May 26th, 2005

Petit Prince

Amnesty

Y a quelqu'un ?

Comme prévu, j'ai tremblé.
Et ça s'est entendu... et vu.
Là, devant le piano et le public, le trou noir.
J'ai réussi mon examen mais je les ai toutes faites. Toutes les erreurs possibles : rythme, note, stabilité, fin et début de phrases martyrisées... tout.

Il fallait vraiment que je connusse parfaitement ce prélude pour, qu'en dépit de toutes ces erreurs, je réussisse ce damné examen.
L'honneur est sauf mais je suis déçu.
Je n'ai pas assez d'opportunités de jouer en public et, forcément, quand ça m'arrive, je perds mes moyens.
La broderie de Bach se transforme alors en un hocquet. Je me console en me rappelant que je sais néanmoins interpréter ces oeuvres. Je ne suis simplement pas encore assez solide techniquement pour, en public, oublier cette technique et me consacrer à l'interprétation. Jouer, quoi !
J'y arrive seul, ou quand Plume(O.) et Hercule(E.) m'écoutent. Parfois devant un microphone.

Bon pour m'achever, le rapport annuel d'Amnesty International :
http://web.amnesty.org/library/index/frapol100062005
Il n'y a pas à en douter, cela commence à sentir le roussi.

Je ne veux pas heurter les amis américains qui m'hébergent gracieusement - que j'apprécie pour la plupart individuellement - et ai sélectionné l'extrait le plus soft qui les concerne :
«Les États-Unis, superpuissance politique, militaire et économique incontestée, donnent le ton en matière d’attitude des gouvernants dans le monde entier, a souligné la secrétaire générale d’Amnesty International. Lorsque le pays le plus puissant de la planète se permet des entorses à la légalité et aux droits humains, il donne le feu vert à d’autres pour l’imiter en toute impunité.»

Il y a trop d'indices qui convergent dans un temps de plus en plus rapproché.
Ca sent la masse critique.

Et dire que le non a toutes les chances de passer dans 4 jours. **soupir**
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    Saint Saëns - Danse macabre
Petit Prince

Je suis un juif errant


Je ne suis pas juif mais presque. Je suis né à 200 km de Bethleem.
Je ne suis pas errant mais presque. Après 10 déménagements en 20 ans, je me suis installé dans un pavillon baroque, attenant à Paris, où trône un quart de queue.

Et, pourtant ! La malédiction s'attache à mes pas. Celle du juif errant, du hollandais volant. Celle d'errer d'un endroit à l'autre, sans trouver le repos. Si j'ai bien lu les textes auxquels je me réfère, je ne suis pas près de m'arrêter. Ma malédiction ne sera levée qu'au retour définitif du sauveur.

La question, ici, n'est pas de savoir si je crois à un quelconque sauveur.
Il n'y a aucune chance que cela se produise.
Imaginez qu'il rentre dans un Temple, pique une crise de rage et en chasse les vendeurs en brisant leurs breloques !
Pour peu qu'il parle araméen, il sera arrêté et interné à Guantanamo pour terrorisme.

Guantanamo
, c'est le modèle concentrationnaire-camp-de-vacances qui vante les attraits de ce XXIième siècle naissant : un camp au soleil d'une île cubaine, loué par les états-unis d'amérique où sont entassés sans jugement (J'avais en tête un autre verbe qu'entasser mais je ne veux pas être excessif) et torturés des gens soupçonnés de terrorisme. Le dernier bastion du communisme et le champion du libéralisme acoquinés dans leur forfait contre l'humanité.

Ce n'est pas moi qui invente tout cela. C'est Amnesty International qui le dit dans son rapport annuel. Personne ne pourra ensuite dire qu'il ne savait pas.

Je n'ai rien contre le fait que l'on attrappe les terroristes, qu'on les juge et qu'on les mette en prison. Je paye des impôts et accepte de ne pas me défendre personnellement en échange de la protection de l'Etat, garantie par la Constitution. Il est donc normal que l'Etat remplisse son rôle de défense. C'est même son devoir envers ses citoyens.
Je suis plus circonspect quand il s'agit d'enfermer quelqu'un dans une cage et de lui faire subir des sévices et humiliations, le priver de ses droits, interdire l'accès à un avocat, ne pas l'inculper d'un quelconque chef d'accusation ... même si c'est dans une île paradisiaque et ensoleillée.

Soudain, vous disparaissez de la liste des êtres humains. Les droits de l'Homme ne vous sont plus appliquables. Vous n'êtes plus un être humain. Un grand singe peut-être ?
Hop, deleted !

Cela peut aujourd'hui arriver à n'importe qui. Il suffit qu'un voisin mal intentionné vous dénonce et que vous ayiez un peu de chance.
Ou que vous soyez mal nés.

Les Etats-Unis ont voté le Patriot Act qui restreint singulièrement les droits des citoyens sous couvert de raisons de sécurité. Ils ont, simultanément, ouvert le centre de vacances.
L'ensemble des démocraties leur ont emboîté le pas peu ou prou. Nous avons les lois de Sécurité Intérieure, dites loi Sarkozy.

Jamais la biométrie et autres moyens de pister les citoyens ne se sont aussi bien portés.

Tous les abus sont autorisés.
Guantanamo est un cancer de l'idée même de Démocratie.
Ce lieu, par son existence, est par ailleurs un phare pour les terroristes du Monde entier.
Comment pouvons-nous accepter Guantanamo dans un pays qui se dit démocratique ? Quel exemple sommes-nous en train de donner à tous ces hommes et femmes auxquels nous prétendons apporter - singulier oxymore -  la démocratie par la force des armes ?

Les règles démocratiques et les droits de l'Homme sont les règles minimales sur lesquelles se sont accordé les pays qui s'en vantent.
Transgresser ne serait-ce qu'une de ces règles fait passer du côté obscur. Celui du totalitarisme et de l'iniquité.

Je ne voudrais pas paraître alarmiste (j'ai hélas déjà joué les Cassandre en d'autres lieux, c'est cela la malédiction du juif errant)  mais je ne jurerais pas que nous soyons en totale sécurité.
Encore moins que la situation et les perspectives à court terme ne soient pas un tantinet inquiétantes.
Mais je regarde sans doute trop la télévision.

Bon, assez philosophé. Au piano !

Et dire que le non a toutes les chances de passer dans 3 jours. **soupir**
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    Bach - Jesus bleibet meine Freude