December 10th, 2005

Petit Prince

contrepoint

J'ai réalisé un phénomène dans l'apprentissage de la musique.
C'est, bien entendu, une expérience très personnelle.
La tension induite par l'interprétation d'un morceau est liée à plusieurs facteurs.
Connaissance intime de la partition, capacité à reprendre à n'importe quel endroit, régularité de la pulsation initiale.
Jouer la bonne note, au bon moment à la bonne vitesse.
Rien de plus.
La musique.
Dès qu'un de ces éléments défaille, l'édifice est fragilisé.
L'apprentissage consiste donc à intégrer ces micro-apprentissages et de les combiner.
Il est récursif et peut être partialement transmis d'un morceau à un autre.
Apprendre nécessite de mémoriser l'ensemble des airs qui composent un morceau.
Il faut savoir à tout moment où en est chacune des voix.
L'exécution peut être automatisée mais il est indispensable que la connaissance prime.
L'interprète, fort de sa connaissance,  peut ainsi se laisser aller à écouter la musique qu'il produit.
Entendre et doser le son.
Faire vibrer les cordes de son instrument et tisser un contrepoint rigoureux mais tellement libre et lumineux.
Petit Prince

L'art




Mais c'est un art pour les regardants. Pour les fous qui laissent la beauté pénétrer leurs pupilles, la beauté d'un monde, la musique, qui tient dans une main. Les autres veulent manger, boire et jouir, mourir plus vite. Et si l'appétit, la soif et le désir  les quittent, ils s'étonnent, se désespèrent. Ils n'étaient pas prévenus, personne ne les avait avertis. Car ils ont des oreilles et n'entendent pas.
Dans le monde antique, l'épilepsie, la folie, les maladies étaient considérées comme des manifestations divines. Ce qui s'y rattache, inspiration, imagination, sont des folies pour les uns, des maladies pour les autres. L'artiste nourrissait alors l'art universel, il l'entretenait, il participait de l'ordre des planètes. Aujourd'hui, l'art est à consommer, et tout de suite.
L'Âge d'or s'est mué en Auge d'art.

-- Jacques DRILLON (préface)
Petit Prince

Bach, dernière fugue - Armand Farrachi

Bach, dernière fugue - Armand Farrachi

...Car le monde, par la grâce de la musique et jusque dans ses plus modestes manifestations, peut également être perpétuel sujet de joie et d'éblouissement, comme soudain lorsqu'on voit sur la table du repas, de gauche à droite, un petit verre, un grand verre, une bouteille, un grand verre, un petit verre, et que la Providence dans sa bonté a disposé ces objets sous la forme A B C B A c'est-à-dire de façon cyclique ou symétrique comme les deux parties du transcept flanquent la nef ou les deux bras de la croix, si bien que les deux thèmes se développeraient autour d'une section centrale plus longue et que la meilleure façon d'exalter cette forme pour la ramener à elle-même dans le da capo serait d'inverser le thème final par mouvement contraire pour l'accrocher au retour du thème initial, et dans sa hâte Bach retourne le grand verre de droite sur la nappe de façon à orienter le pied vers le plafond, ce qui fait taire les conversations de toute la famille, anxieuse d'une explication. Mais, indifférent à la surprise qu'il provoque sans la voir - comment n'y a-t-il pas pensé plus tôt ? - voici déjà qu'il oublie son assiette et la faim et qu'il brûle de courir au grenier pour étudier la disposition de la charpente et comment transposer musicalement de sorte que tous les thèmes concourent à l'harmonie de l'ensemble, chef d'oeuvre manifeste des diverses parties en vue de constituer un tout qui apparaîtra mieux que jamais sous l'angle de l'équilibre et de l'unité comme les chevrons et les fermes s'organisent en toit, ...

pp. 51-52

cf. rubrique France 3, un Livre, un jour