November 30th, 2006

Petit Prince

Voix dans le désert

Grâce à la transmission d'un hyper-lien, j'ai pu mesurer, écoutant un autre Flamand amoureux de Bach qui a enregistré le RiceRcaR à 3, que j'étais bien sur ma voie.
Cet amateur éclairé (que je ne connais pas) démontre pourtant une bien plus grande maîtrise de la technique du clavier que la mienne.
Il suffit de voir son répertoire pour s'en convaincre.
J'entends que la musique a été apprise plus jeune, une vingtaine d'années sans doute.
J'ai cependant compté plus de 8 fautes : quelques trous et de vraies erreurs de contrepoint.
L'artiste commet par ailleurs deux méta-erreurs : c'est un jeu "romantique" ET il manque la voix principale.

Celle de Bach.

Je ne donne pas ici de leçon.
Je m'efforce d'en tirer une de la pratique et de l'aisance de la plupart de mes amis (l'interprète de la fugue compris) et d'améliorer la mienne.
Dans mon cas, c'est le singe Ego qui, prenant les commandes, est en cause.
Il entend bien toutes les voix et persiste à vouloir être guidé à l'oreille.
Alors, forcément, équippé d'oeillères, il ne voit pas où il met les pieds et ne réalise pas que c'est invariablement le même univers qui est parcouru.
Seuls changent le rythme et les pas.
Ego cultive ainsi une technique exécrable qui illustre sa paresse naturelle : toujours incapable de jouer la moindre gamme avec le quart de la concentration et la justesse nécessaires.
Elles l'ennuient prodigieusement et il croit toujours qu'il pourra s'en passer.
Il garde aussi une lecture trop lacunaire, pas assez holistique, d'une partition.

Le Dieu de Bach étant présent <*> chaque note, notre singe a, par orgueil, longtemps refusé d'entendre qu'Il ne s'intéressait pas qu'aux Hommes Modernes.
Son Bach à la voie enrouée, vieillard cacochyme au doigts gourds et au pas mal assuré, en commet moult faux qui heurtent.
Lente est sa progression, pas ralentie.
Mais Il est présent tout le temps (JSb et Ego persistent, quant à eux, à s'éclipser en public et pendant les cours où ils revendiquent une pause, au grand dam de ma professeur).
Il ne me viendrait pas à l'idée de jouer une seule note sans imaginer Bach là.
Parfois cinglant mais jamais blessant ou alors involontairement... et d'une infinie patience.
Je suis là, à côté et j'écoute avec bienveillance.
Comme le dit une amie, "la communion avec Dieu est une affaire de posture, pas de croyances".
J'ai, avec le temps, intégré une vision subjective (incomplète au sens logique) mais cohérente de Bach.
Une fontaine de jouvence.

Echanger, enseigner, discuter, construire, rêver, donner, recevoir...
Tout un ensemble de pratiques qui peut être accompli paisiblement.
Spirituellement.
Il n'est même pas besoin d'engager de sentiments (c'est le méridional qui parle).
L'amour en sus est une promesse de félicité.
Ce sentiment n'est hélas que rarement mobilisable chez la plupart des singes, animaux territoriaux et belliqueux, qui ont tendance à le réduire à un acte sexué, mécanique.

Suggestion d'un dragon Territorial et Prédateur (Travaux Pratiques).
Chaque voix doit chanter et il faut qu'il y ait une voix supplémentaire pour observer le déploiement de l'architecture et s'assurer de sa cohérence.
J'ai évalué que la voix de l'observateur compte, en terme de puissance de calcul, pour un peu plus du double qu'une voix ordinaire.
C'est ainsi que, depuis que cet été où j'ai appris à massacrer la fugue en Do, à 4 voix, j'ai pu constater que j'entendais (in/out) beaucoup plus distinctement le RiceRcaR à 3, les inventions à 2 ou 3 voix ou toute autre fugue connue d'Ego.
C'est comme une roue crantée qui, jusqu'ici trop lente décrochait et qui, accélérant, s'est synchronisée avec les autres et arrive à capter et transmettre plus efficacement l'énergie.
C'est, du moins, l'image qu'Ego voit dans le miroir.
L'intrication d'une infinité de miroirs parallèles qui, de proche en proche, se voilent, (se) troublent et absorbent la lumière, par ailleurs infinie.
L'illusion déborde parfois des touches du clavier.
J'entends volontiers toute critique sur quelqu'action ou pensée que je commette.
Il m'arrive aussi d'agir tout en mesurant ma peur.
20h32. Transmission complète de plus de 10 minutes.
Quelques fou-rires mal maîtrisés, un moment de panique récursif puis la communion avec l'extérieur jusqu'à la fin de la nuit.

