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Folcoches [31e mar. 2007|11:19 am]
RacReciR
[Humeur |nostalgicnostalgic]

isolé

C'est sans doute avec ma soeur que j'ai mes plus grands et plus réguliers fous-rires.
Souvent au détriment de notre mère dont nous n'aurons jamais fini d'ex-purger la méchanceté et la bêtise mêlées.
Ayant subi un tête-à-tête redoutable avec cette dernière ce we où nous avons fait le tour de tous les aliments qu'elle a pu ingurgiter ou dégurgiter de la semaine, j'ai souhaité comparer cette épreuve à celle qu'avait subie ma soeur au téléphone le matin même.

C'est ainsi, qu'au détour d'une phrase, ma cadette m'a-t-elle rappelé l'existence de deux cousines germaines.
Paternelles forcément.
A la mort de mon père, ma mère et ma grand-mère, soutenues par l'hydre familiale maternelle, ont tout fait pour rompre les liens avec la famille paternelle.
Jugée indigne de leur inexistant standing.
Une vieille famille syrienne, issue de noblesse, maquignonnée à la grande bourgeoisie puis désargentée.
Que n'ai-je entendu, enfant, les histoires de cet arrière grand-père Pacha d'Egypte ou encore le détail de la maison de 40 pièces à Alep où a grandi ma grand-mère et des pièces d'or que lui glissaient ses deux
ministres de frères aînés !
Grand-mère, quatorzième et dernière de la fratrie qui, veuve joyeuse, a dilapidé la fortune familiale dans les casinos et sur les tables de jeu dans les années 30-40, condamnant ses filles (ma mère et ma tante) à interrompre leurs études pour travailler à seize ans et payer les études d'ingénieur de leur frère (le mâle alpha).
Glorieuse décadence ! Les nobles, c'est comme les patates, le meilleur est sous terre.

Au décès de mon père, ma mère soutenue par la sienne a donc commencé par se disputer avec mon oncle, marié sans enfant, puis avec ma tante, la soeur aînée, qui avait deux filles de nos âges.
Nous habitions en zone chrétienne, à l'Est, ma famille paternelle bien que chrétienne, en zone musulmane, à l'Ouest.
Nous gardâmes quelques relations avec une cousine de mon père avant que la guerre parachevât le travail de destruction familial que ces deux gorgones avait entrepris.
Séparés par la ligne de démarcation qui fut quasi-infranchissable pendant une décennie.

J'avais ainsi effacé le souvenir même qu'il existait, quelque part dans le monde, deux cousines germaines qui fussent miennes.
C'est donc ma soeur, restée au Liban, qui a d'abord renoué avec mon oncle quelques années avant sa mort et qui, par messagerie interposée, a retrouvé les coordonnées des cousines, résidantes canadiennes.
Leur mère, ma tante, est elle aussi aussi décédée il y a quelques années.
Ma mère aura ainsi réussi ce joli tour de force de nous tenir éloigné de mon père, de son frère, de sa soeur et de nos deux cousines.
Elle avait trop peur de ces côtés fantasques et libres que représentaient les Séraphim qu'en dépit de ses efforts de normalisation nous avons amplement développés.
Chaotiques.
J'ai, du coup, repensé à une histoire qu'elles me racontaient : mon père, palestinien d'éducation anglaise (d'où mon prénom), épousant à la sauvette sa secrétaire qu'il avait engrossée (votre serviteur).
La famille de la jouvencelle causant le français, signe distinctif de la bourgeoisie chrétienne, il s'est senti obligé d'y acquérir un vocabulaire et s'est donc coltiné le petit Larousse dont
(la légende familiale prétend qu') il aurait appris l'intégralité en quelques mois.
Je me souviens qu'il utilisait indifféremment ces trois langues ayant trouvé une élégante manière de passer les fourches caudines familiales, en les traitant par dessus la jambe, par le haut.
C'est, paradoxalement, ma grand-mère qui l'a le plus pleuré et qui nous a conté toutes ces petites histoires qui fondent un zeste de souvenir familial que je trans-porte aujourd'hui.

Ce n'est pas à moi de juger ou de pardonner sa bêtise à ma mère.
Elle la porte et l'emportera.
Je la subis régulièrement.
J'espère qu'elle ne la réalisera pas au dernier moment.


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