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Coup de blues - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

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Coup de blues [18e mar. 2007|01:34 pm]
RacReciR
[Où suis-je ? |36è dessous]
[Humeur |coldblues]

Ma mère est sans doute en train de mourir.
Cela fait 20 ans qu'elle est insuffisante rénale et, à cela, semble s'ajouter une insuffisance hépatique qui, de chronique, semble évoluer vers une phase terminale.
Et, de rendez-vous médical en rendez-vous médical elle commence, en dépit du déni dans lequel elle s'est réfugiée, à réaliser que la science ne peut plus rien pour elle.
J'entends maintenant qu'elle commence à le réaliser et voit la fin approcher avec peur et douleur (elle souffre d'innombrables bobos).
Et ça la rend méchante.
D'habitude, la bonne poire que je suis mets ses piques diverses sur le compte de la maladresse ou de l'aigreur.
La succession de 3 vacheries en 3 jours m'a forcé à entériner l'hypothèse "méchanceté/bêtise" que défend ma soeur.


Première étape jeudi où elle m'appelle pour me dire qu'elle a confirmé un rendez-vous à l'hôpital le 22 mars (où je l'accompagne systématiquement pour contrôler le corps médical et m'assurer que ça ne dérape pas), jour même où le staff hépato-rénal se réunit à 19h30 pour discuter de son cas (parmi les autres cas aussi désespérés).
Je lui indique donc qu'il est peut-être inutile de se déplacer pour rendre une visite de courtoisie au médecin (qui n'aura aucune information pertinente à nous transmettre) et qu'il serait judicieux qu'elle reportât le rendez-vous à un jour ultérieur ... ce dont elle convint après une longue palabre entamée par "si tu ne veux pas venir, j'irai toute seule".
Je lui suggérai donc de déplacer cette visite au mois d'avril et, après avoir consulté mon agenda, lui précisai être à sa disposition tout le mois sauf le 17 où j'ai,
déjà fixé, un rendez-vous professionnel important.
... Et ne voilà-t-il pas qu'elle m'envoie un mail le soir même :
"hello darling,
comme tu me l'as demande j'ai remis le rendez vous avec l'hepatologue Dr. Lebray pour le 17 Avril a 11.15;"

Et de un que j'ai laissé passer sans commentaire à part "mais c'est pas vrai, elle le fait exprès" en mon for intérieur.
Pas fou cependant, je m'étais bien gardé de tout lui dire et bien m'en a pris, mon rendez-vous étant à 14h30.
Je devrais donc pouvoir passer sous ces fourches caudines-ci.

Et, hier, l'appelant au téléphone pour prendre de ses nouvelles et, incidemment lui signaler qu'exceptionnellement, je nous accordais un dimanche sans la voir pour convenances personnelles, je l'entends commencer à geindre sur ses problèmes, ses douleurs, l'ennui dans lequel elle se morfond ("personne ne vient me voir, personne ne m'appelle") et l'inquiétude que lui procurent ses petits enfants (les fils de ma soeur, logés à 3000 km d'ici) dont l'aîné de 15 ans est dans la phase dispersatoire la plus absolue.
Elle conclut le coup de fil par un "On veut que ses enfants soient les meilleurs et pshitt..." qu'elle m'adressait donc forcément par ricochet (l'antienne du fils surdoué, honte de la famille, qui a raté sa vie en étant fonctionnaire que je me prends dans la figure sans broncher depuis 1989).
Et de deux.


Le coup de grâce est arrivé par messagerie ce matin.
Je lui ai, en effet, imposé de m'envoyer un mail tous les matins et tous les soirs par contrôle (réagir le plus rapidement possible à un éventuel coma).
Elle s'y plie de plus ou moins bonne grâce et a pris l'habitude de faire un "répondre" au dernier message qu'elle trouve dans sa boîte, sans se soucier de mélanger chou, chèvre, carottes.
Elle s'est donc distinguée ce matin en prenant la peine d'aller chercher le message de samedi passé où je lui disais "On vient déjeuner chez toi demain" auquel elle a "innocemment" répondu :


De :
L [mailto:l]
Envoyé : dimanche 18 mars 2007 10:40
À : 'John Séraphin'
Objet : RE: essai
hello darling
j'ai bien dormi. J'ai parle avec ta soeur, tout le monde va bien, les enfants montaient a la neige avec leur
pere et elle, elle reste a la maison pour faire ses corrections. Passez une bonne journee de farniente
et a ce soir. Gros bisous L.
 -----Message d'origine-----
De : John Séraphin
Envoyé : samedi 10 mars 2007 11:54
À : 'L.
Objet : RE: essai
Hello Mamy,
j'espère que tu vas mieux.
C'est ok pour déjeuner chez toi demain.
Gros Bisous
 
--John
A 3, touché, le doute n'est plus permis. C'est donc une démarche volontaire (ou inconsciente) de sa part de me faire mal avant de partir.
Flo me disait hier que je n'étais pas obligé de morfler quand je tends la deuxième ou la troisième joue.
J'entends bien qu'elle a raison et comprends la nécessité et le bénéfice d'être détaché.
Accepter cependant avec détachement la méchanceté de sa propre mère, même excusée par la peur de la mort et, sans doute, la réalisation de l'insignifiance de son existence, n'est pas encore à ma portée.
Je suis sensé avoir le même amour du prochain, imaginant que tous les Hommes aient été ma mère dans une vie antérieure.
Je n'en veux pas de la mienne ! Une mère ne devrait pas être une harpie.
Capable de pourrir la vie de ses enfants exprès.
Je suis entouré de mères dont la plupart ont détruit la vie de leurs enfants, souvent l'aîné, les empêchant de se marier pour les garder à leur côté comme garde-malade et souffre-douleur (deux cousins quinquagénaires, célibataires, prématurément vieillis au chevet de leur mère depuis leur adolescence desquels ma mère s'apitoie régulièrment "les pauvres, leur mère (ses cousines) leur a bouffé leur vie") alors qu'elle a accompli en 1987 le voyage de 3000 km pour me suivre dans la fugue qu'elle m'avait inspirée cinq ans plus tôt.

Vouloir que tous les Hommes de la terre m'entourent de pareil amour maternel ?
C'est trop, je partagerais volontiers.
J'ai, jusqu'ici, toujours trouvé une solution qui me permît de conjuguer mon devoir filial, à la compassion que je lui dois tout en n'en faisant qu'à ma tête pour l'essentiel des choix de ma vie.
A l'auto-censure induite par sa présence et son état près.
Il n'en demeure pas moins que le minimum que j'assure pour accompagner ses derniers jours me promet des épreuves redoutables, bardoesques.
Les mains griffues de sa méchanceté, induite par la douleur et la peur, vont tenter de m'entraîner vers le fond et il me reste à trouver la force en moi de transmuter son énergie en détachement pour la regarder partir avec amour.
Sans rien faire transparaître de négatif et, si possible, sans même le penser.
C'est donc ce billet et ma soeur avec laquelle j'ai longuement discuté qui épongent le trop plein, avec mes excuses.

Je n'ai pas idée de la longueur de l'agonie qui la guette.

Je lui souhaite la miséricorde.

Je sais, assurément, que ça ne va pas être tous les jours facile.

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