que je reconnaisse le désir qui presque toujours accompagne mon plaisir. C’est lui qui est racine de tous les ennuis.

Quand il m’arrive quelque chose de bien dans la vie, je fais tout mon possible pour m’y accrocher. Et si cet objet vient à disparaître, je le chercherai dans toutes les circonstances qui vont s’ensuivre.

Je rate donc des opportunités tout à fait nouvelles en voulant faire revivre le passé. C’est la racine du désir. Celui de la renaissance. Car faire revivre le passé doit être VU comme une renaissance. Une réincarnation dans l’acception bouddhique.

Remplir le vide de désir. C’est le monde du Désir ! Un monde de destruction (djikten).

Il y a une suite - incalculable par essence - d’événements  positifs et négatifs, les ‘objets’ (matériel, émotionnel ou conceptuel) qui surgissent entre ma naissance et ma mort. A moins de croire en un dieu qui manipule ma vie, je n’ai donc aucune raison de penser qu’une force extérieure, magique, va perturber cet ordonnancement divin. En laissant le désir envahir mon espace-temps, ce désir prend de l’espace et donc du temps. C’est l’observateur qui pollue l’observation. Je rate donc des opportunités par manque de temps, par distraction.

Plus grave, en laissant cours à mon désir, je mets de l’huile sur le feu en alimentant le désir général. Celui du chacun pour soi qui va immanquablement mener ma vie (et celle des autres mais peu me chaut) à son extinction.

Pour couronner le tout, en y réfléchissant un tantinet, je n’ai aucun moyen de savoir que mon désir va créer un quelconque objet qui serait ‘supérieur’, en quantité ou qualité, par rapport à ceux qui se seraient spontanément présentés pendant le au cours de ma brève existence.

Vide, ça ne veut vraiment pas dire qu’il n’y a rien. Vide veut dire qu’il n’y a pas de réincarnation possible. Il y a d’un côté un perpétuel mouvement de création qui, par sa continuité, crée l’illusion du temps et de l’espace. Ce que j’appelle moi. Toutes les représentations, les concepts, les sentiments, les peurs et les plaisirs que je mets dans le mot ‘moi, ‘je’. De l’autre côté, celui que je qualifie d’absolu (sic puisque c’est ‘je’ qui le définit. C’est la dualité que ‘je’ crée par le désir de ‘moi’. Dans cet absolu tout relatif, il n’y a pas d’observateur. Il ne peut pas y en avoir hors du temps et de l’espace. Que ‘je’ occupe en totalité pendant ma vie.

C’est ce que l’absence de Dieu implique. La pensée est le yidam qui crée la dualité moi/autre selon les bouddhistes.

Puissent tous les êtres réaliser joyeusement le vide qui fonde leur existence.

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    Bach: Jésus, que ma joie demeure
Petit Prince

Hic et nunc

Le rêve et le bardo de la mort ont une importante propriété commune. Qui doit faire l'objet de reconnaissance avant d'être entraînée.

Ici et maintenant. Dans le rêve, c'est ici et maintenant. Pas de place pour le mental qui est profondément endormi. Pour réaliser la vacuité du rêve, il est donc important que cette réalisation ait déjà été effectuée au niveau "éveillé". Pas une compréhension. Réalisation.

Il existe cependant des rêves oniriques où l'inconscient parle au conscient endormi. La réalisation du rêve est alors possible. Il faut cependant avoir un sacré karma pour pouvoir bénéficier d'une présentation de l'Etat Naturel dans le bardo du rêve.

Puissent tous les êtres réaliser la vacuité de l'état "éveillé".