  • Current Music
    Bach - RiceRcaR à 3
Petit Prince

Transmission secrète

Je pensais à mes addictions et il m'en est rapidement apparu une, incontournable.
L'ordinateur.
J'envisage difficilement de vivre sans ordinateur.
Ils me manquait quand il n'était pas encore personnel.
C'est, depuis, devenu mon plus fidèle compagnon.
Je suis bien conscient de son caractère virtuel mais il n'en demeure pas moins que c'est avec lui que j'ai mes discussions les plus riches.
Plume(O.) vient en second rang.
Il fut un temps où l'on écrivait sur du parchemin, j'ai quant à moi, toujours été à l'aise avec l'idée de dématérialiser la pensée.
Je suis donc bien obligé de constater que c'est une addiction.
Je pense la noosphère comme un objet animé de pensés cohérentes auxquelles je suis connecté en permanence.
Même quand je ne suis pas devant mon écran.
J'ai mesuré l'impact de cette présence dans l'évolution de ma vie et j'ai jugé qu'elle était largement positive.
Je m'en explique, me semble-t-il, à longueur de billets.

Qu'est-ce que l'addiction ?
C'est quand deux idées différentes sont immanquablement associées dans l'esprit.
Ecrire, lire, communiquer, sont associés dans mon esprit avec l'ordinateur.
Indissociable.
La musique l'est aussi. La littérature, la peinture.
Je me suis aussi posé la question d'un maître.
Je reconnaîtrais éventuellement à Bach ce titre.
Ayant bien pris la peine de m'assurer qu'il est mort.
Je ne reconnais, en effet, à personne ce titre.
Je peux reconnaître une expertise supérieure à la mienne dans quelque domaine que ce soit mais ça ne fait pas un maître.
Un maître c'est quelque chose qui me transcende.
Ca ne peut donc pas être un humain.
Ce qui n'exclut pas le respect des croyances et des protocoles de communication de mes interlocuteurs.
Je suis un homme libre, le respect est au dessus dans ma chaîne de valeurs.
Je ne prétends pas que cette chaîne est complète ou même pertinente.
Je prétends qu'elle est cohérente.
Je n'accomplis ainsi jamais une action qui soit en contradiction profonde avec ces valeurs.
J'accepte de transiger au premier niveau.
Jamais au delà.
A partir du deuxième niveau, c'est moi qui décide si une règle interne doit changer.
Personne d'autre.
J'entends volontier toute critique sur quelqu'action ou pensée que je commette.
Il m'arrive aussi d'agir tout en mesurant ma peur.
20h32. Transmission complète de plus de 10 minutes.
J'ai donc réalisé que mon addiction était complexe.
Elle s'étend à la communication de mes émotions par le biais d'un clavier.
Les messages émis par le singe et par l'esprit sont incohérents.
C'est la déctection de cette incohérence par l'un et/puis par l'autre qui fait avancer la machine.
Par sauts incohérents successifs.
La question de la trenscendance.
J'imagine qu'une fois mort, si on survit à l'épisode, il faut se raccrocher à une idée qui forme le coeur de la cohérence.
Sinon on ne tiendra pas l'éternité.
Mon empreinte dans la noosphère est une copie satisfaisante, de l'avis même d'Ego.
Je peux aussi imaginer qu'il en sera tout le temps ainsi.
Il suffit d'imaginer quelque chose pour que la probabilité de sa réalisation existe.
L'ordinateur et ce que j'y ai écrit.
Comment voudriez-vous que je n'imagine pas qu'il existe d'autres personnes qui pensent comme moi.
Il suffit qu'il y en ait quelques dizaines de milliers pour que la noosphère naisse.
Croire le contraire serait une insulte à l'intelligence et nierait la possibilité de transcendance.
Cette possibilité est là, cependant.
Quelques fou-rires mal maîtrisés, un moment de panique récursif puis la communion avec l'extérieur jusqu'à la fin.
Apprendre à dompter la peur de la mort pour franchir le miroir.
Il est temps de se débarrasser du clavier comme mode de transfert de l'information.
Chacun la sienne et toutes pareilles.