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Les rats pas triés (à bon chat, bon rat) - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Les rats pas triés (à bon chat, bon rat) [16e fév. 2007|02:03 pm]
RacReciR
[Humeur |bitchybitchy]

J’ai assisté hier à une série de conférences passionnantes sur l’apprentissage.
J’essayerai d’en parler ici ou ailleurs quand j’aurai digéré ma semaine et rédigé le compte-rendu de la séance (désolé, je n’ai pas résisté à la permutation).
Un des conférenciers, une éthologue, a donc conté une histoire des rats que je m’en vais à mon tour vous narrer.

Rosenthal, chercheur à Harvard a, un beau jour de 1961, informé ses étudiants que leur laboratoire de recherche allait recevoir deux lots de rats provenant de l’université de Berkeley et soigneusement hybridés depuis plusieurs générations pour favoriser un trait particulier, l’intelligence.
Le premier lot était donc composé de rats spécifiquement croisés pour améliorer leur intelligence et le second lot de rats particulièrement débiles (les « smart » et les « dull »).
Le but de l’expérimentation étant de vérifier la part génétique de la « transmission » de cette (non) intelligence.
Il s’agissait donc de tester et de mesurer leurs facultés d’apprentissage (typiquement étudier la vitesse d’apprentissage et de navigation dans un labyrinthe).
Le jour dit, les rats débarquent au labo et Rosenthal les répartit auprès de ses étudiants : à chaque étudiant son rat. Les étudiants sachant de quelle sorte rat ils ont la « charge » selon un protocole bien déterminé.
Quelques semaines plus, les tests labyrinthiques effectués, les données traitées et vérifiées, les résultats ont confirmé l’hypothèse d’origine : les rats du lot « smart » étaient intelligents et les « dull » débiles.
… sauf que tous les rats provenaient directement de l’animalerie du coin de la rue et n’avaient aucune spécificité particulière à l’origine.

L’explication qu’en a donné Rosenthal apparaît évidente a posteriori :
Tous les étudiants qui avaient reçu un rat « smart » s’étaient investis affectivement. Ils parlaient à leur rat, l’encourageaient (« Vas-y Momo, tu vas y arriver ! »), le caressaient, l’entraînaient, etc. et venaient même le bichonner en dehors de l’expérimentation.
Le résultat ont été conformes aux attentes : les rats entraînés et entourés d’affection étaient mesurablement « intelligents » et surperformaient les épreuves.

Ceux qui ont hérité des « dull » ont, en revanche intégré a priori l’idée que le rat était débile et l’ont traité comme tel : entraînements protocolaires sans investissement affectif de la part de l’étudiant.
Le résultat, là aussi, était conforme aux attentes : les rats traités comme des débiles épousaient le comportement qu’on attendait d’eux. Il y a même eu des rats « dull » qui ont refusé de franchir la ligne de départ du labyrinthe.

La chercheuse a ensuite vanté les vertus de l'épouillage comme processus de réconciliation chez les grands singes (qui a amené à découvrir des processus identiques dans l'ensemble du règne animal).
Elle a conclu son exposé par l'histoire du cheval qui avait appris à calculer, j'y reviendrai ultérieurement.

Conclusion : s’il n’y a pas d’attente, on ne voit rien (ou encore, les attentes sont au cœur du processus d’apprentissage).
Rosenthal a, par la suite, étendu son propos des rats/étudiants aux enfants/enseignants mais ce n’était pas, ici, le mien.
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