Petit Prince

chemin du baroque

A tempo.
...ce moment baroque où, voulant prendre des nouvelles et espérant un message d'un ami perdu de vue, sur le seul canal disponible d'un réseau social (sic), vous tombez du canal dans la rivière, thème de la fugue improvisée à votre demande et où vous avez manifestement été remplacé au pied levé.
Vous notez aussi que l'icône représentant votre ami montre désormais sa photo souriant en charmante compagnie...
Une voix supplémentaire. Message reçu.
Vous rompez le canal, détruisez ensuite ce message que vous ciseliez il y a quelques secondes encore et, rassuré de sa bonne santé physique et morale, chantez le silence.
A capella.
C'était il y a longtemps.
Petit Prince

Intro-version (leçon n°1 : comment rater un rendez-vous)

Au lendemain d'une dispute animée, un ami m'a demandé de lui montrer à quel point je tenais à notre amitié et a suggéré de procéder à un échange de gages pour sceller notre réconciliation.
J'ai accepté bien qu'il me semblât avoir déjà donné sans compter tous les gages possibles : temps, attention, disponibilité, soutien moral, soins, chauffeur, livreur, cuisinier, coiffeur, compagnon, convive, hôte, invité...
Rien d'extraordinaire en soi pour un ami, mais qui auraient dû me mettre à l'abri d'un tel soupçon.

Notre amitié mise en jeu au cours de cette dispute méditerranéenne (à la Pagnol), j'ai cependant rapidement convenu qu'un échange de gages ne pourrait que renforcer notre relation encore jeune.

En échange de mon soutien à ses projets, j'obtins ainsi en gage la promesse d'un nombre de jokers et de rendez-vous jusqu'à une date anniversaire.
Nous n'avions manifestement pas les cartes d'un même jeu...ni le même calendrier.

J'avais proposé la date de notre rencontre qui marque aussi l'anniversaire de mon ami...Et c'est le souvenir de notre premier échange de présents d'amitié qu'il a choisi de célébrer.
Plus de 40 jours entre les deux dates. Vous parlez d'une traversée du désert de 100 jours !

Rendez-vous raté donc. Magistralement.
Le sac était près de la porte et je rêvais de ce cadeau-rendez-vous depuis de longs mois.
Il eût pourtant suffi d'un appel ou d'un message amical la veille, un simple rappel, «bonne nuit, à demain» ou « à quelle heure se retrouve-t-on demain ? » pour qu'on prît le même train.

Il s'est non seulement trompé de date mais aussi de cadeau.
Il a manqué me proposer celui qu'il voulait s'offrir !

Moi, c'était une boîte d'un excellent chocolat belge.
Nous l'avions dégustée pendant plusieurs semaines. Un à la fois, en le laissant lentement fondre sous la langue. Un très bon souvenir, manifestement partagé par mon ami cette année aussi, mais dans un autre registre.
Les souvenirs communs scellent ainsi une amitié en dépit des différentes perceptions.

Une illustration, s'il en fallait, des quiproquos qui s'installent entre personnes qui tissent des liens, fussent-ils intimes.

Cet ami se moque d'ailleurs régulièrement de ma cognition au vu de mon indisputable talent à entendre et me faire entendre de travers.
Je partage volontiers ses moqueries tant j'ai le don de susciter la réaction opposée à mon intention quand il s'agit de mon intérêt personnel. C'est sans doute de là que je tiens mon redoutable sens de l'orientation.

Je suis en effet capable de me perdre en suivant les indications d'un gps. C'est dire la tare ! Je comprends que ça finisse par agacer mais je ne fais pas exprès, je me perds avec bonne volonté.
Une opportunité pour une rencontre dans un chemin de traverse.
Parfois une rose, un renard ou alors un habitant d'une autre galaxie...

Je vais me fier aux étoiles cette fois-ci plutôt qu'au gps. La localisation n'est pas toujours fiable, j'en ai aussi fait les frais. C'est le moment où la fugue a basculé...
C'est encore la faute des Américains !

«Occidental désorienté», c'est le surnom dont m'a jadis affublé un ami d'enfance, un autre introverti.

Bien vu !
Iris

Fugue d'outre-tombe


Neuf ans aujourd'hui que ma mère est morte. Eh oui ! Encore un 14 ! Novembre 2007. Le matin de la dernière grande grève de la RATP.

