December 21st, 2005

Petit Prince

Ut

Entendre l'appel du vide.
Le silence parfait.
Un face à face intemporel où rien n'existe.
Le néant.
Avant le mot.
Le rien qui n'est pas contenu.
L'infini où tout s'arrête que rien ne vient troubler.
Le trou noir aspire la lumière qui l'entoure et destructure l'espace-temps.
La peur naît devant l'inconnu.
Regarder le miroir.
La singularité naît aléatoirement.
Elle déchire le néant et, telle la foudre, amorce la Création.
L'énergie de l'univers qui se potentialise en un arc.
Une corde qui se tend et qui pulse.
L'harmonie initiale.
La flèche du Parthe.
Celle qui a percé son existence.
Le bruit dont il a perçu l'absence.
Ô toi grand silence noir dont l'appel fascine.
Tu courras dans un ineffable bonheur

Petit Prince

Ecoute : une histoire de nos oreilles - Peter Szendy

Ecoute : une histoire de nos oreilles - Peter Szendy

L'écoute est peut-être l'activité la plus discrète qui soit.

C'est à peine une activité : une passivité, dit-on, une manière d'être affecté qui semble vouée à passer inaperçue. Quelqu'un qui écoute, ça ne s'entend pas.

J'ai pourtant rêvé d'une archéologie de nos écoutes musicales : une histoire de nos oreilles de mélomanes, de maniaques de mélodies en tout genre.

J'ai voulu savoir d'où elles me venaient, ces oreilles que je porte et que je prête. Quel était leur âge ? Que devais-je, que pouvais-je faire avec elles ? De qui les tenais-je, à qui en étais-je redevable ?

J'ai donc traqué tous les indices possibles.

Il y a une
criminologie de l'écoute (des auditeurs se retrouvent au tribunal, accusés ou plaignants). Il y a des écritures de l'écoute (certaines oreilles laissent des traces durables de leur passage). Il a des instruments d'écoute (des prothèses enregistreuses, des machines à entendre). Enfin, il y a une polémologie de l'écoute, avec ses guerres, ses stratégies organisées ; bref, tout un champ de bataille où nos oreilles, plastiquement, se conforment à des lois et gardent, tel Don Juan face au Commandeur, l'empreinte de l'écoute de l'autre.

Et puis, il y a toi. Toi à qui mes écoutes sont adressées.

Toi qui parfois, c'est si rare,
m'écoutes écouter.