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Chöd - Quaerendo Invenietis [entries|archive|friends|userinfo]
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Chöd [24e avr. 2008|10:31 pm]
RacReciR
"On a peur de se perdre", c'est la quintessence de l'enseignement de ChépaDorje Rinpoché de ce jeudi soir (je précise à toutes fins utiles les réserves d'usage sur l'interprétation - lacunaire et potentiellement erronée - des propos que je fais des enseignements d'un Lama).
Entamant le cycle d'enseignements sur le Chöd, littéralement "trancher" la saisie des 4 maras (démons) principaux : le mara des perturbations mentales, le mara des agrégats, le mara du Seigneur de la Mort et le mara Dévapoutra (le contentement de soi, le plus redoutable des démons).
Nous avons tout le temps peur, même quand nous sommes seuls et tranquillement assis chez nous et, souvent, nous n'en avons même pas conscience.
Cette peur se cache donc derrière un magnifique rideau de fumée : agitation mentale, torpeur, angoisse, boulimie, anorexie, colère, jalousie, orgueil, désir, attachement...

Elle s'exprime aussitôt que nous rentrons en contact avec autrui : le fruit principal de l'interaction est le produit de la peur.
Le frottement de deux egos qui, tels des pigeons devant un miroir, saisissent l'autre comme différent et donc potentiellement dangereux.
Le problème d'une telle approche est qu'à force d'avoir peur, on transpire la peur.
Et cette odeur qui s'attache à chacun de nos gestes est perçue inconsciemment dans l'interaction avec autrui.
C'est la perception de la peur qui, toujours, potentialise l'agression (puisqu'elle se transmet de l'un à l'autre et finit par rencontrer un terrain favorable pour s'exprimer).
Reconnaître sa peur et s'en amuser est donc un préliminaire.
Sous peine de se blesser en heurtant le miroir avec violence.

Rinpoché est donc parti de la saisie des perturbations mentales et des agrégats : "Vous avez envie de rester tranquillement chez vous et là, à cause des envies divergentes des autres membres de votre famille, vous vous retrouvez embringués dans une dispute conjugale. Et votre tranquillité fait pshitt. En fin de compte, ni votre désir ni celui des autres membres de la famille n'a connu de satisfaction."
Quant à la saisie des agrégats, nous saisissons notre corps, ce "moi je" illusoire par peur de le perdre.
Même amputés d'un bras, d'une jambe, d'un doigt, nous continuons à penser le membre amputé comme nôtre.
Par saisie (in-com-préhension) de la vacuité qui est le fondement de tout(e interaction).
La peur du vide !

Rinpoché a ainsi repris un des (nombreux et principaux) messages transmis lors de cette semaine de retraite écoulée : il faut s'inspirer des récits de la vie des grands hommes (et femmes) qui nous ont précédés.
Sans se fier à une appréciation de surface des actions de quiconque et, par exemple, inférer qu'un tel est un grand homme sous prétexte que ses actions auraient l'apparence de l'altruisme et de la compassion alors qu'elles ne seraient que le reflet d'un orgueil et d'une manipulation éhontés (dixit).
C'est, relisant plusieurs fois, dans un état de calme mental, posé, les récits de la vie de ces grands hommes que nous pouvons espérer en tirer la quintessence.

Lire un texte émergeant du Dharmakaya comme si c'était un roman policier (sans méditer chacune de ses phrases) n'a pas de sens.
Il n'est pas possible de limiter sa lecture aux mots, aux phrases qui le composent.
Nous sommes, en effet, plongés dans des brumes (notre Ignorance) qui obscurcissent notre entendement.
Il est donc évident qu'une seule lecture d'un texte donné n'en offrira qu'une perception très biaisée.
Une infinité de lectures serait en fait nécessaire !
Plusieurs lectures, forcément faites avec des biais différents, découvrent donc des sens multiples aux mêmes mots et, de lecture en lecture, finit peu à peu par infuser une perception transcendante de ce qu'un grand homme a expérimenté et réalisé.

Le Bodhisattva, empli de Compassion, y a forcément exprimé des années d'expérience qu'il a ciselées dans quelques chapitres dont chaque mot a été soigneusement élaboré (bien que coulant de Source) et dont la polysémie est intrinsèque.
Ce Bodhisattva savait aussi, au moment où il écrivait, qu'il s'adressait à une génération plus ou moins lointaine et future.
Il y a donc mis toute son énergie.

Le Livre est vivant.
Dévorer des yeux un texte quintessentiel et s'extasier devant la beauté ou la musique des mots est un tantinet réducteur.
Mortifère, comme de la musique en galette.
C'est l'interaction, avec un pont de plusieurs années-siècles, entre la vie et l'expérience d'un Bodhisattva et celle d'un disciple spirituel.
Il faut donc que le disciple approche cette lecture avec l'humilité et l'intelligence requises.
Viser à se mettre dans la peau de l'auteur et vivre chacun de ses mots.
C'est ainsi que peut se produire une réelle transmission : de pensée à pensée.
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