J’ai d’autant mieux accepté le départ de ma mère qu’elle était malade depuis plus de vingt ans et que je sais l’avoir accompagnée de mon mieux pendant ces années-là et encore plus ses dernières semaines où je n’ai pas quitté son chevet jusqu’à son dernier souffle.
L’ironie de la vie, le karma, ayant voulu qu’elle mourût comme elle était née.
Ma mère craignait par dessus tout la noyade. Elle s’était en effet noyée à sa naissance dans le liquide amniotique et le médecin l'avait ranimée de justesse. Elle avait gardé de cette entrée en scène dans le grand monde une phobie instinctive.
68 ans 5 mois et 25 jours plus tard il a fallu, selon ses voeux, que je demandasse au médecin qui la suivait de mettre un terme à l’acharnement médical. Les dialyses dont dépendaient sa vie ont donc été arrêtées en même temps que les autres soins. Et, pendant dix jours, l’eau qui aurait dû être évacuée par les urines ou par la dialyse s’est accumulée dans son corps pour finalement envahir ses poumons les dernières 24 heures.
Elle est donc morte noyée ... dans son lit d’hôpital. Ma soeur et moi à son chevet impuissants, l’entendant prendre ses derniers souffles chaque 30-40 secondes comme une apnéiste qui remonterait à la surface…
Jusqu’au grand silence.

Je sais qu’il y en a qui croient au hasard. Pas moi ! J'ai une excellente mémoire, photographique de surcroît, et je finis par reconstituer les liens, même si c'est souvent avec un temps de retard.
Le hasard n’est qu'un faisceau de causes qu’on ignore ou qui sont hors de portée de notre cognition (ce qui revient au même).
La différence entre croire au hasard et accepter son ignorance pourrait sembler tétraphyloctomique (relevant de l’art de couper un cheveu en quatre :). Il n’en demeure pas moins qu’il y a une grande différence philosophique entre ces deux points de vue : accepter.

SI l’on croit au hasard
ALORS il n’y a pas besoin de causes et de conséquences. C’est comme ça mon bon monsieur. Pas de chance ! On passe sa vie à se lamenter contre les coups du sort qu'on n'accepte pas et à envier son voisin et l’herbe plus verte du jardin d’à côté.

En revanche,
SI l’on est persuadé que tout ce qui est vécu provient de causes auxquelles on a contribué (fussent-elles au delà de la perception individuelle)
ALORS on prend un luxe de précautions dans l'accomplissement de ses actions puisque le fruit de ses actions fera forcément partie de causes d’événements (heureux ou pas) ultérieurs.

Pour les bouddhistes, cette deuxième alternative constitue le karma (action en tibétain). L’enchaînement inexorable de liens de causes à effets. On récolte tous les jours les fruits des graines qu’on a semées, parfois dans cette vie-ci (ou dans les précédentes).
Et le boy-jardinier-...-bouddhiste-amateur que je suis sais, qu’en fonction des essences, il y a des plants qui donnent leur fruit au bout de quelques mois alors que d’autres nécessitent plusieurs années avant d’arriver à maturation.

D’où l’importance d’accepter !
Au moment de récolter le fruit, il ne sert plus à rien de se féliciter ou de déplorer. La graine - les causes - a été mise en terre depuis longtemps, les circonstances (temps, ensoleillement, pluviométrie, etc.) ont assuré la croissance du plant et aujourd’hui le fruit arrive à maturité.
Il n’y a donc pas d’autre choix que d'accepter ce qui est là.
Aucune approbation n’est nécessaire à ce niveau. Il suffit juste d'acter qu'il est là.
La précaution que prend une personne raisonnable si le fruit s’avère amer, est de s’assurer qu’elle ne disperse pas de nouvelles graines qui finiront inexorablement par produire d’autres fruits tout au moins aussi amers.

