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Hélas ! [21e jan. 2009|03:02 pm]
RacReciR
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Have you ever spontaneously hugged someone you didn't know? Or received an unexpected embrace from a stranger?


Enlacer un(e) inconnu(e) ?
Ca va pas la tête ? J'ai pas envie de finir en prison !

Il y a des choses qui m'étonneront toujours dans les relations humaines, qu'elles soient privées ou professionnelles.
Un premier sujet d'étonnement est cette accusation implicite permanente de "jouer un rôle" quand on laisse transparaître ses émotions et sentiments.
J'imagine que cette accusation est forcément proférée par ceux qui sont "amis" le we et de 19 à 23h, "collègues" et "en compétition" entre 9 et 18h, "ennemis" si on n'est pas d'accord avec leurs idées, etc.
Bref qui mettent tout en case.

Je reconnais volontiers que mes relations interpersonnelles sont essentiellement basées sur l'affect (au sens médiéval du terme).
Je réagis.
J'ai réalisé m'observant, avant que les sciences cognitives ne le démontrent pour tous, que le cerveau est une machine à émotions.
Nous y plaquons une couche de rationalité totalement artificielle qui, positive quand elle permet d'éviter les conflits par une "normalisation" de la relation, n'est qu'une couche supplémentaire d'interprétation nuisible qui interfère, se superpose, avec une interprétation "affective" des observations (laquelle est elle-même fausse puisque parcellaire et partiale).

Je conçois ainsi la rationalité comme étant, grosso modo, une sorte de feuille Excel en n-dimensions plaquée sur la cognition (une modélisation du fonctionnement du cerveau) qui permet de s'assurer qu'il y aura un langage commun entre la feuille A et la feuille B.
Il y a ainsi au moins en commun le découpage en cases et les règles de calcul qui s'imposent et rassurent tous ceux qui Excellent à cet Art.
C'est ce langage qui fait que vous et moi croyons nous comprendre.

Le problème qui se pose (A, moi, en tous cas) est que la plupart de mes interlocuteurs sont persuadés (ou ont fini par se convaincre avec le temps) que la feuille Excel qui régit leur rationalité existe de façon intrinsèque.
Que c'est la meilleure modélisation - forcément puisque frappée du sceau scientifique et rationnel - du "réel" qui, comme le monde rationaliste veut le croire, est calculable (c'est juste une question de temps et de puissance de calcul).
Toute tentative d'agir ou de réagir de façon non "réglée" entraîne donc une réaction de peur (la réaction standard, précâblée dans le cerveau primitif, devant l'inconnu).
Cette peur est ensuite habillée de "raison" par le locuteur qui trouve toujours (la Source est infinie) un angle d'attaque qui lui permet de se convaincre de sa raison et de dé-nier l'irrationalité professée par le vilain qui lui fait face.

C'est toujours le cas dans le cadre professionnel - un cadre kafkaien conçu pour déshumaniser - où l'on vit un déni permanent sur tous les plans et tous les sujets.
C'est aussi souvent, hélas, dans le cadre personnel où il est plus rassurant - et beaucoup moins "fatiguant" - de réduire son "ami" à un gigantesque tableur dont on essaye d'identifier et de modéliser les cases et les règles de calcul par itérations successives (ce qui nécessite une stabilité des règles dans le temps à laquelle l'ami est prié de se prêter. C'est d'ailleurs à cette stabilité qu'on lui re-connaît le statut d'ami) plutôt que d'accepter une fois pour toute que c'est un animal irrationnel, largement imprévisible, et que c'est ce qui en fait le charme.
Je n'accuse personne en particulier ici étant le premier à courir, comme tout le monde, des relations stables !

