August 21st, 2007

Petit Prince

Mezzé

J'ai décidé ce midi, profitant d'une éclipse providentielle de nuages, de consacrer ma pause zénitale à un sandwich libanais accompagné d'une lecture tibétaine choisie.
Un mezzé dit-on de par chez moi.
Après avoir trouvé un banc le long de la promenade que j'affectionne en pareilles circonstances, je me suis installé pendant plus d'une heure où j'ai dégusté les différents mets que je m'étais servis.
Les lunettes de soleil oubliées, je me suis ainsi trouvé à lire, méditer, poursuivre une idée les yeux mi-clos, levant parfois la tête pour contempler le ciel bleu où fuyait quelque nuage apeuré.
Mon champ de vision laissant paraître selon mon inclination (en plan) le livre, la jeune fille blonde qui me faisait face, les badauds et joggeurs émérites, la myriade de filaments, perles, boules, agglutinés selon des schémas chaotiques familiers.
J'ai rapidement laissé en plan (celui du dessus) le doute qui me ronge et qui me laisse croire à la banalité de ces visions pour, sans y attacher la moindre importance intrinsèque, regarder avec curiosité les motifs se déployer et se déformer au gré de leur humeur.
C'est, voyant une chimère passer du champ de vision de l'oeil gauche à celui de l'oeil droit que j'ai pu vérifier que ces visions n'étaient pas dues à une quelconque diffraction de la lumière sur une impureté qui baignerait dans l'humeur vitrée ou acqueuse.
J'ai, en effet, fermé l'oeil gauche et parfaitement vu la torsade se détacher sur le ciel de l'oeil droit, scintillante, cependant que de l'oeil gauche je continuais de la percevoir de même, irisée, en ombre chinoise.
C'était donc une vision binoculaire (qui m'a permis de constater que les visions sont bien plus développées à gauche qu'à droite).
Et qui ne pouvait pas être un reflet interne.
Je l'ai laissée s'en aller dissoudre là où finissent toutes les chimères et ai rebroussé mon chemin.
Petit Prince

Accompagnement musical

Cela fait quelques mois que j'ai "décidé" de ne plus m'acharner sur le piano.
J'ai exposé ici et ailleurs les motivations publiques qui m'animaient dans l'apprentissage de la musique et suis arrivé au terme d'un cycle où s'acharner serait contreproductif en plus d'une perte de temps.
La question n'ayant jamais été de devenir singe savant, pianiste ou de jouer des grandes oeuvres devant un auditoire en pâmoison.
C'est une Quête personnelle accompagnée d'une multitude de questions en développement.
La recherche de la Quête ayant abouti, les questions demeurent mais j'entends y trouver des réponses.
C'est donc paradoxalement, délaissant un peu le piano, que j'ai pu constater l'amélioration de la sonorité produite ainsi que celle de mon écoute.
Le jeu est plus subtil et l'oreille est plus discriminante.

Je me suis ainsi surpris ces dernières semaines à délaisser un peu Bach pour reprendre les Gnossiennes de Satie.
Un piano galactique.
Satie a parsemé ses partitions d'indications, parfois humoristiques, qui sont précieuses quant à l'atmosphère créée, la façon de jouer, l'émotion ou le sentiment à induire.
J'ai repris ici les indications de la 3è gnossienne :

Conseillez-vous soigneusement ...
Munissez-vous de clairvoyance...
Seul, pendant un instant...
De manière à obtenir un creux...
(là c'est aussi une indication de jeu. La phrase musicale fait deux allers-retours sur une octave en enjambant soigneusement une même note, laissant un creux)
Très perdu...
Portez cela plus loin...
Ouvrez la tête...
Enfouissez le son...
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    Satie - Gnossienne n°3