Ce billet, qui marque le point final d’une longue série maintenant, célèbre aussi le deuil d’une grande passion. Celle d'un ami de coeur, qui s’est elle aussi noyée il y a quelques semaines dans la rivière Dordogne (oh ?!  Une anacoluthe :)
Je demeure éploré et ô combien inconsolable de cette perte mais cependant ferme et résolu.
J’ai découvert grâce à (ou plutôt en dépit de) cette passion la plénitude d’une relation exclusive pendant ces longs mois, ce qui ne m’était jamais arrivé. J’ai aussi vécu et ressenti (à défaut de partager) les sentiments parmi les plus intenses de ma longue existence et, paradoxalement, je ne me suis jamais autant trompé dans une « relation structurante ».
Il manquait manifestement à mon répertoire le rôle de Cassandre dont je me serais bien passé.
Des souvenirs douloureux et des opportunités ratées donc mais beaucoup de bons moments et, me connaissant, je ne garderai que ces derniers et laisserai la Dordogne et le temps emporter les autres.

Pour lever toute ambiguïté, au cas improbable où ce billet te parviendrait outre-tombe, la balle n’est plus dans mon camp depuis belle lurette et je n'ai pas d'autre choix que d'attendre que tu sois honnête et mettes ton orgueil de côté (je suis assis sur le mien). Il ne m’est pas possible d’envisager de t’adresser la parole sans avoir reçu des excuses sincères pour la journée du 14 avril, où tu as allumé la mèche de la machine infernale (littéralement) que tu as construite, mise en branle et qui a provoqué la destruction de notre relation, avec un feu d'artifices de violence au 14 juillet.
Si elles sont sincères, je les accepterai. Je pourrai alors m'excuser aussi. Nous pourrons ensuite tomber dans les bras l’un de l’autre (c'est ce qui me manque le plus), prendre un café, aller promener le chien, regarder un film, faire un câlin ... bref construire autre chose.
TPAMPM

Cela fait donc 9 ans que ma mère est morte.
Elle me manque tous les jours mais j'ai accepté son absence plusieurs mois avant qu'elle ait rendu son dernier souffle.
C'est pareil ici.
J'ai toujours honoré ma parole quelles que fussent les circonstances.
Je m'étais accordé une apnée il y a quelques mois. J'ai repris mon souffle mes esprits depuis.
Une fugue de plus.
Le thème était imposé cette fois-ci : « Laisse les morts ensevelir leurs morts » (Luc 9:60).
Une improvisation chaotique.
Allez trouver, à bout de souffle, l'inspiration !

«Parce que même si l’ange perd la plupart du temps, il y a toujours une chance que l’ange gagne».
Petit Prince

Sol lucet omnibus

On a peu de chances d’être déçu ou trahi en ourdissant les plans qui mènent au pire. Le pire est tellement plus rassurant !

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est une thérapie brève, validée scientifiquement, qui vise à remplacer les idées négatives et les comportements inadaptés par des pensées et des réactions en adéquation avec la réalité.

La principale difficulté n’est cependant pas dans la thérapie qui a fait ses preuves. C’est d’amener celui qui pourrait en bénéficier à accepter qu’il peut changer et pour le meilleur.
L’habitude du pire fait en effet tellement partie de l’ordinaire qu’une peur panique s’installe généralement chez le sujet à l’idée qu’il est possible de vivre autrement et mieux. La peur de l'inconnu !

Comment en effet convaincre un être cabossé par une longue série de déconvenues qu’il est l’acteur des malheurs qui émaillent sa vie ? Et que les autres ne font que lui donner la réplique dans un scénario qu'il a lui-même écrit !
Qu’il ne dépend donc que de lui d’y mettre un terme “ici et maintenant” et reconnaître que ses idées négatives et comportements inadaptés sont la principale source du mal qu’il s’inflige (et, accessoirement, inflige à ceux qui lui sont chers, qu’il entraîne dans le cercle vicieux dans lequel il s’est enfermé).

Il est impossible d’imaginer le coût personnel qu’implique cette reconnaissance. Comment ? En plus d’avoir été victime des innombrables épisodes malheureux de sa vie, on en serait l’acteur et l’instigateur ? Cela nécessite un sacré courage ! Auquel il faut ensuite ajouter la volonté de s’en sortir.
Deux écueils auxquels sont confrontées la plupart des personnes dont le bien-être relèverait d’une TCC. Le moteur morbide fonctionne en effet depuis de si nombreuses années avec une efficacité si redoutable et si bien rodée, les idées négatives sont tellement enracinées dans le quotidien que la panique est la réponse-réflexe à l’idée d’en être brutalement privé.

