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Introduction à la Nature de l'Esprit - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
RacReciR

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Introduction à la Nature de l'Esprit [1er sep. 2007|11:49 am]
RacReciR
A BlancJuillet-août 1977.
La montagne chrétienne libanaise où ma soeur, ma mère, ma grand-mère et moi avions pris refuge à la suite de la première invasion syrienne.
Suivis (ou précédés ?) de près par mon oncle, ma tante et nos cinq cousins.
Quelques semaines hallucinantes passées chez le frère de ma grand-mère et sa vieille-fille qui avaient un grand appartement à Broumana, village estival avec vue panoramique sur Beyrouth, où grouille toujours la bourgeoisie chrétienne.
J'avais mis à profit le désoeuvrement des premiers jours pour trouver un chiot nouveau-né dans une poubelle dont j'avais refusé de me séparer en dépit des injonctions répétées le sachant alors condamné et l'ai trimballé de refuge en refuge, avant de lui trouver une mère d'adoption, dans un carton que je gardais serré sur mes genoux en voiture cependant que nous errions à la recherche d'un point de chute.
Je me souviens de la tête semi-attendrie d'un soldat syrien au cours d'une fouille, lors d'un des innombrables barrages qui parsemaient la route de la descente vers Beyrouth, découvrant le carton avec le chiot dans sa couverture, les yeux encore mi-clos.
Coupez !

Je veux aller trop vite, comme d'habitude.
Quelques semaines teintées donc d'une atmosphère totalement irréaliste.
J'alternais mes journées à donner le biberon et errer en rue entre cinéma, flipper, jeux video dans des salles ad hoc qui bordaient la rue principale du village (c'était l'époque des "space invaders" et autre casse-briques) où je dilapidais mon maigrissime argent de poche et la monnaie des courses que je me proposais toujours d'effectuer pour voler aussi ce temps qui n'en finissait pas de m'oppresser.
J'ai dû assister à plus d'une demi-douzaine de représentations de "Gone with the wind".
J'ai aussi connu mes premiers émois d'adolescent en désirant Laurent, dans "Le souffle au coeur" que j'avais réussi à voir bien qu'il me fût interdit.
Rires dans la salle !
Coupez !


Je n'ai cependant pas compté le nombre de bleus que je me suis faits, à l'âme ou ailleurs.
Ni même de lèvre mordue au sang pour me convaincre que je ne faisais pas un très vilain rêve.
La cousine-vieille-fille qui nous hébergeait ayant fini, les semaines suivant les semaines, par s'agacer que sa tranquillité de vieille fille fût bousculée par une grande famille agitée, l'ensemble de la smala décida de rentrer à Beyrouth, chez ma tante qui dispose d'un appartement plus grand, 400m2 , et dont le quartier semblait provisoirement épargné par les bombardements - mais tout est relatif - pour préparer un départ collectif pour Paris où nous espérions arriver à temps pour entamer l'année scolaire qui s'annonçait compromise au Liban.

C'était donc le dernier we du mois d'août, un des derniers jours avant de redescendre à Beyrouth, préparer le départ pour Paris sous les obus pour fuir la cousine acariâtre.
Ma soeur, deux cousines et moi nous trouvions à la terrasse d'un café, devant des coupes pleine de boules de glace colorées, regardant les badauds et la cohue estivale qui rendaient encore plus irréaliste cette situation de guerre.
Quand, soudain, une voiture blanche débordant de jeunes gens en arme s'arrête tout pneus crissant devant le café-trottoir.
Les malabars en descendent, tirent une rafale en l'air pour disperser la foule et se jettent sur un jeune homme attablé à notre droite.
La table juste contiguë à la nôtre.
En moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, la scène s'était soudain vidée de ses figurants et rendu silencieuse.
La terrasse du café vide.
Tout le monde avait quitté précipitamment sa chaise et sa glace pour prendre la poudre d'escampette ou se réfugier à l'intérieur du café.
Les badauds attroupés pour ne pas rater une miette du fait divers en action, en silence respectueux devant la violence qui se jouait.
Quatre malabars armés en train de passer un tabac à un mangeur de glace avant de le traîner sanguinolent dans la voiture qui allait démarrer en trombe.

Je me suis alors retrouvé seul, assis à ma place, regardant ma glace et le spectacle.
Pendant une fraction de seconde, je me suis demandé si j'allais me lever et naturellement me disperser.
C'est "NON" qui s'est imposé.
Il n'était pas question que je me lève et me prosterne devant cette violence aveugle qui me révulsait.
Il me souvient même avoir pris une cuillerée de sorbet à la rose, en plein pendant l'action.
Autre façon de défier la vraisemblance du scénario et faire un pied-de-nez à la mise en scène.
Coupez !

De l'eau a coulé sous le pont.
Je serais bien entendu incapable de resituer précisément mon Esprit du moment.
Il me souvient de ces instants où j'ai entendu les pneus crisser, les malabars jaillir et les portières claquer, me dire "c'est vraiment du très mauvais cinéma".
Et une autre petite voix me rétorquer une fois le plateau vidé à l'exception de votre serviteur, sa glace et des acteurs de la scène : "Effectivement ! Je te fais cependant remarquer que tu es dans le champ de la caméra !".
Suivi d'un "Ah !" et d'un blanc.
Suspendu au Temps.
C'était ma première fois.
Coupez !

27 août 2007.
Trente ans plus tard.
N'a-t-on pas déjà affirmé qu'il fallait laisser le temps au Temps ?!
Montre en main, si je puis me permettre.
Assis sur mon coussinet, en tailleur à défaut de lotus, cependant que le Löpon introduit la Nature de l'Esprit.
C'est cette scène - suivie d'autres - qui est brutalement advenue cependant que je contemplais le vieillard qui me surplombait.
J'ai sans doute croisé son regard, je ne m'en souviens plus, morveux, la vue embuée.
... "Que voudriez-vous que tous ces gens en souffrance dans un hôpital, par exemple, fissent de votre compassion  ?" nous a-t-il aussi dit avant d'éclater de rire.
Coupez !

Indicible, disais-je donc.
Un bac qui permet de traverser la rivière qui sépare des univers interlopes.
Je n'ai jamais pensé que le chemin fût rapide ou aisé.
Ni même agréable.

J'ai aussi raté ce premier départ pour Paris.
Le choc de la  vie parisienne a tellement été insupportable en 1977 que j'ai instinctivement compris que je ne réussirais jamais à décrocher mon bac dans de telles conditions.
J'ai donc exigé que nous rentriions à Beyrouth en février 1978, à l'ouverture - tardive - des écoles, ré-entamer ma classe de seconde.
Pour, bénéficiant de l'invasion israélienne, y revenir définitivement quelques annés plus tard, passer ce même bac en septembre 1982 et organiser magistralement le ratage de mon année de math-sup à Janson de Sailly.

Collez !
Forcément ! Je n'ai jamais bougé de place.
De longs moments d'absence, hypnotisé.
Ce sentiment sourd d'être involontairement embrigadé dans un mauvais film de série B, en Technicolor,  ne m'a cependant jamais vraiment abandonné.

Copier.
Je me suis retrouvé face à face avec le Löpon pendant cette nuit.
Pas de décor. Le gris du néant qui nous enveloppe.
- Ce que tu vois en rêve n'a pas de signification particulière sauf s'il provient d'un être réalisé.
- Vous voulez dire que si c'est un rêve alors ça n'a aucune importance ?
- Oui.
- ... sauf si je perçois un être éveillé et que je pense à lui poser de bonnes questions.
- Oui.

J'ai alors perdu conscience.

C'est par où la sortie ?
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