C'est ainsi que la plupart des gens que je côtoie (il y a de rares exceptions) s'enferment volontairement dans le tableur en n-dimensions que leur éducation leur a construit pour asseoir leur rationalité.
"Je suis un homme rationnel, je suis un homme rationnel !"
J'arrive parfois à l'accepter pour les autres (sans les juger. C'est une des mes meilleures définitions de ma compassion).
Je n'accepte cependant jamais que l'on (tente de) m'impose(r) de me réduire à cette feuille Excel.
De façon superficielle, sociale ? Sans problème.
Par Ignorance ? Hélas.
Jamais sur des points essentiels qui mettent en cause ma cohérence globale.
Quel que soit le prix que je doive payer pour ne pas masquer l'animal.
Il est là. Je préfère ne pas l'ignorer.

Les réactions des interlocuteurs sont donc d'autant plus violentes que je m'adresse à leur cerveau émotionnel en court-circuitant le cerveau rationnel.
Je suis hélas souvent contraint, pour débusquer le cerveau émotionnel et mettre le rationnel en défaut de façon évidente, d'utiliser la peur comme levier.
Un comportement "irrationnel" - fût-il bénin - provoque presque toujours la peur en réaction.

Notre société a en effet tellement codifié les comportements et les interactions sociales qu'il y a des règles et des cases pour la plupart des situations courantes rencontrées dans une cité.
C'est ainsi que s'est construit, à partir de la couche Excel, un ensemble de règles qui simulent (dans l'acception la plus numérique du terme) les interactions émotionnelles licites entre "amis", "collègues", "inconnus", etc.
Des titres de "colonnes" pour les catégories de personnes et des titres de "lignes" pour les émotions, codés dans ce magnifique tableur.
Et il ne faut pas que ça dépasse !
Pas de débordement.
On comprend alors pourquoi seule la gestion de la peur est codifiée.
C'est l'émotion qui induit directement la violence, inacceptable pour toute société.

Hélas, car l'autre levier est l'Amour.
La société ne l'ayant pas codifié de façon civile depuis la carte du Tendre, il est désormais admis qu'Il n'est pas rationnel et n'existe donc pas (les religions, dont l'Amour est l'essence, n'ayant plus leur place dans nos civilisations ont été remplacées par des dogmes hérétiques, cad des versions "administratives").
L'Amour est ainsi relégué au rang de croyance privée dont la société n'a que faire (dans une acception mécaniste).
Et c'est un Tabou absolu dans nos sociétés civilisées puisque la rationalisation - donc le déni - du Divin qui réside en chacun, a réduit l'Amour à sa dimension animale : la pulsion sexuelle (le monde à l'envers : quelle alchimie maléfique qui transmute l'Or en plomb).
L'Amour est donc un sentiment ridicule, parfois (auto-)abusé, souvent interdit voire pénalisé dans la plupart des interactions sociales "polies" ou civilisées.

Où l'on confond allègrement non-existence intrinsèque avec inexistence absolue (bonjour la raison).
Cette confusion allant même parfois jusqu'à l'intimité familiale et, pis encore, aux relations de couple.
J'en connais aussi beaucoup, trois fois hélas, qui se sont convaincu d'incarner réellement cette méta-feuille Excel qui les modél(is)e.
Qui en sont fiers et qui seraient même (presque) prêts à tuer pour défendre cette Vérité : la Raison.

Je parviens ainsi, dans mes relations superficielles, à m'accommoder du fonctionnement pseudo-rationnel de mes interlocuteurs. Je joue le jeu et donne la réplique attendue à peu près dans le bon ton et au bon moment. Il arrive cependant souvent que mon ennui à jouer transparaisse, montrant que je n'y crois pas.
Il arrive aussi que j'oublie que nous sommes en représentation et soulève un élément du décor pour l'examiner, ce qui démonte la scène au grand dam de mes partenaires qui y voient malveillance.

Ceux-ci, en déni de leur peur, sont alors bien obligés de trouver un habillage rationnel, réveillant parfois la mienne.
Un élément qu'ils croyaient réel et qu'on leur démont(r)e faisant partie d'un décor ?!
C'est impoli, incivil et contre toutes les règles de bienséance !
Il n'y a donc pas d'autre recours, hélas, que de dénoncer le mauvais acteur qui tout à trac, se joue du scénario et des vrais artistes qui l'entourent de leur amitié à défaut de leur affection.
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