Il ne servirait donc à rien de forcer le sevrage, à supposer que cela fût possible. Encore moins d'extorquer une promesse de soin ! Ce n’est que par une prise de conscience personnelle qu’un terme peut être mis à cette addiction, car c'en est une comme les autres (à la différence de l'amitié ou de l'amour qui forcent le respect).

Il faut d’abord se regarder dans un miroir, voir ces verres fumés qui colorent tout de noir, les enlever (ou se faire aider pour les enlever, c'est l'objet de la TCC) puis accepter de contempler le bleu du ciel et laisser filer le petit nuage qui pourrait menacer de porter de l’ombre à la lumière et qui finira par s'en aller de lui-même.

De la volonté. Et du courage.

Sol lucet omnibus (le soleil luit partout).
Ce n’est pas dans les bas-fonds qu’on a une chance de le réaliser.
Il faut accepter de se découvrir et risquer (un peu) sa peau.
Petit Prince

La confiance se perd mais ne se gagne pas.

J’ai déjà traité de la question de confiance il y a quelques années dans le cadre du médecin-esclave et son royal patient. Ma conclusion de l'époque était manifestement optimiste et probablement fausse dans une grande majorité de cas :

“ Si le médecin(-esclave) détecte que la question (de confiance) est posée (après les premières interactions), il doit donc quitter la partie ou la gagner (la confiance ou la partie).”

Fort d’années d’expérience de plus, je reformulerais la conclusion ainsi :
“ Si le médecin-esclave détecte que la question de confiance est posée après les premières interactions, il doit impérativement quitter la partie.”

S'il est loisible et même recommandé de tester la confiance, il est en effet impossible de la (re)gagner. Tous les mots d'amitié et d'affection sont ambigus et suspects et les actes, aussi sincères soient-ils, laissent toujours possible l'interrogation quant à un cadeau empoisonné ou des calculs à long terme.
Et comme il n'y a pas d'autre façon de témoigner son amitié (et la confiance afférente) qu'en paroles et dans les actes, la partie est perdue avant même d'avoir commencé.

J’ai ainsi fait la connaissance récente d’un “ami” qui, en préambule à notre interaction, a fait part de son absence de confiance a priori dans ses relations interpersonnelles. Cet a priori étant le fruit de nombreuses trahisons vécues et commises dans son long parcours.

C’est, paradoxalement et je lui en sais gré, la seule interaction honnête, réellement amicale, qu’il m’ait manifestée. A la crétoise !
Et, forcément, quand on est habitué à tromper et se faire tromper, la question de confiance ne se pose plus. L’interaction n’est perçue que par le prisme exclusif de la prédation : on est soit prédateur soit la proie d’un prédateur.
Tous les mots échangés sont faux et ne servent qu’à endormir la méfiance de l’adversaire (c’est la perception exacte de l’ami) et les actes trompeurs puisque dictés par de sombres manigances (autre terme pour "manipulations").
Un jeu d’échec(s) où tous les coups sont permis. Pourvu que l’on gagne la partie. Coûte que coûte. En planifiant ses chausse-trappes plusieurs coups, plusieurs mois, à l’avance. Dès la première interaction en fait !
Il n’y a donc aucun noyau, aucune base sur laquelle pourrait se greffer une quelconque relation de confiance. Seul le rapport de force est connu, établi et respecté.
Un échec couru d'avance donc. Calculé.
... Cest ainsi que je me suis échiné à faire le bouche-à-bouche pendant de longs mois pour tenter de donner vie à une amitié mort-née, sans que je le susse !

La confiance est comme un vase de cristal. Transparente et fragile.
Elle est apportée à la relation a priori. La lumière d’une interaction exigeante mais honnête.
La relation est alors engagée sous des auspices bienveillants et lumineux.

