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Etre et ne pas être : le lapin sorti du chapeau - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Etre et ne pas être : le lapin sorti du chapeau [1er fév. 2008|11:30 am]
RacReciR
A la fin de son enseignement d'hier soir, toujours sur le thème de l'absence de bonheur intrinsèque et de la compassion qui doit naître de la réalisation de la futilité de cette quête, CDR a engagé quelques questions-réponses.
Il est entendu que tous les raccourcis, imprécisions, erreurs, interprétations malheureuses qui pourraient être tirés de ses propos ne sont que le fruit de l'esprit embrumé de votre serviteur.

- Mais, Rinpoché, vous avez dit il y a quelques mois à Lyon qu'il fallait s'isoler dans une grotte pour réaliser la compassion et, là, vous nous dites que la compassion, base de toutes les réalisations, ne peut s'acquérir qu'au contact de la souffrance des autres et de la sienne propre. Comment gérez-vous cette contradiction ?
- Pourquoi est-ce que les gens viennent de Lyon pour m'écouter ? Pour me mettre face à mes contradictions ? Bravo, vous allez encore pouvoir dire que Rinpoché travaille du chapeau  ! <rires>
L'observation de la souffrance permanente des êtres vivants dans leur quête du bonheur doit, à force d'analyse et d'introspection, éveiller votre compassion. Une fois cette compassion clairement éveillée, vous n'avez alors plus besoin d'être en contact avec les autres puisque votre compréhension de leurs souffrances est correcte et que vous y reconnaissez, sous des formes de plus en plus subtiles, la vôtre.
Vous pouvez alors vous isoler dans une grotte pour poursuivre votre chemin.
Il n'y a donc pas de contradiction. Ces deux démarches se succèdent dans le temps de votre cheminement.
Je vous préviens cependant qu'une retraite dans une grotte est loin d'être une partie de plaisir : les murs et les sols sont durs, froids et humides, il n'y a pas d'électricité, pas d'ordinateur, pas d'Internet, pas de toilettes, pas d'eau courante, pas de porte. Aucune compagnie d'assurance n'acceptera d'ailleurs de vous couvrir sans porte sécurisée !
<rires>

- Rinpoché, j'observe la souffrance des autres, un homme handicapé qui ne peut marcher par exemple. Je vais à sa rencontre, lui prodigue l'aide dont je suis capable, tente de manifester l'amour qu'il m'inspire mais me trouve à sec de compassion. Je peux imaginer avoir de la compassion mais je sais que je ne la ressens pas intimement.
- Il y a différents types de souffrances. Tu peux rencontrer un homme qui n'a pas de jambes, qui ne marche pas et qui n'en souffre pas. Tu peux aussi en croiser un autre que cela fait souffrir.
La souffrance des êtres est inscrite sur leur visage, dans leurs comportements. Il faut donc être capable de voir correctement le niveau de souffrance pour espérer y apporter une réponse adéquate. La compassion naît de cette capacité à se projeter dans les états mentaux de l'être qui nous fait face et à nous représenter correctement sa souffrance. La réponse vient alors d'elle-même.
...
Je vais d'ailleurs vous conter une aventure qui m'est arrivée l'année dernière qui illustre ce propos : comment évoquer deux minutes de compassion.
L'année passée donc, alors que j'étais en rue à Taïwan, j'entends une dame haranguer la foule dans un micro "Venez voir braves gens le lapin se faire dévorer par le serpent".
Un attroupement se crée autour d'elle auquel je me trouve mêlé et je vois un gros serpent dans une grande cage où la dame introduit un lapin blanc.
Quand vous mettez un lapin dans une cage avec un serpent, le résultat est garanti : le lapin finit dans le ventre du serpent. J'ai donc vu le lapin pétrifié de peur puis, ne souhaitant pas assister à pareil spectacle, je me suis retiré et ai poursuivi mon chemin.
Plusieurs pensées m'ont alors traversé l'esprit. La première m'a fait réaliser que j'étais le seul de cet attroupement qui eût été touché par la souffrance du lapin. Tous les autres spectateurs trouvaient la scène normale et divertissante.
J'ai aussi réalisé que j'avais assisté à pareilles scènes il y a quelques années et que je n'avais pas pas supporté davantage de voir le lapin dévoré. Le remords de l'inaction m'a cependant poursuivi jusqu'ici pendant toutes ces années.
Je me suis donc demandé comment, cette fois-ci, je pouvais mettre un terme à la souffrance du lapin. La cage était fermée et il y avait plein de monde autour, ce qui excluait que j'intervinsse directement.
La réponse m'étant apparue clairement, je suis retourné voir la dame :
- "Je vous achète ce lapin, combien en voulez-vous ?"
- "Mais, il est mort ou presque".
- "Veux pas le savoir, je l'achète".
Je suis donc reparti avec mon lapin sous le bras.
Vous comprenez bien que je n'ai pas réfléchi.
Devant l'urgence de la situation, je ne pouvais pas me permettre de me poser toutes les bonnes questions que vous me manquerez pas de me poser : "Quid du serpent ? N'a-t-il pas le droit de se nourrir ?". "La dame qui organise le show n'a-t-elle pas des enfants à charge qu'elle nourrit grâce à ce négoce ?", etc.
Toutes ces questions méritent d'être posées mais dans l'urgence de la situation ne pas agir, ce que j'ai fait il y a quelques années, conduit à la mort du lapin
J'aurais aussi pu m'interroger sur ce que j'allais faire d'un lapin, moi qui rentrais en Europe quelques jours plus tard, ou plein d'autres considérations qui auraient, à ce moment, coûté la vie au lapin.
Celui-ci était dans la souffrance et en danger imminent, il fallait donc
le sauver toutes affaires cessantes.
Je me suis ensuite soucié de trouver quelqu'un à qui le confier après mon départ.

Voici donc le récit de deux minutes d'un exercice de compassion en action, car à un moment donné, celle-ci doit se traduire dans les actes.
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Comments:
[User Picture]From: ricercar07
2008-02-05 01:42 pm (UTC)
Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.
(Répondre) (Parent) (Thread)