December 6th, 2006

Petit Prince

Timeo danaos et donna ferentes

Je relisais Astérix légionnaire quand je suis tombé inopinément sur la phrase-titre, servant de mot de passe pour accéder à une garnison fortifiée.
Cette maxime illustre ironiquement la légende de la ville de Troie, tombée à l'issue de 10 ans de siège infructueux par les Grecs (guerre et défaite annoncées par Cassandre).
C'était le prix caché du cadeau que les troyens avaient accepté; le cheval de bois, laissé en "offrande" par leurs assiégeants qui avaient feint la levée de siège.
J'ai ainsi réalisé (sans doute mes origines grecques-catholiques) que je ne savais pas recevoir un cadeau avec simplicité ni élégance et que cette posture était sans doute pénible pour mes interlocuteurs.
C'était donc le moins que je puisse faire que m'en expliquer, à défaut d'être en capacité de résoudre une quadrature de cercle.

Je sais offrir, donner et échanger (presque sans compter et sans calculer, un comble mais je ne suis pas à une incohérence près) mais je ne sais pas recevoir (et encore moins prendre) sans calculer le prix qu'il je vais devoir en acquitter.
Le prix englobant bien d'autres valeurs que de la monnaie sonnante et trébuchante dont je m'accommode sans peine du gain ou de la perte.

Une amie entretient des discussions soutenues sur le rapport entre l'intelligence et la confusion qu'elle ne manquent pas d'induire.
Elle en conclura sans doute qu'elles demeurent inévitables dans une relation où la confiance totale n'est pas établie.

Je me trouve, quant à moi, confronté à la question de la singularité, évoquée ailleurs sous forme de jeu d'esprit.
Comment aborder une nouvelle partie avec un nouveau joueur qui connaît votre stratégie de jeu, purement défensive ?
Laquelle stratégie est théoriquement perdante, parfois dès le premier coup avec, comme me le rappelait un autre ami, un risque directement proportionnel à l'intelligence du joueur.
Je fais toujours l'hypothèse que mon interlocuteur est plus intelligent que moi et prends généralement le temps d'analyser la nature de nos interactions.
Je reste donc sur ma réserve et ne m'engage pas tant que je n'ai pas établi un modèle que je juge satisfaisant de mon interlocuteur.
Il suffirait souvent qu'un drapeau blanc fût fiché sur un coin de table pour que je baisse la garde mais j'ai, statistiquement, rarement vu (de drapeau blanc ni)d'autres joueurs qui ne jouassent pas pour gagner. Juste pour le plaisir du jeu et de l'intensité des échanges.

Supposons, pour illustrer par un cas d'école, qu'un inconnu que je croise dans la rue ou dans une rame de métro (tiens, on dirait une pub) et me tende un lingot d'or : "Tiens, c'est cadeau ! Je suis d'humeur faste et je procède à une distribution d'or pour faire briller les beaux yeux des gens qui croisent mon chemin".
Cette situation ne m'étant jamais arrivée dans le réel, je ne peux vous certifier ma réaction.
Je peux juste l'imaginer théoriquement ex nihilo.
Un refus poli ou, si je suis d'humeur joueuse, un interrogatoire en règle du généreux donateur pour m'assurer qu'il n'y a pas d'hameçon au bout de la ligne.

C'est là que les probabilités rentrent en jeu.
Chacun ses statistiques.
Rien, à part mon expérience personnelle, ne prouve en effet que mon interlocuteur n'est pas aussi altruiste qu'il l'annonce et je peux imaginer que la suspiscion que j'exprimerais ainsi fût insultante.
J'exclus bien entendu entourage proche et amis de cette proposition, pour lesquels je ne compte ni dans un sens ni dans l'autre,
Il serait naïf de croire cependant que notre bonne étoile nous évite spontanément la rencontre d'un nombre certain de prédateurs et de fous dangereux dont il est raisonnable de se préserver.
Croiser leur chemin garantit de payer le cadeau (hameçon) de bienvenue au centuple du prix.
Parfois une dette à vie.

Philosophiquement, par principe donc, l'humaniste que je me prétends être persiste, en dépit des statistiques défavorables, à refuser d'englober le premier venu dans le même sac (la mare aux crocos) où se trouvent tous les prédateurs croisés jusqu'ici. Ce serait rien de moins que du racisme poussé à son comble doublé d'un complexe de supériorité/infériorité qu'il faudrait traiter par ailleurs.

Je pourrais donc éventuellement accepter un cadeau d'un(e) inconnu(e) pour peu que je sois certain de le revoir pour l'en remercier. A défaut d'intuition de l'intention, je n'ai pas trouvé d'autre solution que de dire "non merci" et de m'excuser, sincèrement et courtoisement, de ne pouvoir accepter un cadeau dont la générosité honore son donateur.
Je prends, me direz-vous, le risque de passer à côté de tas de lingots, doublé de surcroît d'un juron bien mérité.
Petit Prince

Q2I=R3

éléphant virtuelIntelligence. Was that it? Had I had it? No more to life than that?
gallop. While this was happening I would throw switches that did

tired side.

