July 24th, 2020

Petit Prince

Je fais le vide

Mon désir fait le vide autour de ‘moi’. C’est la création du vide. Celle de l’observateur.

C’est le désir de jouir qui conduit le monde à sa perte. Mon désir de jouir de la présence d’un objet. Au lieu d’en jouir simplement. Vouloir en mettre du ‘mien’.

On condamne la pensée judéo-chrétienne parce qu’elle condamnerait le plaisir. C’est faux. C’est une interprétation hérétique de la religion qui, en réalité, condamne le désir. Tout désir. Celui du plaisir aussi. Mais pas le plaisir en lui-même ! L’hérésie consistant à jeter le bébé ‘plaisir’ avec l’eau dans laquelle il baigne ; le ‘désir’. Comme si je devrais confesser comme péché un événement heureux qui m’adviendrait !

Il est important cependant que je reconnaisse le désir qui presque toujours accompagne mon plaisir. C’est lui qui est racine de tous les ennuis.

Quand il m’arrive quelque chose de bien dans la vie, je fais tout mon possible pour m’y accrocher. Et si cet objet vient à disparaître, je le chercherai dans toutes les circonstances qui vont s’ensuivre.

Je rate donc des opportunités tout à fait nouvelles en voulant faire revivre le passé. C’est la racine du désir. Celui de la renaissance. Car faire revivre le passé doit être VU comme une renaissance. Une réincarnation dans l’acception bouddhique.

Remplir le vide de désir. C’est le monde du Désir ! Un monde de destruction (djikten).

Il y a une suite - incalculable par essence - d’événements  positifs et négatifs, les ‘objets’ (matériel, émotionnel ou conceptuel) qui surgissent entre ma naissance et ma mort. A moins de croire en un dieu qui manipule ma vie, je n’ai donc aucune raison de penser qu’une force extérieure, magique, va perturber cet ordonnancement divin. En laissant le désir envahir mon espace-temps, ce désir prend de l’espace et donc du temps. C’est l’observateur qui pollue l’observation. Je rate donc des opportunités par manque de temps, par distraction.

Plus grave, en laissant cours à mon désir, je mets de l’huile sur le feu en alimentant le désir général. Celui du chacun pour soi qui va immanquablement mener ma vie (et celle des autres mais peu me chaut) à son extinction.

Pour couronner le tout, en y réfléchissant un tantinet, je n’ai aucun moyen de savoir que mon désir va créer un quelconque objet qui serait ‘supérieur’, en quantité ou qualité, par rapport à ceux qui se seraient spontanément présentés pendant le au cours de ma brève existence.

Vide, ça ne veut vraiment pas dire qu’il n’y a rien. Vide veut dire qu’il n’y a pas de réincarnation possible. Il y a d’un côté un perpétuel mouvement de création qui, par sa continuité, crée l’illusion du temps et de l’espace. Ce que j’appelle moi. Toutes les représentations, les concepts, les sentiments, les peurs et les plaisirs que je mets dans le mot ‘moi, ‘je’. De l’autre côté, celui que je qualifie d’absolu (sic puisque c’est ‘je’ qui le définit. C’est la dualité que ‘je’ crée par le désir de ‘moi’. Dans cet absolu tout relatif, il n’y a pas d’observateur. Il ne peut pas y en avoir hors du temps et de l’espace. Que ‘je’ occupe en totalité pendant ma vie.

C’est ce que l’absence de Dieu implique. La pensée est le yidam qui crée la dualité moi/autre selon les bouddhistes.

Puissent tous les êtres réaliser joyeusement le vide qui fonde leur existence.

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