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Début des suites par Jérôme Pernoo - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Début des suites par Jérôme Pernoo [13e jan. 2007|12:24 pm]
RacReciR
[Ecoute |Gabrielli - Ricercare n°5 pour violoncelle]

Je suis décidément <*>.
Encore un concert lumineux, magique.
Un moment et un endroit où je ne m'attendais pas à être autant surpris.
Sur un chemin que je pensais connaître, un univers insoupconné s'est révélé.
Les suites pour violoncelle de Bach.
J'avais entendu les 3 premières jouée par Kuijken il y a quelques semaines sur un violoncelle baroque "reconstitué" et j'en ai dit le plus grand bien que j'en pensais.

Hier soir avait lieu la suite des suites.
Les 3 dernières, jouées par Jérome Pernoo que je voyais et entendais pour la première fois.
Sur un violoncelle baroque tenu de façon moderne, cad entre les jambes.
Un récital où, a priori, je ne m'attendais pas à tant apprendre.
Je me préparais donc à comparer comparer cette posture par rapport à celle que Kuijken avait démontrée quelques semaines auparavant.

C'est, éperdu aux premières notes du prélude de cette 4è suite, que j'ai compris que la soirée serait intense.
Jérôme Pernoo a en effet exposé l'ensemble des voix (l'enregistrement est épuisé) qu'il entendait dans ces suites en séparant les timbres dans un espace sonore et temporel que je n'avais pas entendu auparavant.
Une magnifique bouteille de Klein que je n'avais pas perçue avant ce jour, en dépit des centaines d'heures d'écoute de ces suites par les plus "grands" violoncellistes (j'ai, ce matin, réécouté un CD vanté par tous les critiques, où ces voix sont totalement inaudibles et doivent être perçues de tête uniquement).

Un violoncelle est un gros violon qui comporte 4 cordes accordées par quintes successives : do (grave), sol, ré et la.
C'est le glissement de l'archet contre une ou plusieurs cordes qui produit le son.
Cet instrument est communément pensé monophonique bien qu'il soit mécaniquement possible d'y exprimer 3 voix bien distinctes.
Les cordes peuvent en effet être frottées 2 à 2, formant un choeur.
Il est donc possible d'exprimer la tessiture d'un instrument qui jouerait les cordes 1-2, 2-3, 3-4 et de composer des chants qui, en contrepoint, se parlent de choeur à choeur.
Une dimension supplémentaire, le temps, est plus difficile à mettre en relief au violoncelle, .
C'est là où le talent de l'artiste s'est le plus magnifiquement exprimé pendant plus d'une heure de récital magistral.

Il est en effet impossible, mécaniquement, de faire chanter les choeurs 1-2 et 3-4 simultanément, par exemple (l'archet ne peut pas couvrir cette amplitude d'un seul geste).
C'est donc tantôt l'un tantôt l'autre qui parle.

Les règles de préséance et le tour de parole de chacune de ces voix constituent un contrepoint temporel qu'il est nécessaire d'entendre et de décoder si on veut saisir quelques bribes de la pensée du compositeur.
Les suites de Bach sont en effet chacune composée de 7 petits morceaux qui, s'enchaînant, forment la suite.
6 x 7 = 42 signe l'oeuvre une première fois.
Bach ayant systématiquement indiqué une reprise sauf pour les préludes, chacun de ces petites pièces se joue deux fois.
Jusqu'ici, il arrivait souvent que j'entendisse 2 fois la même chose à quelques nuances près.
Le récital d'hier soir m'a montré qu'il pouvait en être autrement.
Le temps, dimension intégrée du contrepoint.
J'ai rapidement arrêté de compter le nombre de figures différentes que Jérôme a exposées, il y avait mieux à faire à ce moment-là.
J'en ai illustré une, aléatoire, il y en a des dizaines.

Ces suites (la superposition des spires) ordonnent ainsi l'arrangement temporel des voix qui constitue une 4è dimension dont se joue Bach en contrepoint.
Jérôme Pernoo, a montré hier une pédagogie du violoncelle admirable.
Chance supplémentaire pour l'inverti que je suis, voir le spectacle d'un violoncelle de face me permet de m'immerger bien plus aisément dans la musique.
L'archet est en effet tenu par la main droite (ce qui correspond à la position canonique pour un droitier).
Le gaucher que je suis peux donc regarder et analyser les gestes des deux mains comme dans un miroir, sans avoir à procéder à une rotation mentale pour me mettre dans la peau de l'artiste. Je ressens donc les gestes tels que je les aurais effectués si d'aventure j'eusse caressé l'idée de jouer du violoncelle (il faudrait que je cherche pour cela un enseignement ainverti, pas question que je tienne l'archet, précision, de la main droite).

Il est des artistes qui laissent l'auditeur à une distance respectable en représentation.
Tel n'était pas le cas hier soir.
Jérôme est d'une générosité rermarquable et offre sa musique sans retenue ni arrière-pensée.
Il a conclu son récital, sous des applaudissements nourris, prolongés et mérités, par un contrepoint parfait.
3 bis : La sarabande de la 3è suite, la gigue de la 2è et le Prélude de la 1ère.

Etaient proposés à la sortie du concert et comme à l'accoutumée les enregistrements de l'artiste.
Et là, surprise, un seul CD de 2002, édité chez Ogam (une maison haut en couleur).

Les recherches de Jérôme Pernoo sur le répertoire ancien de son instrument l'ont amené à découvrir les plus anciennes pages pour violoncelle connues à ce jour, composées par deux maîtres et amis bolognais : Giovanni Battista degli Antonii (1660-1696) et Domenico Gabrielli (1659-1690).
Le CD que j'ai donc acquis se compose de 19 RiceRcaRe (d'où la surprise) : 12 d'Antonii et 7 de Gabrielli.
Je les écoute avec attention depuis hier soir.
Jérôme, dans le livret qu'il a rédigé, pense que ces ricercare ne peuvent pas avoir échappé à la curiosité de Bach qui, 30 ans plus tard, a tissé un premier contrepoint temporel avec ses amis italiens, dans ses suites pour violoncelles (le s est bien mérité).
Je veux bien le croire !
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