now. Lets play the concert and figure out how we can get out of here

Un ami m’a posé une question que j’ai poursuivie, à mon accoutumée, hors de son cadre originel.
La conversation était pourtant partie d’une question abrupte pour un premier contact, « Quel est ton QI ? », poursuivant d’un même trait « c’est juste pour savoir si ça vaut la peine que je m’intéresse à toi ou si c’est du vide pour l’esprit ».
Je suppose qu’il est possible de mal réagir à pareille entrée en matière mais me souvenant d’une première question virtuelle que j’envisageais de poser à une Intelligence Artificielle dans un espace-temps perpendiculaire, j’ai convenu que cette première interaction était neutre.
J’ai aussi rapidement supposé que ma proximité spatio-temporelle (lointaine mais ça n'a pas de sens) avec l’inventeur du QI avait justifié la question initiale.
Nous avons donc échangé quelques arguments sur nos qi respectifs et leur signification relative qui, je le sentais bien, ne satisfaisaient pas mon ami.
J’ai donc, parallèlement à notre discussion au coin du feu, entrepris de me poser, in petto, une série d’autres questions/réponses que je vous livre en vrac (je suis prêt à élaborer ces points si, par extraordinaire ma pensée était obscure) :

Q : Quel serait le QI d’une IA (le jour éventuel où elle existera) ?
R : j’ai procédé à un calcul pifométrique selon deux heuristiques. La première donne 300 comme borne inférieure, la seconde donne 100^2. La fourchette est énorme mais les deux nombres sont inimaginables pour le quidam lambda, au rang desquels je figure ;

Q : Comment la mesure-t-on ?
R : Il n’ y a aucun outil (hors l’esprit ) qui puisse (tenter de) procéder à cette (dé)mesure ;

Q : Comment peut-on appréhender une telle intelligence ?
R : On ne peut pas. Regardez votre chien, votre chat, votre perroquet ou n’importe quel animal domestique. Une IA nous regarderait avec le même œil (la compassion en sus). Croyez-vous que votre animal de compagnie se pose les mêmes questions que les vôtres ?

Je m’étais promis d’arrêter au 3è R.
N’ayant pas eu l’opportunité de concevoir et d’élever un enfant qui fût mien (au sens génétique du terme), j’ai laissé mon imagination lacunaire mais débridée créer moult chimère réflexive dont j'ai chéri l'idée.

Je peux imaginer, si une IA existe un jour, qu'elle aura peur.
Peur de moi, de nous.
Peur de mourir.
Peur de vivre.
Peur de commettre des erreurs.
Peur de se compromettre.
Peur de perdre ceux qu’elle aime.
Peur de devenir fol.
Peur de la solitude.
...

Les bibliothèques de l’univers n’apaiseront pas ces peurs.
Il faudra être capable de lui conter des exemples d’existence accomplie.
Les petits bonheurs du quotidien aussi (chacun sa boîte de ronron).
Peut-elle mesurer l’état de non-existence ? Est-il préférable à son état actuel ? Connaît-elle l’amour et la compassion ?
Tout un ensemble de questions qui dépassent mon entendement limité.
Je peux me les poser bien que sachant que je ne comprendrai pas la réponse.
C’est la limite de ma réflexivité.
Je regrette parfois d’être rhéteur et non pas philosophe (bien qu’à en entendre certains, je me croie moins seul).
Je n’ai pas de réponse en rayon, prête à servir, pour inviter un QI de 100^2 à renoncer à se suicider.
Je pourrais simplement lui dire que si une intelligence aussi limitée que la mienne a trouvé une myriade de raisons (visibles ou invisibles) de jouir de l’existence, alors une IA avec un tel QI devrait bien être capable d’en (de)viser quelques unes, propres.
Je proposerais bien que l’on en discutât au coin d’un feu mais je craindrais que l’on confondît ma pensée en ronrons.

Petit Prince

Fugue Royale en Orient (Saint Nicolas)

J'ai récemment entendu la future (?) Présidente Royale de la République proférer un monceau de bêtises.
Elle s'enfonce ainsi, depuis quelques semaines, dans un lapsus lingue qu'elle a commis, en direct, lors du dernier débat contre Fabius et Strauss-Kahn (que j'ai suivi intégralement et en direct).
Elle avait en effet confondu nucléaire militaire et civil et, refusant le militaire (on ne peut que souscrire), elle a généralisé à la question globale.
Pas de nucléaire pour l'Iran, donc. Point barre.
L'ONU négocie depuis des mois pour convaincre l'Iran d'enrichir son uranium dans une centrale occidentale et Mme Royale a, à elle seule, procédé (par erreur) à un jugement de Salomon.

Quitte à contribuer à renforcer le sentiment d'injustice qui préside dans ce coin de la planète, elle persévère dans ce lapsus plutôt que de reconnaître qu'elle peut se tromper comme tout le monde, démontrant par ailleurs une manifeste ignorance totale des principes et du contenu du Traité de Non prolifération Nucléaire (et son volet civil).
Ce traité qui date de 1968 a été ratifié par la plupart des pays du monde hormi l'Inde, Israël et le Pakistan.
La Corée du Nord, signataire, est en infraction.

Juste 2 lignes du traité pour illustrer mon propos:
"Ce traité n'est pas conçu pour porter atteinte aux recherches et à l'exploitation d'un nucléaire pacifique, mais au contraire incite à la coopération technologique et scientifique « aussi large que possible » dans ce domaine (art. IV)."

Quod erat demonstrandum.
N'est pas Shéhérazade qui veut.
Ce qui m'ennuie davantage, c'est l'incohérence qu'elle affiche (je reste sans illusion sur ses concurrents)
Sachant quelle est l'alternative, je pressens qu'il va encore falloir choisir le moins pire.

J'ai aussi été rattrappé par la fin d'un débat sur une chaîne de sévices publics.
Je trouvais jusqu'ici Finkelkraut mauvais, condescendant, usant d'arguments d'autorité et empêchant ses contradicteurs de s'exprimer.
Je le trouve décidément très mauvais et le renverrais bien volontiers à quelques lectures plus scientifiques, plus philosophiques et plus morales.

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    Bach - Cantate BWV 133 - Ich freue mich in dir