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Retour sur la musique [10e fév. 2005|02:35 pm]
RacReciR
[Humeur |rejuvenatedrejuvenated]
[Ecoute |Musical offering]

Lectures

Retour sur la musique.

J’ai donc concentré mon attention sur la plus complexe des fugues de Bach : le Ricercar à 6 voix.

J’ai passé toute mon enfance à « écouter » de la musique. Je viens de l’ « entendre » !

Je viens d’entendre Bach pendant qu’il composait cette fugue. Je l’ai aussi entendu la jouer pour les premières fois, amusé ! Pensant à ce qu’il pensait au moment où il l’avait commencée !
La musique, parle, par définition aussi, de la mort. Elle parle de celle des autres d’abord. Ceux qu’on a connus et ceux qu’on a connus parce que quelqu’un qu’on connaît les a connus. Et qu’il nous « transmet » ce qu’il « connaît » d’eux.
Mais ça passe. La musique c’est aussi tous les gens que connaissait Bach à l’instant où il a composé ou joué cette musique.

C’est Bach. A un instant T, ça l’a représenté tout entier. C’est la projection de Bach sur un axe dont j’appréhende par mon biais, l’intitulé.

C’est moi qui suis l’axe de projection de Bach à cet instant.

C’est moi parce que, l’instant infinitésimal où je me suis confondu avec Bach, ce moment je ne le revivrai plus. Ce moment je sais, maintenant que je ne le vivrai plus.

Je sais que je suis moi. Et que Bach est désormais un autre.
Mais, pendant une fraction de seconde, j’ai tellement bien réussi à penser comme lui, que j'ai pensé être lui, que j’étais Bach. Et ce moment je ne l’oublierai jamais. C’est le moment incroyable, où dans l’univers, Ricercar et Bach se sont rencontrés. Ils ne pouvaient pas se rencontrer dans le temps, ni dans l’espace. Ils se sont rencontrés dans la musique. C’était la façon de Bach de parler aux autres ! Il leur disait bonjour comme tout le monde. Il « parlait » mais sa façon de parler, c’était la musique. C’est la musique. Il parle encore. Le temps n’a pas de prise sur ce qu’il a à dire.

C’est par la musique qu’il « communiquait » avec les autres, c’est par la musique qu’il disait qui il était vraiment, ce qu’il pensait. Qu’il était. Qu’il avait peur de mourir.

Et ça, Bach me l’a dit. Nous nous sommes rencontrés dans l’univers. J’ai été Bach.
Je me suis incarné en Bach, pas réincarné.

Pendant une fraction de seconde.
Éternelle.

Je viens de vivre toute la vie de Bach par sa musique.

Et comme lui, je peux vivre aussi maintenant mon autre vie.
Je viens de me séparer de Bach. C’est un moi qui est tout près et qui s’éloigne doucement. Mais je sais aussi qu’il est désormais très loin de moi.

Ce moi/lui, je ne le connais plus.
Je ne le comprends plus. Je ne sais plus qui il est …
… et dire que c’est soudain, au détour d’un morceau de piano joué par un garçon qui s’éveille à lui-même, à ce moment là, que Bach lui a « parlé ».

Bach qui lui a parlé de lui !

Bach qui était là !
Au delà du temps, de l’espace, de la musique.
Il était là.
Il était.

J’ai été Bach.
Et donc pour Bach, son plaisir c’était la musique. C’était son échelle de valeur. C’était sa façon de comprendre le bien et le mal. Tout Bach est structuré par la musique. Il est musique. La musique, cette échelle de valeurs, existe, composée de tous les « compositeurs ».
Chacun d’entre eux a été musique. Bach, c’est sa vie, Mozart aussi, Wagner le colérique, Beethoven l’amoureux, tous ces compositeurs, c’est eux qui sont en musique et la musique c’est eux.
Et nous avons grandi en écoutant ces « eux » qui nous « parlaient » parfois. Parfois on entendait rien. Tant pis ! Et parfois, tendant l’oreille, un petit quelque chose nous arrivait de ce que l’auteur avait voulu dire.

« Bonjour, je m’appelle Ricercar, et je veux qu’on m’aime ».

Et tout le monde est un Ricercar.
La musique c’est la structure qu’ont choisi les musiciens pour parler aux autres. Cette structure transcende tout. C’est leur façon d’appréhender l’éternité et leur mort.
Par moments, nous, êtres « pensants », croyons « entendre » ce qu’ils nous ont dit. Nous avons même cru, à un instant, et nous continuerons, à croire les avoir « vus ».
Mais ils se parlaient à eux mêmes.

Ils se rassuraient à l’idée de leur mort. C’est leur façon de l’accepter.

Et c’est leur façon d’être un génie.
Le génie c’est quoi ? C’est un talent extraordinaire que les autres reconnaissent à quelqu’un sur un critère donné.

Pour toi et moi lecteur, ce talent s’exprime par la musique, la littérature, les maths, les sciences, etc.

Et puis, pour quelques individus d’entre nous, ce « talent » n’est pas un talent.
C’est lui.
Il est la musique.
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