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Quantique du petit Jésus - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Quantique du petit Jésus [12e nov. 2007|10:37 am]
RacReciR
[Humeur |contentcontent]
[Ecoute |souffle court et apaisé]

asyndète évanescenteEntre le boeuf et l'âne gris...
Ma mère gît sur son lit d'hôpital, paisiblement, cependant que ma soeur et moi l'entourons d'amour et attendons patiemment qu'elle rende son dernier souffle.
Elle ne souffre plus mais n'est plus capable d'ouvrir les yeux ni de bouger.
Au vu de son état inhabituel, je fais l'hypothèse qu'elle n'est pas dans un coma hépatique et a dû avoir un accident cérébral mercredi.
Elle alterne des phases d'éveil et de sommeil et, quand je la pense éveillée, sens bien une étonnante présence tout en manifestant les signes extérieurs d'un coma.
C'est autre chose et nous ne le saurons jamais puisqu
'il faudrait la bousculer et la déplacer pour faire les examens (IRM, scanner, etc.) qui détermineraient sa pathologie exacte.
Ca n'a plus aucune importance désormais.

Je profite des moments où nous sommes seuls pour lui rappeler l'importance de la transition qui l'attend.
Essayer de deviner, calmer ses appréhensions et sa peur.
Sa respiration change, s'adapte au discours qui lui est tenu, elle exprime agacement, peur, inquiétude ou calme et recueillement.
Parfois un petit geste ou une paupière qui tressaille.
Elle reçoit les dernières visites du ban et de l'arrière ban dans une atmosphère où prédominent le recueillement et la bonne humeur.
Je l'ai assurée qu'elle partait avec ma bénédiction et qu'elle n'avait plus rien à faire ici.
Que le fils regrettait bien entendu le départ de sa mère mais sais qu'il est (plus que) temps qu'elle entame ce dernier périple.

J'avais sonné le tocsin familial avant les fêtes de Noël, l'année passée, signalant urbi et orbi que c'était sa dernière nativité.
Elle a ainsi pu, ces 11 mois écoulés, passer des semaines riches d'échange avec les différents membres de la famille qui ont entendu et sont venus passer quelques jours en sa compagnie, sans autre forme de procès : fille, petits-fils, beau-fils, soeur, frère, amis, neveux et nièces.
Les bonheurs de la famille orientale, si envahissante au quotidien et si solidaire dans les moments importants.
Je joue le rôle de cerbère affable depuis mercredi, écartant les médecins et infirmières trop brutaux, forçant les amis et membres de la famille à coordonner et abréger leurs visites et, surtout, à ne pas l'assommer de sornettes ou de gémissements incongrus.
Pas de choeur de pleureuses et rien que des soins paliatifs svp !
Je mâtine donc la tradition.

J'ai à peu près réussi à éliminer les émotions compassées et hystériques qui peuvent entourer un lit de mort.
L'égocentrisme qui s'évertue à vouloir absolument exprimer au mourant qu'on regrette qu'il s'en aille, que l'on souhaiterait qu'il fasse un effort pour rester quelques heures, quelques jours de plus...
Peste soit des égoïstes !
Qu'ils pensent, à défaut de pouvoir les vivre, dix minutes ses souffrances permanentes avant de vouloir les lui imposer davantage.

Le rôle du mort est donc dévolu à ma mère et elle souhaite partir, tranquillement et sans souffrance.
Mon rôle est celui du concierge.
Veiller (étonnamment sans rêve particulier en 4 nuits) à ce que cela soit et, si je suis là et vois une petite lumière au moment opportun, la lui montrer et la rassurer pour qu'elle la suive et s'y confonde.
Je lui ai beaucoup parlé ces derniers jours pour (tenter de) dissiper les derniers attachements qu'elle pourrait avoir et qui lui donneraient envie de regarder en arrière.
Le prêtre lui a lu la prière de guérison qui, en Orient, sert dans toutes les circonstances : cette prière demande au Père de prodiguer les meilleurs soins au fils ou à la fille qui Lui est recommandé.
Meilleur étant le point de vue suprême
La prière apporte donc de l'aide aux malades durant leur vie et les accompagne dans leur guérison.
Elle accompagne aussi les derniers instants si le Père décide que le meilleur soin est de rappeler Son enfant à Lui.
C'est donc une assez courte invocation qui rappelle l'impermanence.
Elle rappelle aussi qu'aucune épreuve n'est due au hasard.
Dieu n'inflige aucune épreuve que nous ne soyons capable de surmonter.
C'est à nous d'être cohérent.
On ne peut pas prier "Que Ta volonté soit faite" et vouloir dicter la nôtre en n'acceptant que les joies.
Pour les promesses de bonheur et de félicité immédiats, prière de saisir la zapette et de regarder la télévision ou alors prendre le RER et se rendre dans un parc de loisirs.

La prière de guérison se conclut par l'onction de l'huile consacrée.
Le prêtre ferme les portes impures : yeux, nez, bouche, oreilles, mains et pieds.
J'espère qu'il a, au moins mentalement, prié que les autres portes soient fermées. Je l'ai fait, en tous cas et maintiens la visualisation quand je suis là.
J'ai passé les consignes à ma soeur pour le cas où ma mère rendrait son dernier soupir en mon absence.
J'ai insisté pour qu'elle m'entende.

Il ne me reste plus qu'à attendre le moment venu.
Je suis sincèrement heureux et n'échangerais pas ma place pour tout l'or du monde.
Emu sans aucun doute, mais heureux et sans l'ombre d'une trace de regret.

J'aurai sans doute besoin, le moment venu, de bien plus de sagesse que je n'en propose.
Je la puiserai là où elle sera disposée, autour et au dessus de moi.
Merci à tous ceux qui nous accompagnent en corps, parole et esprit dans ce moment singulier.

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