La confiance ne se gagne pas. Elle ne peut que se perdre !
Une fois le vase brisé, il n’est pas possible de le réparer...à moins de fondre les débris et de fabriquer un nouveau vase.
Mais il faut le vouloir.
De part et d'autre.

“Certainement le tyran n'aime jamais, et n'est jamais aimé. L'amitié est un nom sacré, une chose sainte. Elle n'existe qu'entre gens de bien. Elle naît d'une mutuelle estime et s'entretient moins par les bienfaits que par l'honnêteté. Ce qui rend un ami sûr de l'autre, c'est la connaissance de son intégrité. Il en a pour garants son bon naturel, sa fidélité, sa constance.
Il ne peut y avoir d'amitié là où se trouvent la cruauté, la déloyauté, l'injustice. Entre méchants, lorsqu'ils s'assemblent, c'est un complot et non une société. Ils ne s'aiment pas mais se craignent. Ils ne sont pas amis, mais complices.”


Etienne de la Boétie : Discours de la servitude volontaire.
ricercar à 7 voix

La culture du « Je » d'Échec

J'ai longtemps joué aux échecs avant de réaliser ne pas y prendre du plaisir bien que j'eusse pu y prétendre à une certaine maîtrise.
Je m'en suis expliqué ici il y a de nombreuses années.
J'ai ainsi passé des centaines d'heures, sous les bombes du Liban, à analyser mon ouverture favorite : la sicilienne et, notamment, sa variante du dragon.
Je n'ai toujours pas changé d'avis et pratique désormais l'Art de la fugue en amateur éclairé.

Pizza donc ce soir.
C'est moi qui la prépare.
Comme d'habitude.
Oui, je fais toujours les choses avec amour...ou je ne les fais pas.

Si on n'aime pas, autant prendre du surgelé, sous cellophane !
Ça m'est arrivé récemment et ce n'est franchement pas bon.
Alors qu'il suffit de consacrer 14mn à la préparer.
Quasiment au même prix.
Je sais de quoi je parle, je prends aussi le temps d'aller faire les courses moi-même. Même si je dois traverser la région de part en part...
Le prix temps de l'amour en réalité, le reste n'est que du sport.

...Et j'avais manifestement mal surestimé le niveau de jeu et l'esprit de compétition de mon compagnon-partenaire.
Il a quitté l'échiquier après que je l'ai surpris en train de tricher grossièrement comme à son accoutumée.
A peine avais-je le dos tourné que la rivière (Bach en allemand) l'avait emporté !
Faisant donc le choix d'abandonner une fois de plus - tricher encore une fois - plutôt que reconnaître ses erreurs initiales et s'excuser.

...Quitte à abandonner ensuite, ce que je déplorerais puisque j'aime encore, certes, mais pas jouer pour gagner ni pour perdre, au cas où je ne l'aurais pas dit.
Dans les règles.
En couchant son roi...et en serrant la main de son partenaire à défaut de le prendre dans ses bras (même si c'est ce qui me manque le plus).

Bel esprit sportif !
Petit Prince

Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course des rimes

boa ayant avalé un dragonJe vais vous confier un secret.

La plupart des Enseignements (Majuscule) sont protégés et leur compréhension rendue impossible pour qui n’y est pas prêt.

Je ne vais pas épiloguer ici sur la nature et l’essence des Protecteurs. Plus le contenu d’un texte est Complet, plus grande est sa protection et plus nombreux sont les obstables à son dévoilement.
L’ironie de la chose est que ces textes sont offerts comme dans une grande bibliothèque publique que personne ou presque ne fréquenterait : offerts et accessibles au commun des mortels. Seuls les textes du grand véhicule restent réellement interdits d’accès à ceux qui n’en auraient pas reçu la transmission.


Le secret résidant donc dans le hasard d'une rencontre puis dans le niveau de lecture et l'implication personnelle du lecteur à donner un second souffle aux mots que son esprit (étymologie: souffle) découvrirait (oui, c'est un conditionnel).


