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Pièces froides - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Pièces froides [5e mar. 2005|12:28 am]
RacReciR
[Humeur |coldcold]
[Ecoute |Satie - 3 Danses de Travers]



Je n'ai pas eu de père. Je n'ai donc pas de sur-moi.
 
Une chance dont je me loue régulièrement.

C'est, cependant, comme tous les éléments structurants de ma vie, un événement aléatoire, tout à fait indépendant de ma volonté.
Un bête accident de voiture, survenu à l'âge où je découvrais l'école.

La voiture de ses rêves.
Il se rendait à Damas pour raisons professionnelles et, à la frontière libano-syrienne, a croisé un camion de l'armée syrienne qui l'a envoyé dans le ravin avec la Jaguar qu'il étrennait.
 
N'est pas Saint Paul qui veut !


C'est néanmoins cet accident qui me permet de me construire libre.

Enfant, j'ai donc rêvé de pères multiples, héroïques et tellement différents que je peux, sans contrainte, me projeter dans n'importe lequel d'entre eux. Ou les combiner pour en produire une singularité.
Moi.


Panne sèche.
Pas d'inspiration. Rien.
La neige partout.
Le linceul blanc qui recouvre tout me met d'humeur lugubre.



"Le brouillard est froid, la bruyère est grise ;
Les troupeaux de bœufs vont aux abreuvoirs ;
La lune, sortant des nuages noirs,
Semble une clarté qui vient par surprise.

Je ne sais plus quand, je ne sais plus où,
Maître Yvon soufflait dans son biniou..."

Victor Hugo, 5 août 1859


Moi, c'est le piano.
Je n'aime pas la neige. Je n'aime pas le froid.
Je suis un enfant du soleil.

Je me suis attelé aux danses de travers de Satie.
Sous-titrées "Pièces froides" ou "Airs à faire fuir" . C'est de circonstance.
Il s'agissait, pour moi, de jouer le jeu. Lugubre.
Ma professeur a décrété, à juste titre, que ma lecture d'une partition est lacunaire et en décalage important avec mon jeu. Nous en avons conclu que des exercices réguliers de déchiffrage devraient s'avérer efficaces.
J'ai donc sélectionné - avec attention - les danses de travers : elles couvrent d'argèges six octaves du piano et ce, pendant sept pages sans qu'aucune barre de mesure ne vienne inter-rompre le pas. 
Difficiles à apprendre par coeur (ce qui contrarie ma stratégie naturelle utilisée pour court-circuiter la lecture) et imposant un jeu étendu sur toutes les lignes des portées et toute l'amplitude du clavier.
Satie, facétieux, a imbriqué deux danses dans chacune de ses danses et l'indique au début par un sybillin "regarder à deux fois". La main gauche esquisse une danse et celle de droite une autre, en contrepoint.
Un paso doble, quoi !
 
Régulièrement, en croches qui égrennent trois danses, trois couleurs différentes, chantées avec toutes les harmonies majeures et mineures des arpèges consécutives.
La main gauche est particulièrement sollicitée. C'est elle qui marque le pas de danse.

Je devrais être capable de lire plus rapidement, une fois le dernier pas tracé sur les touches blanches et noires.
  1. 3 pas danseur de gauche, 2 pas danseur de droite.
  2. On recommence en décalé.
  3. On amplifie le mouvement.
Et voici trois danses lestement menées !


J'ai parfois, à la lecture, des lueurs de compréhension. Les tâches, par moments, s'effacent et jaillit la musique.

Il aura quand même fallu près de sept années.
Le monde de la musique est d'une complexité et d'une richesse telles qu'il est impossible de le réduire ou de l'exprimer par des entrelacs noirs portés sur des lignes.
Toute la dynamique et la structure sont à déduire et c'est ce qui fait l'objet du déchiffrage.
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