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Sans Domicile Fixe - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Sans Domicile Fixe [7e mar. 2005|08:25 pm]
RacReciR
[Humeur |embarrassedembarrassed]
[Ecoute |Bach - ricercar a 3]

Quel joli sigle SDF.
Notre belle société a même inventé un sigle pour finir de déshumaniser les rebuts qu'elle produit puis côtoie quotidiennement.
Toutes ces personnes qui, dans l'indifférence quasi-générale, sont Sans Domicile Fixe. Ca veut dire "à la rue".
SDF est l'acception politiquement correcte de "à la rue".
C'est tout de suite beaucoup plus acceptable pour la conscience d'un bourgeois. Fût-il bohème.

Vous ai-je déjà parlé de Clif ? Je ne pense pas. Je m'en souviendrais.
Clif est le SDF avec lequel j'ai pris l'habitude de discuter, trois fois par semaine, après lui avoir serré une main aux ongles endeuillés où j'égare un billet de quelques euros.
Oh, rien que de très banal, comme d'habitude.

Un SDF anglais (et quel accent !) à la rue depuis 1987 à la suite d'un divorce qui s'est mal passé. Sans doute encore une des avancées sociales de cette Europe dont on me rebat les oreilles et que je vois, lentement mais sûrement, enfourcher des moeurs moyennageuses.

Je n'ai pas compris les détails. Mon ami a en effet, en sus de son si charmant accent, une certaine lenteur dans l'élocution due à des cachets qu'il prend régulièrement.
En peine de compagnie à qui parler, il s'agrippe à moi comme la moule au bouchot afin de prolonger ce qui, je l'imagine, est une des rares occasions de socialiser et d'échanger des banalités.
Sauf que les siennes de banalités sont terribles.

En substitution d'une analyse, la fréquentation d'un SDF devrait permettre à toute personne de relativiser son histoire personnelle à des tarifs concurrentiels (sauf cas extrêmes bien entendu, mais là une analyse sera aussi inutile sans doute).

Clif m'a "rapidement" raconté son histoire : installé et marié en France. Habitant le 16ème et, patatras, le divorce qui, par un enchaînement sur lequel il est resté quelque peu confus, aboutit à la rue sans arme ni bagage.
Comme quoi on peut se retrouver plus vite que ce que l'on pense "à la rue".
Et dans l'indifférence générale.

Que voulez-vous ? Tout le monde n'a pas la chance de subir un tsunami.
La misère au coin de la rue n'intéresse pas beaucoup de monde.

Clif est donc un "professionnel" de la rue. Depuis 1987, il a accumulé une certaine expertise et démontré de réelles compétences de survie.
Il "se tape le cul" (c'est son expression) tous les jours à des endroits différents mais bien réguliers pour fidéliser sa clientèle.
Lundi, mercredi et vendredi devant l'entrée de la station de RER. Le mardi, jeudi et samedi aux différents marchés qui se tiennent aux trois coins de mon quartier et, le dimanche, jour du saigneur, devant le porche de l'église.
Un vrai métier que celui de SDF.
Réveil tous les matins à 5 heures !

C'est donc lundi, mercredi et vendredi (quand je ne fais pas l'école buissonnière) que je discute quelques minutes avec lui.
De longs monologues émaillés de quelques timides interventions de ma part.

C'est ainsi qu'il m'a indiqué ce matin avoir perdu la tente qui l'abritait ainsi qu'un de ses amis.
Une histoire, que comme d'habitude et par crainte d'être trop en retard à mon travail, j'ai eu du mal à comprendre.

Une histoire de tente plantée dans un terrain vague qui, après des semaines de tolérance par les indigènes (voisins, propriétaire du terrain, ... ?) fut suivie d'un coup de semonce et d'un démontage musclé avec quelques dégats collatéraux.

Clif y range ses maigres affaires : livres, vêtements, nourriture  et les quelques objets qu'il peut détenir.
C'est surtout l'endroit où il peut, sa journée de travail effectuée, se reposer dans un chaud relatif : des bougies et un bec de gaz assurant un chauffage de fortune en ce rude hiver.

Le voilà donc "à la rue", pardon je voulais dire SDF, avec une tente défoncée et moi avec ces événements portés à ma connaissance.

Que voulez-vous que je fasse ?
Oui, je pourrais continuer à vaquer à mes affaires, discuter avec lui trois fois par semaine, lui filer un billet puis rentrer dans mon pavillon douillet et me mettre au piano.
Des SDF, il y en a à tous les coins de rue, alors un de plus ou de moins...

Qu'il mourût ou qu'un beau désespoir alors le secourût...
Sauf que je sais qu'il n'a même plus le misérable toit de toile qui l'abrite ! Et que cette pensée me hante.

J'ai fait le tour de mes connaissances en quête d'une tente (familiale, cad 5x3 m) et, à en fin de journée, en suis toujours là.

J'ai la ferme intention de régler cette question avant la fin de la semaine coûte que coûte.
Je n'imagine même pas ce que peut être une semaine entière passée dehors. Alors 18 années ?
Brr.
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