J’ai ainsi un tout petit héros dans la peau dont je recommande parfois la lecture éponyme au quidam qui croise mon chemin de bohème et me fait l'amitié d'un brin de compagnie (étymologie: bohème = "hors normes" et compagnie="avec qui on partage le pain"). J’observe alors l'esprit qui accompagne cette lecture ... cela d'autant plus près qu'il assure avoir gardé son âme d'enfant... et en tire généralement un enseignement précieux quant à ce qu'il tient pour vrai et sérieux.
Enfant ou adulte ennuyeux ?


C’est ainsi que le lecteur qui tomberait sur un des livres les plus connus (à défaut d'être lu) au monde, "Le Petit Prince" d’Antoine de Saint Exupéry, est tenté de s’en saisir comme d'un conte pour enfants dont l'auteur fait d'ailleurs l'apologie en dédicace : "A Léon Werth quand il était petit garçon".
Illustré naïvement par l’auteur qui parle à la première personne du singulier. C'est la place que doit occuper le lecteur quand il/je dresse un ensemble de tableaux de personnages plus ou moins farfelus - depuis l'astronome turc au businessman s'
appropriant les étoiles qu'il compte toute sa vie, en passant par le singulier allumeur de reverbère (ch 14) - un récit métaphorique au singulier, comme la découverte exigeante de l'amitié : la rencontre avec le renard qui forme un parfait miroir avec la rencontre initiale du pilote et du petit prince.

Une mise en abyme. Une cascade en réalité !

La 7ème planète fut donc la Terre.

Notre lecteur bêta lambda, celui qui a perdu depuis longtemps son âme d'enfant, va donc survoler les lignes d’un oeil distrait, déflorer les différents personnages et, une fois son ouvrage terminé, le déposer avec la conscience (sic) du devoir accompli : « Au suivant ! »


Bien qu’il ait été confisqué par les marchands du Temple qui l’ont prostitué et transformé en une foultitude d'objets de consommation courante, ce n’est pourtant pas par hasard que ce livre fait partie des textes les plus lus et les plus traduits du monde. Le récit philosophique est d’une Grande Complétude ! Il accompagne depuis plus d’un demi-siècle des générations qui l’ont découvert enfants et qui continuent, en dépit de toutes les putasseries qui l’entourent, à faire le tri entre le bon grain - le texte et les illustrations vivants - et l’ivraie - tout le reste.

Ce livre seul résume le Tout. Chacune de ses lectures ouvre un univers différent. Chaque phrase, chaque récit est perçu différemment par le lecteur au cours du temps qui égrène sa vie.

C’est ainsi, qu’ayant accompagné ce petit prince plusieurs centaines de fois dans nos périgrinations pour retrouver sa rose, chaque lecture est l’opportunité d’une nouvelle compréhension qui jaillit. C’est l’interaction du texte avec le “ici et maintenant” qui fait émerger un ensemble d’images et de pensées qui forment l’Enseignement, secret, que recèle ce livre.
Un Enseignement toujours pertinent et toujours différent puisque vivant.

C’est ainsi que le secret est porté caché en pleine lumière (sic) !

A en aveugler les papillons perdus dans leurs songes - s'enivrer le temps d'un soupir.

Chaque lecture “spirituelle” prête, quant à elle, vie à une nouvelle histoire qui résonne en fonction de chacun de ses lecteurs.


Peu de textes possèdent ce pouvoir magique de se métamorphorser le temps de leur lecture. Il faut cependant pour cela que le lecteur y mette du sien ("souffler" un peu) pour, qu'en interaction avec les mots, émerge un éphémère, unique fruit de cette passion union.

Pour le béotien, l'ayant résolument réifié, Le Petit Prince reste l’objet plat et inanimé fidèle à sa perception rationnelle : un ensemble de jolis mots creux, souvent insensés.

"... ni des perles jetées devant les pourceaux" (Matthieu 7:6).

On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux.

Il n’est donc de pire aveugle que celui qui retient son souffle et se re-tranche (le coeur) de peur d’être touché.

Autant mourir tout de suite !


...un pied près de mon coeur !

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    Bach : Variations Goldberg (Glenn Gould of course)